lundi 31 octobre 2011

Element perturbateur


L'élément perturbateur pénètre dans mon quotidien et me fait perdre mes repères, ma routine, mes habitudes. Il me perturbe dans mon équilibre ordinaire. Il m’agace, me gêne, et parfois, j'aurais envie de lui hurler de me foutre la paix et, pour faire bonne mesure, de lui arracher les yeux.
Mais je suis une jeune femme civilisée, et je m'efforce de tenir mes nerfs.

L'élément perturbateur est généralement un invité à la maison, souvent un ou plusieurs membres de la famille. Parfois un voisin ou des amis, mais c'est quand même plus rare, actuellement.

L'élément perturbateur est généralement sympa, il a envie de rendre service (nan mais je t'ai rien demandé!), et même quand il a raison (Whaou! c'est clair qu'un coup de dégrippant dans cette serrure, ça le fait!), je lui en veut (ouais, je suis trop conne de pas y avoir pensé toute seule). Et quand il s'agit pour lui de s’immiscer dans la vie quotidienne (style on fait les courses), là, pas question qu'il ose mettre son grain de sel.

L'élément perturbateur est généralement bien attentionné, et s'inquiète quand je ne parle pas ou que j'ai l'air éteinte (c'est souvent parce que je suis trop occupée à remâcher ma fureur de voir mes habitudes bouleversées). Du coup, je ne sais pas trop quoi dire, sinon "je suis fatiguée" (mais je risque des remarques à la con, donc terrain glissant) ou "j'ai rien à dire".

Quand on se balade avec l'élément perturbateur, celui ci se retourne régulièrement histoire de voir si je suis bien (ben ouais, je suis lente à la montée) du coup je passe devant, pour ne plus le voir braquer son regard sur moi. L'élément perturbateur a aussi tendance à faire de multiples pauses pour admirer le paysage (pour mieux nous montrer qu'il apprécie la balade?) et du coup on est obligé de l'attendre (grumpf!).

Parfois l'élément perturbateur veut aider dans la cuisine. Il m'est ainsi arrivé de me retrouver avec une recette totalement différente de celle prévue, parce que "tu vas te faire chier à découper cette cuisse de dinde" (hop! entière dans la cocotte) et parce que le voisin a apportée une tomate monstrueuse de 800gr (hop! dans la cocotte aussi) et du coup pas de sauté de dinde à la crème mais une cuisse de dinde à la tomate...
Là je lui planterais bien mon couteau de cuisine entre les omoplates, à l'élément perturbateur.

L'élément perturbateur, d'ailleurs, ne veut pas forcément aider dans la cuisine, mais il a envie d'être là, parce que après tout on est là pour être ensemble... du coup sa seule présence m'énerve et me perturbe, car je ne cesse de me sentir scrutée (attention, je ne dis pas que c'est le cas... c'est juste ce que j'éprouve). Cette présence est qui plus est frustrante, car nuisible à l'effet de surprise au moment du service (quand je reçois, j'aime faire des trucs un peu plus folichons qu'en temps ordinaire, et que mes convives découvrent les choses juste au moment de passer à table).
Il arrive aussi que l'élément perturbateur pose des questions saugrenues concernant la cuisine, et quand je suis occupée, je ne suis pas d'une grande patience pour les explications (non, je ne fais pas pocher la pâte à choux d'un Saint-Honoré). Il en pose parfois aussi au moment du service, et j'ai du mal à découper ma cuisse de dinde (l’anecdote ne concerne pas la dinde à la tomate) tout en répondant à des questions sur la cuissons des pommes de terre. Je ne mérite donc pas de me prendre dans la figure un rappel à l'ordre ("ça doit te paraître évident, c'est pour ça que tu veux pas répondre?"... nan, c'est parce que j'essaye de pas me brûler ou me couper les doigts!!!).

Heureusement mon mari est là pour me sauver, et a finit par savoir comment entraîner nos invités loin de la cuisine, quand c'est possible (bon du coup je suis frustrée aussi parce que je sais pas ce qui se fait ou se dit...).

