lundi 16 mars 2026

Epistémologie, sincérité et obsolescence des informations

J'aime l'épistémologie.
J'aime comprendre la manière dont on construit nos connaissances.

Or il existe un conflit entre deux modèles de pensée : la transmission d'autorité (ce que l'on m'a dit est vrai) et la démarche sceptique (ce que l'on m'a dit est une hypothèse à vérifier).

Il y a une vieille "info" qui circule en Charente: Angoulême serait construite sur un volcan.🌋
N'importe quel gamin qui a sérieusement suivi les cours de géologie en SVT sait qu'Angoulême est construite sur un plateau calcaire, roche sédimentaire, et non sur une roche volcanique. Alors c'est quoi,  ce délire?
C'est une question que s'est posée ma mère, à son arrivée en Charente, à la fin des années 1970, et dans ses premiers postes d'institutrice, face à des parents d'élèves tout à fait certains de ce qu'ils disaient.
Et bien c'est très simple: c'est passé dans le journal, La Charente Libre, il y a des décennies de ça.
Le hic? La date de publication: un 01er avril. Sauf que la blague a fait long feu, et vous trouverez encore aujourd'hui des gens pas très cultivés mais très convaincus, pour vous jurer avec la plus grande sincérité qui soit que c'est la vérité vraie. La preuve: c'est passé dans le journal, voyons!

Alors certes, c'était une blague, à la base.
Mais ça n'est pas toujours le cas.

Souvent il y a, à l'origine d'une croyance, des intuitions scientifiques qui étaient non vérifiables en l'état de la science, au moment où elles ont été émises.
Simplement, on s'est habitué à les considérer comme vraies, juste parce que personne ne les remettait en cause.

Sauf que... La science a considérablement évolué ces trente voire quarante dernières années.
Sur plein de sujets fascinants, très divers et très très quotidiens.

Quand j'étais au collège, dans les années 1990, on nous apprenait que le pain et les pâtes étaient des sucres lents. En ce temps là, les scientifiques se basaient sur la complexité des molécules des glucides les composant. Les "hydrates de carbone". Miam!
En était on sûrs et certains? Bhé oui: on allait quand même pas nous enseigner des trucs pas prouvés scientifiquement, quand même!
Sauf que non. Des médecins ont un jour eu la chouette idée de prendre des volontaires, de mesurer leur glycémie, de leur faire manger des aliments dont il était réputé qu'ils libéraient lentement leur énergie glucidique dans le sang et de mesurer la glycémie de manière régulière après l'ingestion.
On partait du principe que le glucose était le glucide le plus rapide et imbattable.
Et là, patatra!
Avec cette méthode révolutionnaire (hypothèse, expérimentation et conclusion... bref une méthode scientifique appliquée à la nutrition), on a découvert que ça ne fonctionnait pas du tout comme on l'avait supposé, en fait. Zut!
Bizarrement, en dépit de la découverte des indices glycémiques des aliments et de ses implications en diététique, on continue d'entendre parler de sucres lents ou rapides, alors que ce sont des concepts dépassés et obsolètes, au regard des connaissances scientifiques actuelles.
Une même pâte ne va pas avoir le même IG selon qu'elle est cuite al dente ou fondante, ni si elle est consommée chaude ou refroidie.

C'est difficile de supprimer de la conscience collective un concept médical qui a été vulgarisé en long, en large et en travers par des affiches et des programmes scolaires.

Cet exemple, car ce n'était que ça, vise à exposer une réalité à laquelle je suis très régulièrement confrontée: certaines personnes affirment des choses qu'elles croient sincèrement et profondément vraies, sans qu'elles le soient. Parce que la science, les techniques, les mœurs... ont évolué, par rapport à l'époque où elles ont acquise cette connaissance.

Il y a des dizaines de choses pour lesquelles ça se vérifie, et je vous jure que parfois je me dis que c'est naze d'être hypermnésique sur les sujet qui touchent à la biochimie et à la nutrition, vu toutes les âneries que j'entend et que je me retrouve à devoir expliquer avec patience.

