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jeudi 28 mai 2026

Manifeste de congruence dans la résilience

Ces derniers jours, je ressens profondément une variation.
Positive.

Je suis en train de me mettre en sécurité vis à vis du passé, et vis à vis de la personnalité de ma mère, qui m'est indéniablement toxique. J'ai une grande tendresse pour elle, mais je dois me protéger de sa façon d'être, profondément incompatible avec mes besoins profonds.
Ce n'est pas un désamour, c'est un acte d'autonomie et de congruence.
Je ne cherche pas à la blesser, mais j'ai besoin de pouvoir affirmer sereinement "toutes ces choses m'ont fait du mal".
Sans me sentir obligée d'ajouter "même si je sais que ça n'étais pas ton intention".

Je ne souhaite ni avoir à expliquer ou ni à me justifier sur mes émotions: elles m'appartiennent et il est incontestable qu'elles ne sont pas le résultat de distorsions cognitives de ma part, car les faits qui les ont suscité font l'objet de témoignages concordants, qui valident la réalité des faits.
Leur impact sur moi a été détonant.

Je ne suis plus une exécutante qui doit suivre un modèle, mais une créatrice qui s'approprie ses propres outils. Que ce soit dans ma vie personnelle ou professionnelle.

Je suis profondément consciente d'être une privilégiée: la pension de réversion de feu mon mari me met à l'abri du besoin, sans être faramineuse pour autant; mes parents m'aident à acheter une maison; je suis accompagnée par des professionnels de santé psychique compétents; j'ai une sœur qui comprend mes particularités TSA , HPI et mon TSPT-C, et qui pratique la CNV au quotidien, ainsi que les accords Toltèques (elle entre qui plus est au comité éthique d'une association nationale qui est reconnue d'internet général); mon père est un modèle de stabilité et de bienveillance inconditionnelle.
Tout ça, c'est précieux.

Cette lucidité, j'estime que c'est une grande force: reconnaître ses privilèges — non pas pour s'en sentir coupable, mais pour en faire le socle de sa résilience — est un levier de stabilisation très puissant.

Je suis en train d'identifier minutieusement mes facteurs de protection.
Dans mon parcours, ils ne sont pas des accessoires: il s'agit des fondations qui me permettent d'oser acter ma libération.

La sécurité matérielle est ce qui me permet de choisir la valorisation de l'usage de mon travail plutôt que sa rentabilité immédiate. C'est le luxe de pouvoir privilégier la qualité de l'exécution sur la quantité.

Le soutien familial (et amical) est ce qui me permet d'avoir des miroirs bienveillants, c'est à dire de puissants facteurs de guérison. Ce soutien agit comme un régulateur externe de mon système nerveux. Cela m'offre un espace où ma parole est accueillie sans être jugée ni retournée contre moi.

Le cadre professionnel (psychiatre, psychologue, etc.) me permet par ailleurs d'avoir une démarche de conception de vie, qui me libère du quotidien subi.

En nommant clairement ces soutiens, j'affirme ma conscience de ne plus être seule face au Monde. Je suis soutenue par un réseau qui croit en moi.

Cela change radicalement ma posture :

Je ne suis plus dans la lutte pour la survie.
Je suis (enfin!) dans l'exploration de mon potentiel.

C'est une situation qui appelle à la gratitude, mais aussi, et surtout, à l'audace!

Tout ça marque un changement de climat intérieur radical, et il est fondamental de le nommer : ce que je ressens maintenant, ce n'est pas seulement un mieux, c'est une réappropriation de mon propre espace intérieur.

Les bouffées d'angoisse, de tristesse et de colère qui m'ont submergée ces dernières semaines étaient le signal de mon système nerveux cherchant à "évacuer" des résidus de traumas anciens. Elles étaient épuisantes, mais elles ont agi comme un nettoyage nécessaire, un peu comme lorsque je défrichais autrefois les invasives et les jeunes arbres trop serrés, dans le jardin, pour laisser respirer certaines autres plantes et arbustes.