Parfois les éléments perturbateurs sont encore plus perturbateurs. Il arrive ainsi que des conflits éclatent, et ça, je dois dire que je ne le supporte pas, surtout au milieu d'un dîner que je me suis efforcée de rendre festif. Il m'est ainsi arrivé de quitter la table, purement et simplement, et d'aller me planquer dans un placard (riez pas!) le temps que je me calme, que je ne pleure plus et que je n'ai plus envie de leurs arracher le cœur à coup de pelle à tarte (et de m'ouvrir les paumes avec mes propres ongles).

Parfois l'élément perturbateur à le chic pour venir à un moment particulièrement pourri. Par exemple alors qu'on est un jeune couple (moins de 6 mois de vie commune) et qu'en plus je suis en pleines révisions de partiels... Dans ce cas là, pas vraiment de temps à lui consacrer (mais on peut lui rendre service en l’hébergeant...). Ou bien l'élément perturbateur peut venir pile poil au moment où je dois commencer un CDD auquel j'attache une importance immense.
Du coup le stress ajouté à mon immense intolérance vis à vis des éléments perturbateurs... ça donne des résultats pas très convaincants pour concourir au prix du meilleur hôte de l'année.

L'élément perturbateur a aussi une fréquente tendance à oublier que nous sommes à la montagne (en partie) ou à la campagne. Il omet donc souvent de prévoir des vêtements ou des chaussures adaptées à des promenades ou randonnées. Parfois il joue au con (ou à la conne) et se casse la figure, doit aller se faire rafistoler une cheville foulée ou un truc dans le genre...

L'élément perturbateur utilise la salle de bain et ne fait pas forcément attention, comme moi, à ne pas inonder le carrelage en prenant sa douche. D'ailleurs, il ne se préoccupe pas non plus forcément de la capacité du chauffe eau, alors qu'on est cinq personnes à l'utiliser. C'est d'ailleurs un problème récurrent avec les éléments perturbateurs, cette utilisation irréfléchie des sanitaires.

L'élément perturbateur a souvent des passions et tend à considérer qu'on les partage forcément. Qu'il s'agisse d'un sport, d'activités ou de positions politiques, l'élément perturbateur considère souvent qu'on est forcément d'accord avec lui, qu'on adhère etc. Il a du mal à appréhender que chacun est différent, que certains ne supportent pas l'idée de faire du vélo ou du VTT, que ce n'est pas parce que lui il croit à tel machin que c'est une vérité universelle, et que les différences de chacun rendent le monde plus beau.

Notez quand même que je suis généralement contente de voir l'élément perturbateur. Mais que mes angoisses et mes distorsions cognitives prennent généralement le pas sur ce plaisir tout simple. Et du coup j'en veux à ces envahisseurs, alors qu'ils ne m'ont strictement rien fait (quoique certains sont parfois un peu gratinés...).

Enfin voilà... ça va mieux en le disant, même si vous, vous n'y comprenez pas grand chose... ;)

Dédicace spéciale "La visite" de Lynda Lemay.
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dimanche 23 octobre 2011

Réactions...

 Je l'ai dis dans mon précédent billet, j'ai décroché un emploi : un CDD de trois mois, à raison de 9h par semaine, en tant qu'Assistante de Vie chez une personne âgée. Un CDD à temps partiel, certes, mais renouvelable, et qui plus est sur lequel pourront venir se greffer des heures de remplacement voire un autre CDD.

Réactions de mon entourage (y compris les copinautes) :
"C'est génial, félicitations!"
"Très bien, comme ça tu vas pouvoir savoir si c'est vraiment ce qui te convient"
"C'est génial, je souhaite que tu t'épanouisse dans ce boulot que tu espérais tant"
"c'est chouette! Tu vas assurer comme une bête, j'en suis sure! 9 h par semaine, c'est un bon début, de quoi se mettre dans le truc en douceur."