C'est un choc des paradigmes assez classique: devoir confronter les certitudes héritées du passé à la curiosité critique. Pour plein de gens, la Connaissance est une sorte de collection d'objets finis, reçus comme des "faits". Si on leur a appris que les sucres lents sont les féculents, c'est une vérité figée. Remettre cela en cause, c'est remettre en cause la source qui a transmis l'information.
Pour moi, la connaissance est un processus organique, vivant, évolutif. J'utilise des sources de vulgarisation scientifique (pour lesquelles il est parfois nécessaire de maîtriser des concepts de base), non pas pour remplacer une certitude par une autre, mais pour confronter les théories aux dernières mesures expérimentales.

Autre exemple concret, toujours en lien avec l'alimentation:
"La cuisson au four à micro-ondes dénature les aliments"
Oui.
C'est exact.
Mais:
Tout mode de cuisson, quel qu'il soit, a pour objectif premier de modifier la nature de la composition des aliments. C'est de la chimie et de la physique: en chauffant un aliment (d'origine végétale ou animale, peu importe), on cherche à le rendre plus digeste, plus sapide et tout simplement, plus comestible.

L'idée que le micro-ondes "dénature" les molécules de façon unique et négative est un mythe qui a la vie dure. En réalité, toute forme de cuisson est, par définition, une dénaturation.

S'il est vrai que le procédé physique d'agitation moléculaire est récent dans l'histoire de l'alimentation humaine, ça ne le rend pas "mauvais" par définition. C'est ce que font les fours à micro-ondes: on fait s'agiter les molécules d'eau pour créer de la chaleur. Ce n'est pas fondamentalement différent de la conduction (poêle) ou de la convection (four), où l'énergie est transférée de l'extérieur vers l'intérieur.

Forcément il y a vite eu des gens qui se sont inquiétés des dangers de ce nouveau procédé, et se sont mis à étudier les aliments ainsi "altérés", trouvant des choses fort inquiétantes et faisant peser sur ces cuisson un sceau de dangerosité.
Sauf que certains autres chercheurs, par amour pour la science, et par soucis d'exactitude ont fini par comparer les altérations des aliments entre différentes techniques de cuisson. Et là? Stupeur: certains modes de cuisson plus traditionnels sont en réalité bien plus dangereux pour la santé humaine!

Il est ainsi bon à savoir que la cuisson au micro-ondes dans un récipient en verre avec un fond d'eau est souvent supérieure à la cuisson à l'eau bouillante. Parce que le temps de cuisson est plus court et qu'il y a moins de "lessivage" des vitamines hydrosolubles (vitamine C, B) dans l'eau de cuisson.
Qui plus est, les réactions chimiques telles que le brunissement (la fameuse réaction de Maillard) ou la caramélisation se produisent peu au micro-ondes, ce qui évite d'ailleurs la formation de certains composés cancérigènes liés aux hautes températures des fritures ou du barbecue (les acrylamides, en particulier).

Forte de ces connaissances, je fais cuire ou précuire presque tous mes légumes, et certains féculents, dans mon four à micro-ondes, sans inquiétude autre que le gain de place.

Encore un autre?

En discutant avec ma sœur, qui est infirmière et travaille en PMI, mais qui fait aussi partie de l'association La Leche League France (LLL), et qui prend plaisir à se cultiver sur le sujet, j'ai appris qu'il a existé un paradigme semblable sur le mécanisme de l'allaitement!
Un médecin du XIXème siècle, s'interrogeant sur le truc, mais expérimentant exclusivement sur des cadavres, avait injecté de la cire dans ce qu'il pensait être les canaux de lactation, avait observé des vésicules et tirées des conclusions, enseignées dès lors en fac de médecine. Ensuite, encéphalogramme plat pour la recherche, jusqu'à ce que, début des années 2000, des fabricants de tire-lait aient envie de savoir si leur produit fonctionnait bien, et commanditent des recherches sous IRM. Et là patatra! Les théories, expérimentations et conclusions qu'on tenaient jusque là pour valides ont été totalement contredites par les images.

