De nos jours, la plupart des gens pensent que le terme de stress est et a toujours été utilisé pour décrire des phénomènes biologiques...
Il n'en est rien.
Le stress d'une machine désigne la force interne appliquée par unité de surface au sein d'un matériau. C'est une histoire de contraintes liées à des processus physiques voire chimiques. Le phénomène de stress se produit lorsque la machine est soumise à des charges externes, des pressions ou des variations thermiques.
Il n'en est rien.
Le concept de « stress », tel qu'on l'entend aujourd'hui est en réalité relativement récent. Bien que l'humanité ait toujours ressenti des tensions, le mot n'est entré dans le vocabulaire médical qu'au milieu du XXe siècle.
Ainsi, avant 1930, ce terme appartenait exclusivement au champ lexical de la physique et de l'ingénierie. On l'utilisait pour désigner la force exercée sur une structure matérielle (comme un pont ou une poutre) et la tension qui en résulte. L'idée qu'un corps humain puisse subir une "pression" similaire n'était alors qu'une métaphore.
Avant que le mot stress ne devienne populaire, le physiologiste de Harvard, Walter Cannon, a posé dans les années 1920, les bases de la recherche en matière physiologique. Il a ainsi introduit le concept d'homéostasie (la capacité du corps à maintenir un équilibre interne). C'est lui qui a décrit pour la première fois la réaction de "lutte ou fuite" (fight or flight), expliquant comment le système nerveux réagit aux menaces.
Le véritable tournant médical a lieu en 1936. Un endocrinologue austro-hongrois installé à Montréal, Hans Selye, publie un article court mais révolutionnaire dans la revue scientifique Nature (l'une des publications scientifiques les plus anciennes et les plus réputées au monde).
Hans Selye y explique scientifiquement une hypothèse: il cherchait une hormone spécifique non encore étudiée. En injectant divers extraits à des rats, il a remarqué qu'ils développaient tous les mêmes symptômes (ulcères, hypertrophie des glandes surrénales), peu importe la substance injectée.
Il a alors compris que le corps répondait de manière non spécifique à n'importe quelle agression extérieure. Il a d'abord appelé cela le « Syndrome Général d'Adaptation ».
Puis il a emprunté le mot stress à la physique pour décrire cet état de tension de l'organisme.
Après la Seconde Guerre mondiale, le terme a quitté les laboratoires pour entrer dans la vie courante. Les médecins ont commencé à l'utiliser pour expliquer l'impact psychologique des combats sur les soldats, puis, dans les années 1950 et 1960, pour décrire les tensions liées au travail et à la vie moderne.
Il faut donc revenir aux bases sémantiques.
Déjà, il est intéressant de noter que le mot stress en français est un emprunt du même mot anglais qui est lui-même issu de l'ancien français « destresse » qui signifie littéralement détresse. En soit, c'est déjà assez édifiant.
Au XIIe siècle, le vieux français utilisait le mot destresse (issu du latin districtia, qui signifie "étirement", "étroitesse" ou "oppression"). À l'époque, il désignait une situation de grande souffrance, une angoisse ou une épreuve physique subie.
Au XIIe siècle, le vieux français utilisait le mot destresse (issu du latin districtia, qui signifie "étirement", "étroitesse" ou "oppression"). À l'époque, il désignait une situation de grande souffrance, une angoisse ou une épreuve physique subie.
Après l'invasion normande de l'Angleterre, le mot a été intégré à la langue anglaise sous la forme distress. Au fil des siècles, l'usage populaire a progressivement raccourci le mot (aphérèse) pour donner le terme stress.
C'est sous cette forme courte que le mot a commencé à être utilisé au XVIIe siècle par des physiciens et ingénieurs anglais. Dans ce contexte, il servait à mesurer la contrainte exercée sur un matériau solide.
C'est sous cette forme courte que le mot a commencé à être utilisé au XVIIe siècle par des physiciens et ingénieurs anglais. Dans ce contexte, il servait à mesurer la contrainte exercée sur un matériau solide.