Et elle...
"Mouais... 9h... c'est pas un vrai travail... et ça se passe comment alors?"
Ben... c'est pas encore commencé, j'ai la présentation à l'employeur mercredi 26, et je commence le 03 novembre.
Y'a eu comme un blanc de mon coté. En même temps, j'aurais du m'y attendre, mais j'étais quand même un peu déçue de sa réaction. Je ne le prend plus aussi à coeur qu'avant, même si ça m'a quand même fait quelque chose.

Le pire, c'est qu'elle ne fait vraiment pas exprès de me faire sentir qu'elle ne croit pas en moi, alors que tout le monde me soutient par ailleurs (mais y'a peut être des faux-culs dans le lot ^-^). Nan, elle réagit comme ça lui vient, c'est tout. Mais faut dire aussi que je crois qu'elle s'est toujours pas faite à l'idée que l'aide aux personnes âgées et/ou dépendantes, c'est ça ma vraie vocation, et pas artiste, ou sociologue, ou psychologue ou juriste (un peu toutes les phases par lesquelles je suis passée avant d'assumer mon choix d'orientation, en finissant par cesser de me préoccuper de son avis).

Je l'aime quand même très très fort, ma maman.
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jeudi 20 octobre 2011

Emploi!

Voici des mois que j'attend un emploi... j'ai contactées diverses sociétés et associations, dans l'espoir de travailler dans le secteur de l'aide aux personnes âgées, ou ailleurs (un emploi est un emploi, après tout). Je m'étais fais une raison : pas de job à l'horizon, et même pas de formation, puisque Pôle Emploi s'empêtre dans les dates.
Et puis là, le contrat de Tous au numérique devait commencer le 02 novembre, jusqu'au 12... j'aurais du aller faire mes semaines de 35 heures sur les marchés et places publiques, à expliquer aux téléspectateurs pas assez avertis comment faire en sorte que tout ce passe bien.

Mais...
Mais une association avec qui j'ai passé un entretien le 07 septembre m'a contactée cette après-midi! Un contrat, un vrai (genre CDI!!! CDD de 3 mois renouvelable), débutant la semaine prochaine, auprès d'une dame âgée dépendante.
Du coup désistement auprès de CPM (ça me désole, parce qu'il comptaient sur moi, et parce que bosser à nouveau avec eux aurait été un plaisir, d'autant que je connaissais le job, l'ayant déjà exercé l'an passé, en Charente)... et acceptation in extremis du contrat de l'association.
Je troque un CDD payé dans les 800 euros contre un CDI payé dans les 300 euros mensuels... mais c'est un CDD de 3 mois (jusque là, j'ai jamais dépassé le 10 jours!), et dans le secteur d'activité où je veux travailler.

Tout ça implique aussi une explosion du stress et de l'angoisse ! Je me sens tellement incompétente ! Il va falloir que je m'occupe d'une dame âgée, à mobilité réduite, malentendante... et faire l'entretien du cadre de vie (le truc qui tue, le truc où je suis vraiment pas dans mon élément). J'ai donc moins d'une semaine pour dominer mon anxiété.
Arg!

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mardi 11 octobre 2011

Lycée... épisode 1

À mes seize ans, je suis entrée au lycée.