Cette histoire que m'a racontée ma sœur est absolument véridique et vérifiée par curiosité factuelle.
Il s'avère qu'elle constitue l'un des "cas d'école" les plus célèbres de l'obstination scientifique basée sur des données obsolètes.

Le paradigme du cadavre : Sir Astley Cooper (1840), était un chirurgien et anatomiste britannique. En 1840, il a publié "On the Anatomy of the Breast" (Sur l'anatomie des seins).

Pour comprendre la structure du sein, il a injecté de la cire chaude de différentes couleurs dans les pores du mamelon de femmes décédées pendant leur période de lactation (c'était déjà ça). La pression exercée par l'injection de cire a créé des dilatations là où il n'y en avait pas forcément. Cooper a alors décrit (et dessiné) ce qu'on a appelé les sinus lactifères : des sortes de réservoirs où le lait était censé s'accumuler en attendant la tétée.
À titre personnel, je me souviens d'avoir vu des illustrations montrant ces sinus...

Pendant 165 ans, ces planches anatomiques ont été la vérité absolue, reproduites dans tous les manuels de médecine du monde.

Et puis il y a eut l'étude de Donna Geddes en 2005!
C'est seulement au début des années 2000 que tout bascule. L'étude de référence a été publiée en 2005 par le Dr Donna Geddes (Université d'Australie Occidentale), avec le soutien de l'entreprise de tire-lait Medela.

Contrairement à Cooper, elle a d'abord utilisé l'échographie à haute résolution (ultrasons) sur des femmes vivantes et en train d'allaiter.

Ce que l'IRM et l'échographie ont révélé :
Les sinus lactifères n'existent tout simplement pas : les "réservoirs" observés par Cooper étaient en fait des artefacts créés par la pression de la cire dans les tissus morts. Dans un sein vivant, les canaux sont petits et ne se dilatent que lors de l'éjection du lait.

La distribution des tissus se fait en réalité d'une façon bien différente, car le tissu glandulaire (qui produit le lait) est beaucoup plus proche du mamelon qu'on ne le pensait (souvent à moins de 30 mm).

On pensait que le bébé "moulait" les sinus pour exprimer le lait. En réalité, on a découvert que c'est une combinaison de vide (succion) et de mouvements de langue qui permet l'extraction, et non une simple compression de réservoirs... inexistants.

Tout ça pour dire une chose: j'aime la science.
Elle m'est essentielle, parce que j'ai ce besoin intrinsèque de compréhension du monde dans lequel je vis et avec lequel je dois interagir.

Si on me parle d'un sujet qui m'intéresse, voire qui me concerne directement, il y a fort à parier que j'en sais déjà pas mal sur le sujet. Ce savoir est concret et actualisé. En aucun cas je ne trouve acceptable de me fonder sur des théories vieilles de plusieurs décennies, parce que j'ai besoin d'exactitude.

Je sais ce que la science dit sur la biochimie du cerveau des personnes qui, comme moi, vivent avec des troubles anxieux chronicisé et des troubles de la gestion de l'impulsivité et de l'attention. Je sais aussi que mon syndrome de l'intestin irritable est en grande partie liée à l'excitabilité des neurones digestifs, et à des mécanismes complexes avec lesquels je dois composer en permanence. Je sais comment je dois manger pour limiter mes troubles spasmodiques. Je connais aussi les mécanismes de fonctionnement de l'utérus, comment fonctionne le cycle menstruel par exemple, et qu'il n'y a absolument aucun soucis à ne plus avoir de règles depuis 15 ans, vu que ce n'est que l'endomètre qui a modifié son fonctionnement en réaction à mes différents modes de contraception. L'utérus et le vagin conservent leurs fonctions autonettoyantes et les cellules mortes continuent d'être évacuées hors de mon corps, comme tout déchet organique trouve ses émonctoires naturels.