C'est cela que décrivait ce mot, depuis des siècles, donc: un phénomène purement mécanique.
Le stress d'une machine désigne la force interne appliquée par unité de surface au sein d'un matériau. C'est une histoire de contraintes liées à des processus physiques voire chimiques. Le phénomène de stress se produit lorsque la machine est soumise à des charges externes, des pressions ou des variations thermiques.
Charge vs Capacité
En ingénierie, on ne fait jamais travailler une machine à sa limite de rupture ; on utilise un coefficient de sécurité pour savoir à quel niveau la faire fonctionner de manière optimale. Ainsi, si une pièce peut supporter 1000 MegaPascal avant de casser, on la fait travailler à seulement 200MPa (coefficient de 5).
Le stress du système nerveux apparaît quand la charge nerveuse réduit le coefficient de sécurité.
Ma "marge de manœuvre" nerveuse est moins importante que celle des gens "lambda".Qui plus est, elle est réduite par divers facteurs internes ou environnementaux.En conséquence, la moindre sollicitation technique devient un stress critique.Or j'ai une perception du monde sans filtres.Par exemple, une conversation verbale, qui plus est au téléphone, c'est éreintant.Ceci parce ce que je vois dans mon environnement immédiat ne correspond pas à ce que j’entends, pour commencer. À supposer que j'entende correctement (l'interlocuteur ne parle ni trop bas, ni trop fort), et qu'il n'y ait pas d'interférences. Il faut aussi que je comprenne sur le fond ce qu'on me dit (certaines personnes utilisent à mauvais escient du vocabulaire qu'elles croient comprendre). Il faut également que je me comporte correctement, moi: être socialement "conforme" en tant qu'interlocutrice....
La fatigue cyclique: l'usure invisible
Pour les machines, une pièce peut supporter une charge énorme une fois,
mais casser si on lui impose une petite vibration répétée 1 million de
fois. C'est l'accumulation de micro-fissures.
Ce ne sont pas forcément de "gros" événements qui vont provoquer du stress (un événement style restaurant, concert, festival...), mais la répétition de micro-sollicitations (stimuli visuels, auditifs, sensoriels, cognitifs, imprévus de toutes natures, interactions plus ou moins efficientes avec des tiers...). Tout ça, je suis obligée d'en tenir compte. Chaque stimuli me prive d'une part de mon énergie de fonctionnement.
La limite d'Élasticité (point de non-retour)
Phase Élastique : La machine subit une pression, se déforme légèrement,
mais reprend sa forme initiale. C'est le stress passager.
Phase Plastique : Le stress est trop fort ou trop long et la structure est modifiée de façon permanente.
Pour le système nerveux, cela correspond aux états d'épuisement où la simple "volonté" ne suffit plus à revenir à l'état initial, car la structure même (le réseau neuronal) a été modifiée par l'excès de cortisol ou d'adrénaline.J'aimerais vraiment que les tiers assimilent le fait que, dans ma vie, au sens global du terme, si je ne me laisse pas de marge de sécurité, je suis en danger.Ce n'est ni une impression ni une sensation: c'est un fait physiologique de biochimie nerveuse.Un stress trop fort, trop long, trop général est extrêmement délétère pour moi.Pour mon système nerveux, cela correspond à des états d'épuisement où la simple "volonté" ne sert absolument à rien.On est au delà de l'émotion: l'excès de certains neurotransmetteurs et hormones néfastes, le manque de sérotonine et de divers autres neuromédiateurs me rendent malade et mes réactions psychiques sont altérées, parfois au point d'avoir des réactions qui sont aux antipodes de mes valeurs morales.
Surcharge de données
Dans les machines complexes (p ex. ordinateurs), le stress peut être
informationnel par saturation. Trop de données arrivent en même temps,
le processeur surchauffe et le système "freeze".