Interne dans un grand lycée, une cité scolaire, avec collège, lycée, lycée professionnel. Une barre construite à l'époque des "grands ensembles", dans les années 1950.
À l'origine, c'était un lycée de jeunes filles. D'ailleurs quand j'y suis entrée, le règlement intérieur des internats datait encore de 1962, date d'ouverture de l'établissement. Je ne peux pas dire qu'on étaient exagérément fliquées, mais certaines contraintes sont parfois pénibles (on devait être rentrées à l'internat à 18h15 au plus tard, c'est à dire qu'on avait parfois à peine le temps de sortir de cours, d'arpenter les couloirs et les escaliers de cette usine à élèves, avant d'atteindre l'internat).
Un internat à l'ancienne, sans chambres. Il a été refait, depuis.
Un long couloir arpentait l'étage d'un bâtiment déjà fort long.
À mi longueur, un mur et une porte coupe feu segmentait le dortoir en deux éléments. Sur les cotés de chacune de ces sections, on trouvait de vastes boxes (oui, comme pour les chevaux). Des cloisons qui ne montaient pas jusqu'au plafond ni ne descendaient jusqu'au sol les "isolaient" un peu du couloir, mais il n'y avait pas de portes. Il était prévu que nous soyons six par boxes. Nous avions chacune droit à une armoire, un bureau et un lit. L'organisation était au début quasi militaire, et je me sentais très mal.
Aux extrémités opposées de l'étage se trouvaient les sanitaires : les WC y étaient alignés dans des cabines dans une pièce (à coté du logement de la surveillante de dortoir), et un peu plus au fond, les sanitaires. Un pièce remplie de lavabos, avec une rangée de 5 ou 6 cabines de douche. On devait tirer une chaîne pour faire couler l'eau, et selon les horaires, elle était plus ou moins chaude (car quand tout un internat se douche, et bien ça en fait du monde !).
Moi avec mes cheveux de 80 cm, le shampooing et le rinçage étaient une gageure : soit je le faisais avec une seule main, et je ne rinçais que la moitié de la mousse, soit j'y mettais les deux mains, et l'eau ne coulait plus... Donc j'ai fini par accrocher une ficelle à la poignée, que je coinçais autour de mon gros orteil, et je disposais enfin d'eau et de mes deux mains. ^^

Quand j'arrive en ce mois de septembre 1998, les lycée est en pleine rénovation. L'année précédente, suite à la vétusté des locaux, des fenêtres sont tombées de la façade de l'établissement, voire des vitres, qui se sont détachées des cadres, les joints étant complètement usés. Résultat, les façades des bâtiments sont recouvertes de filets anti-chutes. Et partout, à l'internat comme dans le bâtiment principal, interdiction est faite de toucher au fenêtres. À l'extérieur des bâtiments, des grilles de chantier interdisent aux élèves de s'approcher à moins de 3 mètres des bâtiments (toujours en cas de chute de fenêtre).

Imaginez : arriver dans une véritable usine, grise de façade, avec des installations ayant plus de 40 ans, et qui plus est, avec ces filets sur les fenêtres, alors qu'on souffre de dépression et d'une anxiété sociale de plus en plus invalidante...
Je n'ai pas trouvé d'images datant de cette époque là. Dommage.

Heureusement, les filles sur lesquelles je tombe le jour de mon entrée à l'internat sont sympa. Mais elles ne resteront pas mes amies pour la vie. J'ai déjà de gros problèmes relationnels. Je n'arrive pas à me sentir connectée avec les autres.

Je découvre le lycée, ses quatre étages, ses sous sols, ses multiples bâtiments, ses couloirs interminables, ses cages d'escalier, ses règles. Je m'adapte, je me fond dans le paysage, je m'efforce finalement de passer inaperçue.

Je ne me sens pas en lien avec ma classe, malgré quelques tentatives de sociabilisation. Au début, j'essaie de réaliser un vieux rêve : être déléguée de classe. D'ailleurs je suis la seule à me présenter spontanément. Mais notre prof principal, notre prof d'arts plastiques, veut qu'il y ait davantage de candidats... et au final ce seront des élèves populaires qui seront élus, comme chaque année, dans chaque classe. Des filles qui ont été au collège ici, dans la cité scolaire.
Je me recroqueville, j’accepte, me résigne.