Je ne suis pas à proprement parler une scientifique. En tout cas, pas de formation, avec mon baccalauréat littéraire, c'est certain.
Toutefois, je pense que ce qualificatif peut avoir plusieurs sens. Si je ne suis pas de ceux qui font la science, au sens propre, par leurs recherches et leurs expérimentations, je n'imagine pas vivre sans me cultiver, intégrer des informations et m'efforcer de les garder à jour.
Le soucis d'exactitude est très important pour moi, et je ne vais pas hésiter à avouer mes incertitudes face à des personnes qui m'affirment des choses sur des sujets que je ne maîtrise pas: je vais aller faire des recherches et combler mes lacunes.
Dans tous les cas, je vais m'abstenir de juger.
La très grande majorité des gens sont extrêmement sincères, même quand ils relaient des informations fausses. À moi de savoir être pédagogue, quand c'est nécessaire, avec bienveillance.

Surtout quand l'obsolescence de leurs connaissances entre en conflit avec mes besoins fondamentaux.




dimanche 15 mars 2026

Être celle que je suis, en tant qu'Être

Je me suis récemment retrouvée à échanger sur les réactions des chats domestiques et les attitudes de leurs humains de compagnie...

J'ai moi même un chat. Une contrefaçon de Mainecoon ou de Norvégien (je sais pas trop: le poil est long, le format est grand, mais c'est surtout un chat européen de plus de 50cm). Gratuite (sauf le prix des croquettes à 11€ le kilo et le suivi vétérinaire).

Mes parents en ont trois, dont un qui m'a adoptée après avoir pigé que je lui donnais à manger, de la sécurité et même des gratouilles. C'est Mr Mouche (il était moucheté de l'arrière train, tout jeune, en 2015). Ensuite Mouchette est arrivée. On suppose qu'elle s'est perdue (c'est pas le couteau le plus affuté du tiroir, si vous voyez ce que je veux dire). Ils ont fricoté ensemble et ça a fait Moustique et Moucheronne (rebaptisée Minette, ou CGT, en fonction de son niveau de vocalises, chez ma sœur).

Bref. Moustique est un joli chat adulte blanc et tigré, avec des traits élégants et assez maline. Mais craintive. Pour moi, c'est un trait de caractère. Quand je vois Moustique aller se planquer sous le lit de mes parents, parce qu'elle entend un voiture arriver, ou qu'elle voit la porte de la cuisine s'ouvrir, sans savoir qui arrive, hé bien, c'est comme ça. C'est sa nature et on ne le changera pas. La meilleure façon pour un chat d'être rassuré, c'est de constater qu'on ne s'intéresse pas à lui.

Oui mais non. Ma maman, qui a vu des documentaires sur les chats et qui veut bien faire, tend à faire des "discours" à Moustique. Dans le genre "Mais Tictic, c'est Trucmuche, tu le connais Trucmuche, il est pas dangereux, hein Tictic!? Tu le connais! Tu le connais" et ainsi de suite.

L'intonation est aiguë, voire très aiguë, et le volume d'émission, assez fort.
Je suis pas un chat, mais perso, quand je l'entend, j'ai envie de fuir ces cris d'alarme en allant me planquer dans le bureau de mon père, bien au calme.

Du coup, je m'interroge...
Est-ce que ma maman ne renforcerait pas le comportement peureux de Moustique, au lieu de l'apaiser?

En tant que mam'chat, elle semble croire qu'elle peut corriger le trait de caractère de Moustique avec des vocalisation apaisantes. Alors oui, peut-être...

En effet, l'éthologie, qui étudie les comportements des animaux, a permit de démontrer que certaines façon de communiquer avec nos animaux domestiques sont plus efficaces que d'autres.

