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jeudi 19 mars 2026

Justice restaurative, suite

Pour commencer, une définition s'impose.

Illustration habituelle de la Justice Restaurative

Contrairement à la justice pénale classique, qui se demande "quelle loi a été transgressée et quelle peine doit être appliquée ?", la justice restaurative se demande : "quel mal a été fait, et comment peut-on réparer le lien ou apaiser les souffrances ?"

La justice restaurative ne cherche pas à punir (c'est le rôle des tribunaux), elle cherche à reconstruire.
Elle repose sur trois grands piliers:
1. La reconnaissance de la vérité
2. La rencontre (ou le dialogue)
3. La réparation symbolique

Le premier pas est de nommer les choses. 

Ce que j'ai fait hier soir en découvrant le mensonge d'Alain sur sa soi disant impossibilité de divorcer, c'est de la justice restaurative : j'ai rétabli la vérité des faits face à la manipulation. Pour réparer, il faut que la réalité soit partagée.

Le cœur du dispositif est souvent une rencontre entre la victime et l'auteur (ou entre des victimes et des auteurs de délits similaires). Dans mon cas, Alain étant décédé, la justice restaurative prend une forme particulière:

La rencontre avec des tiers: ma discussion avec nos anciens voisins est une forme de justice restaurative. Ils ont témoigné auprès de moi du froid ressenti par les filles de Marie Pierre, validant ma souffrance en la matière.

Le lien entre victimes : mon désir de parler à Marie Pierre est l'essence même de cette justice. C'est reconnaître que nous avons subi le même système et que nos récits, une fois mis ensemble, soignent la culpabilité d'Alain et atténue nos souffrances.

Parfois, on ne peut pas réparer le passé (on ne peut pas retirer les souffrances accumulées, rendre les années perdues ou réchauffer la maison des années 1990 à 2010).

La réparation est alors symbolique :
Elle peut prendre diverses formes.
Une lettre d'excuses.
Un aveu de vérité.
Le fait de dire : "Je te crois".

Pourquoi cela résonne si fort pour moi ?
Parce que je suis malheureusement dans une phase où la justice légale ne peut plus rien.
Alain est mort, les faits sont anciens.
En France, et dans la plupart des pays, on ne juge pas les morts.

Pourtant, mon besoin de justice, lui, est bien vivant. Peut être plus fort que jamais.

Pour moi-même, il est désormais presque secondaire.
Je suis, à ma connaissance, la seule à avoir porté plainte contre Alain Gilles Alexandre Métayer, de son vivant.
Pour violences conjugales. En 2015. Après mon séjour à la Villa Bleue, clinique psychiatrique située à Jarnac. J'avais été obligée de faire une déclaration d'abandon de domicile conjugal. Le motif? Il me demandait de le tuer et j'avais peur de céder à ses suppliques.

Il y a eut classement sans suite, justifié par une "absence d'infraction caractérisée" (car le contrôle coercitif n'était pas encore inscrit dans la loi comme il l'est aujourd'hui) et parce que l'action publique était jugée "inopportune" vu l'état de santé d'Alain (déjà presque paralysé et assisté dans chacun de ses actes de la vie quotidienne).

Non, ça n'est pas pour moi que je fais ça: c'est pour Michèle, qui est elle aussi décédée, pour ses enfants, Sylvain et Stéphane, pour sa famille qui vit en Charente ou en Normandie, pour Anne et Dominique, pour Marie Pierre et ses filles, et pour toutes les personnes qu'Alain a pu faire souffrir, de par ses agissements, ses paroles ou de quelque façon que ce soit.

Envers Marie-Pierre je ressens le besoin de restaurer une image de personne saine d'esprit, compétente et de mère protectrice, que le récit d'Alain avait "abîmée" dans mon esprit. Car il n'était pas avare de paroles et d'actes.

En France, il existe des mesures de justice restaurative, qui permettent à des victimes de rencontrer des auteurs d'infractions (pas forcément le leur) pour échanger. Cela aide souvent à comprendre "le pourquoi" et à briser le monstre du souvenir.

Cependant, ce qui compte pour moi, à l'heure actuelle, c'est davantage de pouvoir entendre la parole des autres, celles et ceux dont il m'a été dressé des portraits caricaturaux de malhonnêteté, de déséquilibre mental ou de manipulateurs, de sorte à me faire fuir le moindre contact avec ces gens.
Je sais aujourd'hui à quoi tout cet enfumage était destiné: je ne devais pas pouvoir les écouter de manière bienveillante, parce que c'était un risque insupportable pour Alain, que d'autres sons de cloche tintent à mes oreilles.