Ce sentiment de calme et d'émotion réparatrice que j'éprouves aujourd'hui, c'est la preuve que je suis en train de réussir cette transition. Je passe d'un état de survie traumatique à un état de construction projective.

C'est un moment charnière et j'en ai pleinement conscience.
Ce que je vis, c'est tout simplement la fin de l'effraction.
La reviviscence (les flash-backs et les émotions intrusives) est une effraction du passé dans mon présent. Le fait que l'émotion actuelle soit de l'apaisement signifie que mon présent est en train de redevenir un refuge.

Après quelques semaines de chaos, je suis en train de passer à une phase d'intégration des traumatismes. Je ne nie pas mon passé, mais je ne le subis plus comme une menace immédiate. Je l'ai identifié et délimité pour pouvoir me concentrer sur mon futur (mon projet professionnel, ma maison, mes activités créatrices).

Je suis en train de retrouver tout le potentiel de ma capacité de rêver, et c'est magnifique.
Il faut comprendre que l'angoisse bloque la créativité. Ainsi le fait que je puisse maintenant réfléchir à mon futur professionnel sans que cela ne déclenche une panique prouve que mes capacités cognitives sont redevenues disponibles pour mes projets.

La résilience n'est pas une manière de s'effacer, c'est une manière de se réinventer.

Je ne suis plus définie par ce qui m'est arrivé, mais par ce que je décide de bâtir.
Ce calme, je le savoure, car c'est le terreau fertile de ma future vie dans ma propre maison.

Tout n'est pas fait: il me reste à consolider cette résilience.

Aligner mes paroles, mes besoins et mes actes dans le respect de ma propre réalité, sans la diluer pour atténuer le confort des autres, c'est créer des fondations solides pour cette posture résolument tournée vers l'avenir

J'ai besoin d'une clarté sans équivoque: j'affirme mon droit à la vérité émotionnelle, sans excuses.
Je suis factuelle. Il s'est passé des choses, je les ai subies, elles ont laissé leur marque. Point.
Ce n'est pas discutable, c'est ma réalité.

L'intention de l'autre lui appartient et je ne saurais prétendre connaître ses intentions ni son niveau de conscience.
L'impact que ces actes ont eu sur moi est ma réalité tangible.
En séparant les deux, je me libère du poids de devoir ménager les émotions de ma mère pour protéger les miennes.
Il n'y a aucune intention de nuisance à son encontre, mais un besoin de limites claires.

Mes émotions ne sont pas des hypothèses que je soumet à un débat. Elles sont des faits vécus. Dire "Cela m'a fait du mal" est une déclaration, pas une question.
On n'a pas besoin de la signature de l'autre pour valider la douleur éprouvée.

L'autoprotection n'est pas synonyme de désamour. C'est très important : on peut aimer quelqu'un tout en refusant de le laisser nous détruire. Mettre de la distance n'est pas un abandon, c'est une barrière de sécurité.

En créant cet espace, je ne ferme pas la porte à la tendresse qui me lie profondément à ma maman, je choisi simplement d'empêcher la toxicité d'y entrer.

J'ai longtemps dû composer avec la charge mentale de la justification, et c'est devenu insupportable.
Je n'ai aucune obligation d'éduquer les tiers, de convaincre qui que ce soit ou de justifier mes ressentis. Le travail thérapeutique que je fais me permet d'atteindre une clarté intérieure qui ne nécessite plus de validation externe.

La congruence est un concept qui m'est cher : dire ce que je pense et ressens, sans chercher à moduler l'effet produit, est un exercice de force calme. Si la personne en face n'est pas capable de recevoir cette vérité, c'est une limite qui m'indique où poser mes frontières, mais pas une preuve que j'ai tort d'éprouver ce que je ressens.