Et bien moi aussi.Si ma marge de manœuvre nerveuse est réduite par de la fatigue ou un état d'hypersensibilité, la moindre sollicitation devient un stress critique.Pendant des années je n'ai pas su comment gérer et j'explosais, tout simplement. Parfois j'étais en état de sidération. De temps à autre, je deviens aphone.Il est important de comprendre que je fais souvent de très gros efforts pour me maîtriser quand je suis sur-stimulée. Ceux-ci visant principalement l'objectif de ne pas céder à l'agressivité pure et simple, qui consiste à mettre tout danger en déroute (mais pas très efficace socialement, et pas du tout CNV).Pour me protéger moi-même, et pour protéger les autres, je dépense une énergie dont la majorité des gens ne prennent absolument pas la mesure.
En bref: l'être humain est une méga structure d'une grande complexité et nous ne sommes pas tous faits du même matériau nerveux (métaphoriquement parlant).
Pour moi, tout est stimulus et je n'ai
pratiquement aucun filtre inné.
Chez la plupart des êtres humains, le système nerveux sait s'ajuster spontanément, mettre au second plan l'analyse de l'environnement, laisser de côté certaines perceptions.
Pas le mien.
Chez la plupart des êtres humains, le système nerveux sait s'ajuster spontanément, mettre au second plan l'analyse de l'environnement, laisser de côté certaines perceptions.
Pas le mien.
Je suis hypersensible, au sens sensoriel et perceptif. Si tous mes sens ne fonctionnent pas en mode "hyper", je pense que c'est parce que mon cerveau tente de me protéger.
Je rappelle que les êtres humains n'ont pas que cinq sens (ça, ça remonte à Aristote!). Il y a certes la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût et le toucher (sens extéroceptifs), mais aussi les sens proprioceptifs et équilibrioceptifs (le corps dans l'espace), les sens intéroceptifs (l'état interne), et d'autres sens spécifiques (relatifs au système nerveux); la médecine distingue également des facultés sensorielles basées sur des récepteurs dédiés (thermoception distincte du toucher, nociception liée à la perception de la douleur et chronoception liée à la perception du passage du temps).
Ma chronoception est très en dessous de la moyenne...
Qui qu'il en soit, concernant mes "filtres" face au tumulte du monde, il s'agit plus pour moi de stratégies d'adaptation, que j'ai appris à solliciter et à maintenir en place (ce qui demande de l'énergie).
D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été comme ça, et pendant plus de 35
ans, je n'ai pas eu les outils pour comprendre que la majorité des gens
ne le sont pas.
Dans mon quotidien, chaque interaction est difficile et génère du stress.
La façon de parler, l'intonation, le débit (trop lent, en particulier, avec beaucoup de pauses), le volume, la
façon de communiquer... tout ça ce sont des curseurs qui me demandent
des efforts importants et me privent d'une énergie que j'investirais
volontiers dans autre chose.
S'y ajoutent tous les stimuli sensoriels (la charge visuelle peut avoir
un impact considérable sur moi, de même que la charge sonore, tactile,
proprioceptive, etc.). Donc un contraste trop fort, un excès de
luminosité, des bruits de fond, une hygrométrie peu favorable, ce sont des choses que je perçois et
dont je suis incapable de faire abstraction.
À cause de ces difficultés, dès le collège, j'ai appris à lire sur les lèvres, parce que dans un milieu chargé en
conversations, j'ai besoin de cette béquille visuelle pour comprendre ce
que me disent mes interlocuteurs (en plus ça m'évite de devoir regarder
dans les yeux).
La mémoire du stress
En physique, l'hystérésis est la propriété d'un système dont l'état dépend de son historique.
Une pièce qui a été fortement stressée dans le passé ne réagira pas de
la même manière qu'une pièce neuve, même si elle semble identique.
Mon système nerveux possède une mémoire fine des crises passées.Il reste sous tension par anticipation, gardant l'empreinte des surcharges précédentes.Dans certaines circonstances je suis, par défaut, en hypervigilance de "gestion de crise".Je n'ai généralement que peu de bande passante disponible pour gérer mon quotidien.Dans ces circonstances particulières, je suis dans une situation encore plus précaire.