Les études montrent que les chats sont plus réceptifs aux fréquences hautes et aux variations d'intonation. Ceci parce que cela imite potentiellement les cris de leurs proies ou les signaux de détresse des chatons, ce qui capte leur attention de manière instinctive.

Cependant, comme pour tout signal acoustique, il y a une limite entre "attractif" et "alarmant".
Il faut être attentif à se méfier de la saturation de fréquence.
Pour les chats, si l'aigu est trop poussé et/ou trop constant, il peut devenir fondamentalement stressant. Un chat a une ouïe extrêmement fine et du coup, ce qui se veut mignon pour un humain peut finalement être perçu comme stridulation agressive comparable à un cri d'alarme.

Pas impossible, donc, qu'en voulant apaiser son chat et induire un comportement plus apaisé, ma maman renforce en réalité ledit comportement.
Pauvre Moustique.

Et pauvre de moi. Car je me dois d'être honnête: je pense avant tout à mon niveau de stress personnel qui monte en flèche, quand je suis exposée à ces vocalises stridentes. Désolée.

Dame Nature m'a fabriquée avec des capteurs ultra sensibles et je suis hyperacousique et misophone (j'entend vachement bien, et les sons ont un impact physique, et pas seulement perceptifs), et du coup tout ce qui est fort, soudain et dans hors des "moyennes" me fait littéralement souffrir.
En fait Dame Nature a fait une livraison complète sur les capteurs hypersensibles, me concernant, et je dois vivre avec, vu qu'il y a pas de SAV.

J'ai un tempérament calme, analytique et optimiste.
Certaines personnes qui me connaissent depuis l'enfance pourraient avoir une réaction du type "hein?!" en lisant "calme". Oui alors je suis d'un tempérament calme, analytique et optimiste mais avec des neurodivergences que j'ai énooorméméent compensé et dissimulé dès mon enfance.

Il faut savoir par exemple que les crises d'angoisses chez les enfants et les adolescents prennent très souvent la forme de colère explosives. Là, ils vont me reconnaître, j'en suis sûre!

Sauf que je ne suis pas colérique de nature: c'est un problème réactionnel.
De nos jours, il faut vraiment pousser le bouchon très très loin pour que je me mette véritablement en colère. Il faut dire que je déteste profondément m'énerver ("disjoncter" serait d'ailleurs un terme plus approprié), car on ne communique pas correctement dans ces circonstances. Or j'aime la précision et les mots justes.

Mis à part l'anxiété, j'ai aussi subi des conditionnements involontaires de la part de mon entourage familial. Ceux-ci m'ont amenée à des comportements inadaptés voire en contradiction avec mon véritable tempérament.
Ce n'est pas une accusation mais un constat pragmatique. Je n'ai aucune rancœur liée à celui-ci. Si je devait en vouloir à qui que ce soit, et bien ça serait à moi-même: j'ai consacré une énergie considérable, des années durant, pour compenser mes hypersensibilités et dissimuler ce que je percevais comme des défauts et des anomalies de fonctionnement.

J'ai d'abord parlé des chats, parce que mon fonctionnement et le leur a fondamentalement trait à la neurobiologie et pas à l'éducation ou au conditionnement qu'on peut induire (volontairement ou pas).

Moustique restera une chatte craintive face à l'inconnu et la surprise. On l'aime, de manière inconditionnelle, malgré ce trait de caractère un peu excessif qui l'amène à se planquer au moindre commencement de soupçon de danger. Quel mal cela nous fait-il? Est-il raisonnable d'essayer de corriger ce comportement, au risque de rajouter une couche de stress à celui qu'elle vit déjà? Ou bien est-il plus judicieux de l'accepter telle qu'elle est? Elle est adorable, curieuse et intelligente. Pourquoi chercher à influencer un comportement qui ne nuit, en fait, à personne?

C'est là que je cherche à mettre le doigt: sur la confusion entre l'éducation, qui vient modeler un comportement pour le rendre conforme à des attentes (sociales, culturelles, et parfois assez arbitraires) et l'ontologie, qui mène à accepter la nature profonde d'un être pour ce qu'il est dans sa nature profonde, sa structure même.