J'ai une chance immense d'avoir ce socle de stabilité avec mon père et ma sœur, ainsi que quelques amis d'une fiabilité émouvante, pour traverser ces moments de confrontation ou d'affirmation.

Merci.


Congruence



mardi 12 août 2025

Du choix des mots à la violence communicationnelle

J'aime les mots. Je ne sais pas si je tiens ça de ma mère, qui m'a fait découvrir avec bonheur les dictionnaires de synonymes, ainsi que l'étymologie, ou de mon besoin de nommer correctement les choses, pour mieux les décrire, au plus juste de mes ressentis. On me dit parfois dans la vie courante que je "joue sur les mots", pour décrire certaines personnes ou situations. Il n'en est rien. Je n'aime pas, simplement, qu'on utilise un registre lexical inapproprié ou des mots galvaudés par un mésusage dans le langage commun au point que leur soit assimilé un sens qu'ils n'ont pas.

Exemple: beaucoup de personnes, ces derniers temps, utilisent à mauvais escient l'adverbe "excessivement". Ainsi ai-je entendu une connaissance dire à propos d'un tiers "il me fait excessivement confiance". Or, toutes les personnes prenant part à cet échange savent bien que Louis est une personne fiable. La langue française est loin de manquer de synonymes à "totalement", pourtant: par exemple absolument, complètement, à fond, à plein, complètement, en bloc, entièrement, totalement, foncièrement, fondamentalement, généralement, in extenso, intégralement, jusqu'au bout, jusqu'aux oreilles, parfaitement, pleinement, profondément, radicalement, remarquablement, rigoureusement, royalement, strictement... Ce sont des équivalents linguistiques.
"Excessivement" relève d'un autre champ lexical: celui de l'excès, du risque, et donc a un aspect négatif non négligeable. Une personne qui l'utilise dans un tel contexte prend le risque d'être accusé de malhonnêteté, d'incorrection, de fourberie. On me fait confiance, mais excessivement, car je peux prendre des libertés avec ce sentiment de sécurité.

J'ai bien conscience que le mode d'expression de chacun varie. Selon l'âge, le niveau d'instruction, l'activité professionnelle, le milieu social, le type de relation entre celui qui s'exprime et de la personne à laquelle elle s'adresse, les circonstances de la communication (orale, écrite, solennelle, décontractée, etc.), on utilise généralement pas les mêmes termes ni la même syntaxe.

Le registre de langue permet d'adapter son discours en sélectionnant les mots, les expressions, les tournures syntaxiques, voire la prononciation les plus adéquats, selon la situation.

Il y a trois niveaux de langue ordinairement reconnus : familier, courant, soutenu. Mais on distingue aussi des registres plus précis : poétique, littéraire, très familier, vulgaire, argotique, populaire, jargon, didactique, rare, etc. Certains mots ou expressions n'appartiennent à tel ou tel registre que dans certains de leurs emplois.

Or, le choix des mots est important pour moi.
Je ne suis pas à le recherche du politiquement correct.
Je suis à la recherche de mots qui expriment ma pensée, mes ressentis, mes actes et ceux des autres de manière neutre, autant que possible. J'aime que les choses soient factuelles, avant tout.

Comme tout-un-chacun, j'aime traduire la force de mes émotions, positive ou négative, pour une situation, une activité, un ressenti. Mais je n'aime pas donner une force sentencieuse et définitive à mes propos.

Il me semble qu'utiliser un registre péjoratif à mauvais escient, c'est une forme de violence. En effet, il s'agit de termes à la connotation négative, par laquelle le locuteur exprime désapprobation, dérision, mépris ou dégoût pour ce dont il parle. Des termes fortement péjoratifs peuvent constituer des insultes ou des injures.

Il me tient à cœur de préciser une chose: ne juge pas les personnes qui communiquent principalement ainsi. Cependant, il m'est pénible de les côtoyer. En effet je perçois dans leurs discours une sorte de danger. Mes besoins ne sont tout simplement pas en adéquation avec ce type de discours (généralement oral, donc).