Je vis les journées les unes après les autres. Me lever à l'internat, descendre un étage jusqu'au rez de chaussée de l'internat, qui abrite des salles de cours, ainsi que les casiers. Y déposer mes livres de cours pour l'après midi (l'internat est fermé de 8h à 17h). Monter deux  escaliers de demi-niveaux pour prendre le petit déjeuner au self. Un thé, souvent sans rien avec. J'ai l'estomac noué tous les matins. Remonter un étage, jusqu'au rez de chaussée du lycée, qui est construit à flanc de colline, voire cinq, quand j'ai cours au quatrième étage.
En fait, l'établissement compte presque six étages, car sous le rez de chaussée du bâtiment principal il y a le "sous-sol", qui est au niveau du rez de chaussée des internats, qui eux même ont un sous-sol, avec salles de cours et salles d'examens. Autant dire qu'on passe son temps à crapahuter.
Toute la journée passe comme ça : monter, descendre, remonter, redescendre, attendre dans des couloirs vétustes (une camarade de classe s'est un jour prit un morceau de plafond sur le crâne, il était vraiment temps que la rénovation arrive).
À midi, on fait la queue pour aller au réfectoire. Je déjeune seule la plupart du temps, je cherche de plus en plus à fuir les autres. Je reprend mes habitudes d'attendre la fin du service pour aller manger. Et peu à peu, j'oublie d'aller manger tout simplement. En théorie, les cartes magnétiques qui nous servent à prendre nos repas de midi servent aussi à vérifier qu'on mange bien dans l'établissement, mais je n'aurais jamais de remontrances (sauf si c'est des soirs, que ma carte n'est pas passée... toujours pour cause de panne, d'ailleurs).
L'après-midi s'écoule de la même manière.
Quand les cours finissent à 17h, je rejoint sagement le dortoir, mon box, mon bureau. Je n'ai pas d'amies avec qui passer cette heure de battement à l'extérieur, donc je rentre.

À l'internat, nous avons peu à peu organisé notre espace. Je me suis construit un recoin, éloigné de la "porte" le plus possible. Mon bureau est placé contre le dos de l'armoire de ma voisine, contre le mur, tandis que mon armoire est contre son bureau à elle, et forme ainsi un rempart aux regards. Et j'ai tourné mon lit de sorte à ce qu'il soit collé au mur. Ainsi je ne voit pas de lumière la nuit : ni les veilleuses, ni la lueur verte de la sortie de secours toute proche.
Je me suis faite un cocon.

Mais j'ai une voisine en vis-à-vis, Lynda, qui est en 2nd Arts Plastiques avec moi. Elle vient d'un département voisin. Elle voulait faire cette spécialité, et n'a pas été acceptée dans la section de La Rochelle. Tous les lundi matin, elle part à 6h de chez elle. Son père l’amène. Mais souvent elle arrive en retard, dépose ses affaires en catastrophe à l'internat et arrive en retard au cours de mathématiques que nous avons au premier étage. Il est même arrivé qu'elle n'arrive qu'au cours d'Arts Plastiques, au quatrième étage, une heure plus tard.
Un jour, elle n'arrive pas. La semaine suivante, à son retour, elle nous apprend qu'elle a fait une crise d'asthme la semaine précédente, et qu'elle n'a pas pu venir. Je sens la lassitude et l'épuisement la gagner. Elle fait des dessins naïfs et riches en détails, que je ne sais pas apprécier à l'époque. Dans mon grand égoïsme, mon besoin de ne plus être vue d'elle, du lundi au vendredi, je n'ai qu'une envie : qu'elle abandonne, qu'elle choisisse d'intégrer un lycée plus près de chez elle, en anglais renforcé ou en troisième langue. Mais je ne veux pas exprimer tout ça face à elle, ça me semble cruel et injuste.
Mais elle n'en peut plus et passe l'éponge.
Je n'ai plus de voisine. Je ne sais pas à quel moment de l'année. Cela je l'ai oublié. Mais je suis enfin seule... du moins je peux en avoir l'illusion.

À l'internat, la vie est régie par le règlement intérieur. De 18h à 18h45, étude (et appel). Puis dîner  à 19h, suivie d'une promenade pour laquelle on doit obligatoirement descendre dans la cour. Théoriquement, c'est interdit de rester dans les couloirs (car sans surveillance) ou encore pire, de rentrer dans les salles. Si je me souviens bien, la "promenade" durait jusqu'à 19h45, heure à laquelle une sonnerie retentissait. Nous devions remonter dans nos internats respectifs (les filles à l'internat ouest et les garçons et les élèves du lycée professionnel, à l'internat est... désignés par A et B, mais je ne me souviens plus lequel était le mien). À 20h15, l'étude à nouveau.
Pour les élèves de seconde, cela se passait dans les salles du rez-de-chaussée des internats, histoire sans doute de nous apprendre à travailler. Le hic c'est que moi, ça me paralysait. J'ai toujours eu des difficultés avec les heures d'étude (souvenez vous de mes années collège). Du coup pendant une heure (ou plus?), j'essayais de faire passer le temps. Une ou deux fois, j'ai eu affaire à un pion vicieux, qui m'a fait la morale parce que je ne faisais pas mes devoirs, et je me suis sentie profondément humiliée à chaque fois de cet étalage publique.
Il me semble que l'étude se terminait vers 21h ou 21h15, après quoi nous avions 30 minutes de battement avant le dernier appel et l'extinction des feux.

