jeudi 23 juillet 2026

Habiletés sociales... chez les autres

Mon mari avait des tas de défauts, et des analyses à la cons. Il disait en particulier de ma mère qu'elle était "un monstre d'égoïsme". Ça me faisait mal à l'âme. Je trouvais ça irrespectueux, parce que ma maman a une grande sensibilité intrinsèque et qu'elle est très très loin d'être indifférente aux autres.

Je vois les choses différemment. Ce qui peut passer aux yeux de certains pour de l'égoïsme pur et simple, ce n'est que le perceptible, à la va-vite, quand on ne cherche pas à savoir ni à voir.

Ne pas se préoccuper des gouts des autres, de leurs envies, de leurs besoins, de leurs opinions, de leur dignité... ce n'est pas une attitude volontaire de la part de ma maman. C'est un handicap des habiletés sociales.

Je la fréquente depuis 44 ans. Je vois bien qu'il y a des choses qu'elle n'arrive pas à faire. Pas par choix. Juste parce qu'elle ne se rend pas compte des blessures émotionnelles, morales, psychiques, qu'elle peut infliger.

Au delà de la politesse, des règles explicites de vie en société (dont je vois bien qu'elle cherche parfois à s'exonérer), il y a des choses qu'elle ne perçoit pas.

Comme beaucoup de gens la voient comme un peu excentrique et "bizarre", ça passe à peu près.

Cependant il me semble que la grande majorité des gens n'a pas la finesse d'observation pour se rendre compte qu'elle n'arrive pas à vérifier qu'elle ne nuit à personne, qu'elle ne leur porte pas tort, qu'elle ne les blesse pas, qu'elle respecte bien leurs limites, ce n'est pas un choix de sa part.

Selon moi, les "vrais" égoïstes fonctionnement selon le principe "tout pour moi, rien pour les autres". C'est délibéré.

Ce n'est pas comme ça qu'est ma maman.
Elle ne sait pas faire, elle n'a pas appris, et on ne l'a sans doute pas assez interpellée sur ce défaut de savoir "être ensemble".
Elle n'a donc pas eu l'occasion d'apprendre à identifier les signes de malaise chez les autres.

Pour moi, c'est un trait autistique, en fait. 

Cependant... Si j'ai l'énergie de l'amour pour l'écrire et le décrire, je n'en ai actuellement pas pour le subir. Je ne suis pas l'auxiliaire à la vie sociale de ma mère, ni sa thérapeute ou son éducateur.
Elle a eu 75 ans hier.

Je sais que je ne peux nerveusement toujours pas la voir, lui parler ou être au même endroit qu'elle.
J'en souffre énormément.
Toutefois je sais que je dois encore attendre.
Sinon je vais m'effondrer.