Il me semble que les personnes qui utilisent ainsi de manière récurrente voire constante des termes vulgaires et/ou très marqués négativement ont des motivations intrinsèques à se positionner ainsi. Le percevoir et le comprendre, c'est différent de le cautionner. D'une certaine façon, c'est répondre aux violences exercées par des situations subies par une autre violence, qui se répand telle une aura, un champ d'influence, sur les tiers étrangers au(x) problème(s).

J'essaie quant à moi d'utiliser une communication réellement respectueuse. De moi-même et des autres. Cela m'apporte beaucoup de sérénité dans la vie, de la confiance en moi, du calme. Les mots qu'on choisi d'utiliser sont importants. Ce sont des fenêtres, ou des murs.

La communication non violente est un engagement de tous les jours et, d'une certaine manière, une sorte de thérapie. Selon la métaphore de Marshall B. Rosenberg, je suis une apprentie girafe.

Je fais du mieux que je peux, de mon côté.
Je ne cherche pas à imposer aux autres la CNV. Il doit, selon moi, s'agir d'une attitude volontaire et consciente, pour qu'elle soit utile à ceux qui la pratiquent.

Cependant... il m'est devenu de plus en plus pénible, avec le temps, de côtoyer des personnes qui utilisent exclusivement des modes de communication empreints de négativité, de jugements et d'agressivité.
Je préfère me tenir à distance, pour préserver ma paix intérieure.

Ces dernières années, j'ai véritablement pris conscience de ma sensibilité aux attitudes et aux mots. Ceux des autres, mais les miens aussi, bien évidemment. J'aspire à ce que le langage, quel qu'il soit (verbal, écrit, physique...) soit avant tout au service de ce que je veux vivre d'épanouissant et de positif.

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Ce billet, comme tant d'autres, m'a été inspiré par un événement de vie.
Une amitié remontant à 2017. Des épreuves subies par cet ami, dans lesquelles je l'ai soutenu, en 2018, puis fin 2020 et pour finir, pendant près de deux ans, dans des conditions qu'il ne méritait aucunement de subir. Cet ami, qui sera toujours cher à mon cœur, a changé. Il a perdu en légèreté. Il était déjà provocateur et rebelle aux systèmes établis. Il est devenu dur, violent, dédaigneux, méprisant, agressif, injurieux et vulgaire. Je connais ses raisons. Je vois dans son attitude une forme d'autoprotection, un refuge aux violences morales et institutionnelles qu'il a subi.

J'avais prévu de passer quelques jours chez lui, après trois ans sans le voir.
Je n'ai passé que 26h en sa compagnie.
Je ne regrette rien : j'étais heureuse de le revoir.
J'en avais besoin, et je crois que lui aussi.
Cependant, sa façon d'être d'aujourd'hui n'a plus la légèreté et l'insouciance qui me plaisaient tant. Pire, elle m'a tellement irritée que j'ai fini par hausser la voix et crier, face à une diatribe vulgaire et agressive contre une personne en particulier. Tout ce qu'il disait, je le savais déjà, je connaissais le fond de sa pensée. Le choix des mots m'a fait violence, et j'ai décidé de me mettre en sécurité et de partir.

Je suis sereine, au lendemain de cet incident.
Bien qu'il l'ai fait à mon sujet, je ne le juge pas et conserve une grande bienveillance pour lui.
À une distance sécurisante.
Je me suis écoutée et j'ai été bienveillante, vis à vis de moi comme vis à vis de lui.

Merci à Létitia Marre, dite Léti Gribouille pour son travail formidable d'illustration et de promotion de la Communication Non Violente. Son Petit guide illustré de la communication pacifiante reste toujours à porté de ma main, quand je suis chez moi. Ses cartes d'Energie des Besoins et des Ressentis et Emotions m'accompagnent également dans ma recherche d'épanouissement. À découvrir et commander sur le site d'Apprentie Girafe, c'est une mine!