Avec le temps, j'ai fini par développer la conviction d'on ne peut pas modifier l'essence d'un être sans le dénaturer ou le briser.

J'ai bien failli, moi, me briser et me laisser briser.
Je me suis laissée dénaturer, maintes et maintes fois.

J'aspire aujourd'hui à être moi-même.
En paix avec les autres et de manière intrinsèque.

J'ai un tempérament analytique, doté d'une haute vigilance sensorielle. J'ai besoin de "clarté" (mentale et spatiale) pour fonctionner. Ma solitude n'est pas un manque de capacités sociales, mais une exigence de qualité : je cherche des interactions qui résonnent sur ma fréquence, sans distorsion ni "bruit" inutile.

C’est un tempérament qui demande beaucoup d'énergie pour naviguer dans un monde souvent trop bruyant et brouillon, rempli d'injonctions ancrées dans le "faire". Je veux sortir d'un fonctionnement basé sur les jugements pour entrer pleinement dans des constats factuels, sans tentatives de corrections.

Moustique n'est pas "une version ratée d'un chat courageux" ; elle est une chatte prudente qui a droit au calme, parce que c'est ce dont elle a besoin.

Je ne suis pas une version ratée non plus.

Je porte en moi un besoin de compréhension, avec une dominance analytique et réflexive.
Je ne me contentes pas de la surface des choses. Que ce soit pour un jeu vidéo, un film, ou le comportement d'un chat, je cherche à comprendre la structure, l'ergonomie et la logique sous-jacente. J'observe et je décortique les systèmes (sociaux, familiaux ou techniques). Je préfères l'écrit, car il permet la précision que la parole spontanée ne garantit pas toujours.

J'ai une hypersensibilité sensorielle et éthologique (la science des mœurs, y compris humaines, dans des conditions de vie données mais variables). Je fonctionnes à la manière d'un capteur haute sensibilité  et je dois composer avec une grande réceptivité aux fréquences, aux volumes et aux ambiances. Ce que d'autres perçoivent comme du "bruit de fond", je le reçois comme une information ou une agression, avec une grande précision, mais aussi parfois avec une grande souffrance nerveuse. J'ai une forme d'empathie cognitive qui me permet de comprendre instinctivement ce que ressent un être craintif (comme Moustique) parce que mon propre système nerveux traite les stimuli de façon similaire.
Perso, quand je suis déjà en alerte, rien de plus désagréable que de voir quelqu'un venir me le dire en mode "mais tout va bien voyons!".

Depuis quelques années, je comprends que ce qui est fondamentale pour moi, c'est l'autonomie et la cohérence... Oui! il y a chez moi une volonté farouche de rester l'artisane de ma vie. Même dans les moments de grande fatigue ou de solitude, je cherche à maintenir une cohérence entre mes besoins (oxygène, confort physique, silence) et mes actes. Je n'aime pas les dissonances, qu'elles soient sonores ou symboliques.

Voilà plusieurs années que j'essaie de comprendre.
Comprendre les gens, la vie, la société.
Voilà plusieurs années que j'essaie de trouver ma place.
Dans ma propre vie, dans le monde, dans la société.

Je commence seulement à réaliser que ce que je cherche avant tout, c'est juste à être celle que je suis, en tant que telle, en alignant mon environnement sur ma nature profonde.

Il y a une certaine parenté entre l'ontologie occidentale et l'Ikigai japonais.
Bien que l'ontologie soit une discipline philosophique occidentale (très conceptuelle et abstraite) et l'Ikigai un concept pragmatique japonais, ils se rejoignent sur un point crucial : la quête de l'essence.

Leur parenté réside dans la recherche de ce qui fait que la vie "vaut la peine d'être vécue" en fonction de ce que l'on est profondément. Or je cherche ces temps ci cette congruence, justement.