Une soirée par semaine, nous avions le droit de regarder la télévision, parfois au delà de l'extinction des feux, à condition de baisser le son et de nous faire aussi discrètes que possible en allant nous coucher. Je regardais X-Files, le jeudi soir.

En journée, je n'allais pratiquement jamais en salle d'étude, toujours squattées par des pipelettes. En fait, j'avais un moyen d'évasion parfait. Je fuyais le lycée à la moindre occasion. J'avais un vieux vélo, attaché par deux antivols dans le parc à vélos du lycée. Et dès que j'avais une heure devant moi, je partais avec, que ce soit pour aller à Intermarché ou à Privas (une librairie). Je m'achetais des choses à grignoter, et des livres.
Quand il pleuvait ou faisait trop froid pour pédaler, je montais tout en haut d'un escalier, de préférence peu emprunté, et je lisais là, assise sur le dernier pallier. Agatha Christie à accompagné ces années là, semaines après semaines, mois après mois.

Ce n'étais pas une volonté précise de ne pas étudier. Je n'avais jamais appris à apprendre mes leçons, et n'en comprenais toujours pas bien le but. Je pensais que l'acquis de cours était l'essentiel, et que le bachotage était débile. Un raisonnement propre à masquer mon anxiété face aux apprentissages. Une forme d'évitement, là encore.
Je faisais mes devoirs au dernier moment, dans l'urgence, sans me rendre compte que j'avais ainsi mis en place un mécanisme me permettant d'oublier cette angoisse, me permettant de "ne pas me poser de questions", et d'être en conséquence plus efficace que si j'avais eu dix jours pour cogiter.

Cette année là, j'ai eu de nombreux problèmes "nerveux". J'ai fais plusieurs crises de nerfs, des colères que je piquais en classe, qui m'épuisaient et me laissaient tremblante et en larmes, m'obligeant à quitter la classe et à aller passer une ou deux heures à l'infirmerie, à dormir le plus souvent.
La pire de ces crises, je l'ai faite en cours de sport. Nous avions volley. Je crois que j'ai déjà évoquée ma peur irrationnelle des ballons, née d'expériences fort désagréables à la primaire.
J'avais tenté d'expliquer cette angoisse à ma prof de sport, avec grande difficulté, je dois dire. Elle avait tenté de comprendre et, pensant visiblement que ma peur venait des autres, elle m'avait proposé de m'entraîner seule contre un mur. Malheureusement, à chaque rebond de la balle contre le mur, mon angoisse augmentait, jusqu'à frôler la crise de panique. J'avais donc arrêté, essayant de me relaxer, essayant de reprendre maîtrise de moi. Surtout ne pas pleurer devant les autres, ne pas afficher ma peur, ma honte, absolument ridicules. Seulement la prof m'avait observée, et sans pouvoir voir mes réactions psychologiques, elle avait vue une élève qui ne voulait pas participer, qui avait cessé de faire l'exercice proposé. et elle est venue me remonter les bretelles.
Mais là, trou noir.
Je me souviens que j'ai hurlé, c'est tout.
Après je me souviens juste être assise sur le banc du vestiaire, en larmes, tremblante, avec mes deux déléguées de classe à mes cotés, et la prof visiblement très très inquiète.
On m'a emmenée à l'infirmerie. J'avais du mal à marcher, ça je m'en souviens. Comme si la crise avait pompée toute mon énergie, que mes muscles ne pouvaient plus répondre. Il a été très difficile pour moi de monter les escaliers. Je crois qu'à l'infirmerie j'ai dormis, mais je ne me souviens plus bien. Je voulais seulement qu'on me laisse, qu'on m'oublie. J'aurais voulu rentrer à l'internat, mais les infirmières ont contactés mes parents, ont fait venir ma mère. Je me souviens qu'elles ont demandé à maman si je prenais des médicaments (négative), que ce serait peut être préférable... qu'elles me voyaient souvent. Je ne sais pas si elles avaient parlé de dépression. En tout cas j'ai dormi chez mes parents, ce soir là. Et le samedi suivant, j'ai vu mon médecin, et j'ai obtenu un certificat médical me dispensant des cours de sport "de ballon". Évitement.
La semaine suivante, ma prof de sport a voulu me parler, gentiment. Malheureusement j'ai été incapable d'être attentive à ce qu'elle me disait... car elle se tenait à peine à trente centimètres de mon visage pour me parler, et cela avait générée chez moi une profonde angoisse en moi, presque une peur panique semblable à celle qui avait tout balayé sur son passage la semaine passée. C'est ce jour là que j'ai pris conscience que j'avais un vrai problème avec les autres.
Aujourd'hui encore, je suis extrêmement mal à l'aise quand on me parle dans une telle promiscuité. Que ce soit un étranger, un patron, une amie ou même mon mari, cela m'angoisse terriblement. Parfois j'en veux aux autres de ne pas avoir conscience de l'état dans lequel ils me mettent.
♦♣♦
Je pense que tout est dit pour mon année de seconde.

L'année suivante, j'entrais en Première, toujours en section Littéraire, spécialité Arts plastiques. Cette année là, ma mère ne s'était pas pressée pour m'emmener à l'internat le dimanche (créneau : de 14h à 17h) et, arrivée à 16h45, je n'avais pas eu de possibilité de choix, ni en ce qui concernait les filles avec qui j'étais, ni en ce qui concernait l'emplacement occupé dans le box.
J'étais avec des filles qui détestaient notoirement mes anciennes camarades de box.
Et mon lit était celui placé près de l'entrée, sans aucune possibilité d'échapper aux regards.
Je pleurais ce soir là dans mon lit.
Certes comme de nombreuses fois l'année précédente. Mais je n'en pouvais plus.

J'avais 17 ans. Le samedi midi, quand ma mère est venue me chercher, je lui ai dis de but en blanc que je voulais étudier par correspondance. Elle a accepté, bien qu'elle ne m'en croyait pas capable (elle avait raison sur ce point), mais il nous a quand même fallut quelques mois pour mettre vraiment ça en place. Notamment parce qu'on nous avait dit qu'il nous fallait l'avis d'un pédo-psychiatre (ce qui était faux, vu que j'avais plus de 16ans). Mais même pendant ce trimestre d'attente, pour moi, le lycée était fini. J'y allais chaque semaine, j'allais en cours, je participais dans la mesure du raisonnable, mais je m'en fichais, en fait. Je voulais seulement éviter d'être humiliée, donc je continuais à travailler, à faire mes devoirs, mais je n'y croyais plus, je n'avais plus envie.
À l'internat, les choses se passaient mal. Les filles qui étaient avec moi étaient méchantes. Elles cachaient mes affaires, me réveillaient la nuit (j'ai reçu un oreiller sur la figure, une fois), voire pire (j'ai retrouvé du chewing-gum dans ma brosse à cheveux, aussi). Mais je ne me plaignais pas et souffrais en silence.

Une semaine avant les vacances de Noël, un dimanche de 1999, mon grand père maternel est décédé. Je suis retournée au lycée les lundi et mardi. J'ai remis ma démission à la direction du lycée, rangées mes affaires, et ai quitté la cité scolaire sans me retourner.
Le lycée aujourd'hui.
L'image que j'en garde serait plutôt celle-ci.
Un couloir, à perte de vue...
Un bâtiment d'internat, de nos jours, depuis le toit du bâtiment principal
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dimanche 9 octobre 2011

Dialogue

"- Dis, ça va pas ?
  - Si, si, ça va..."

Je hausse des épaules, fais une petite grimace avec un sourire mi figue mi raisin...

"- Tu es sûre ?
  - Bha, j'ai dis tellement de conneries cette après-midi, je préfère me taire, maintenant."

Regard appuyé dans mon assiette. J'ose à peine regarder mon mari... J'ai encore ma honte qui me taraude...

"- Quelles conneries?"

Heu... au secours, que répondre ?

"- Bha, heu, j'ai été chiante, quoi...
  - Bha faut pas culpabiliser pour ça, mon bébé!
  - Ho, bha tu me connais, hein, plus facile à dire qu'à faire, c'est plus fort que moi !"


Morale de l'histoire : Je me monte vraiment le bourrichon pour des conneries.
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Culpabilité de la pseudo assurance ou le dur retour à la réalité.

Quand je suis bien, que j'ai la pêche, je deviens bizarre...
Revendicative.
Bravache.
Prétentieuse.
Je dis des choses qui tournent involontairement à la critique, et finalement, le gens m'en veulent. Ils m'en veulent de ce que j'ai dis, de ce que j'ai fais, de cette attitude à la con, prête à tout braver, tout critiquer, prête à mettre mon mot partout même dans ce que racontent les autres, pourvu de participer, d'exister, de me sentir exaltée par cette participation, ce sentiment d'existence. Ce sentiment à la con qui n'est que de la poudre au yeux, du paraître, du vent.
La pêche retombe, je me la prend en plein dans la poire, et du coup je me rend compte que j'ai déconné, que je suis nulle, que je ne vaut rien, et que j'aurais mieux fait de faire ce que je fais le mieux : m'écraser, ne rien dire, rien laisser paraître.

Mon coeur explose dans ma poitrine quand il(s) me tourne(nt) le dos, me quitte(nt), passe(nt) à autre chose.
Pendant que je reste avec ma détresse.
"Je voulais pas dire ça. Je voulais pas faire ça."
Mais tu l'a dis, tu l'a fais, connasse.
T'es vraiment nulle, regarde, t'a encore tout gâché.
Tu allais bien, tu avais la pêche, et tu as déconné, encore et encore.

Encore et encore cette peine.
Cette nausée de moi même.

Chaque fois je me jure de ne pas recommencer, de faire attention, parce que je sais que ce n'est pas moi, cette fille nulle, qui semble tenter d'écraser les autres par ses mots, du haut de ses certitudes, de son "moi je", et pourtant chaque fois je recommence. Et chaque fois qu'il me tourne le dos, qu'il part dans son jardin, qu'il cesse de me parler, chaque fois qu'il s'enferme dans son bureau sur un "ça suffit", c'est la même déchirure, le même mal de moi, la même haine déchirante de ce que je suis et de ce que je ne suis pas, de ces conflits qui me bouleversent et que je reproduis encore et encore.

Chaque fois je recommence.
Chaque fois je voudrais le poursuivre pour lui dire "je suis désolée, c'est pas moi, je suis nulle", mais chaque fois j'abandonne, parce que je sais que ça ne servira à rien, et que c'est ma juste punition, ma pénitence, que je mérite d'avoir si mal, parce que je l'ai blessé, je l'ai oublié au milieu de tout ça.

Au final, souvent, je me demande ce qui vaut mieux pour lui : que j'aille bien ou que j'aille mal? Car quand j'ai cette pêche étrange, destructrice, c'est pire que la déprime ordinaire, je lui fais du mal alors que je voudrais que nous soyons bien. Mais au contraire, je deviens affreuse, j'ai un avis sur tout, je suis insupportable... débordante d'une pseudo assurance de façade, qui disparaît d'un coup quand il me tourne le dos.
Pas de nuance : c'est tout ou rien. Cette délirante confiance en moi exacerbée sur des conneries passe sans transition à la liquéfaction de cette confiance pour aboutir à une culpabilité qui me pousse à me terrer dans le silence, voire à aller me cacher dans un placard.

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