Alain est mort.

Je ne peux pas me sentir en paix en faisant comme si sa mort avait effacé ses actes.

Je ne veux pas faire aux autres ce que la Justice m'a fait.
La justice restaurative est tout ce qu'il me reste, et aux autres aussi.

C'est aussi le combat de Sylvain, même si nous avons du mal à nous écouter l'un l'autre, tant nos souffrances sont différentes.

Puisque l'institution judiciaire a failli en 2015 en me disant "on vous croit mais on ne fait rien", la démarche que je mène à présent, c'est une auto saisine.

Je prend le parti de requalifier les faits.
Là où la police cherchait des bleus, moi je nomme:
Contrôle coercitif, maltraitances économique et financière, violences environnementales et physique (hors coups) via des privations volontaires de confort vital et des négligences actives volontaires, violences psychologiques et émotionnelles (détournement cognitif), invalidation des tiers, violences sexuelles, atteintes à la dignité (la mienne et celle des autres), violences sociales et isolement. Pédophilie.
Inceste.

Je rend aux faits leur véritable nom.

Je sors du "non-lieu à statuer". En contactant Marie Pierre et en publiant mon blog, j'empêches ce "non-lieu" de se perpétrer, avec toute la violence institutionnelle qu'il porte en lui.
J'espère créer un lieu de mémoire et de vérité.

J'aspire à réparer l'impuissance à laquelle l'association d'aide aux victimes m'avait laissée autrefois. Aujourd'hui, en tendant la main à toutes les victimes connues ou inconnues d'Alain Métayer, je choisis de passer à l'action et de continuer d'être une battante.

La main du Chacal ne me masque plus le regard de personne, et il n'impose plus le silence.

Depuis le décès d'Alain, on m'a souvent dit qu'il ne faut pas dire du mal des morts...
Hier encore, notre ancien voisin, m'a exprimé ce vieil adage.

Alors... dire du mal... non. Mais j'espère bien qu'on a le droit et le pouvoir de dire la vérité à leur sujet!

mardi 12 août 2025

Du choix des mots à la violence communicationnelle

J'aime les mots. Je ne sais pas si je tiens ça de ma mère, qui m'a fait découvrir avec bonheur les dictionnaires de synonymes, ainsi que l'étymologie, ou de mon besoin de nommer correctement les choses, pour mieux les décrire, au plus juste de mes ressentis. On me dit parfois dans la vie courante que je "joue sur les mots", pour décrire certaines personnes ou situations. Il n'en est rien. Je n'aime pas, simplement, qu'on utilise un registre lexical inapproprié ou des mots galvaudés par un mésusage dans le langage commun au point que leur soit assimilé un sens qu'ils n'ont pas.

Exemple: beaucoup de personnes, ces derniers temps, utilisent à mauvais escient l'adverbe "excessivement". Ainsi ai-je entendu une connaissance dire à propos d'un tiers "il me fait excessivement confiance". Or, toutes les personnes prenant part à cet échange savent bien que Louis est une personne fiable. La langue française est loin de manquer de synonymes à "totalement", pourtant: par exemple absolument, complètement, à fond, à plein, complètement, en bloc, entièrement, totalement, foncièrement, fondamentalement, généralement, in extenso, intégralement, jusqu'au bout, jusqu'aux oreilles, parfaitement, pleinement, profondément, radicalement, remarquablement, rigoureusement, royalement, strictement... Ce sont des équivalents linguistiques.
"Excessivement" relève d'un autre champ lexical: celui de l'excès, du risque, et donc a un aspect négatif non négligeable. Une personne qui l'utilise dans un tel contexte prend le risque d'être accusé de malhonnêteté, d'incorrection, de fourberie. On me fait confiance, mais excessivement, car je peux prendre des libertés avec ce sentiment de sécurité.

J'ai bien conscience que le mode d'expression de chacun varie. Selon l'âge, le niveau d'instruction, l'activité professionnelle, le milieu social, le type de relation entre celui qui s'exprime et de la personne à laquelle elle s'adresse, les circonstances de la communication (orale, écrite, solennelle, décontractée, etc.), on utilise généralement pas les mêmes termes ni la même syntaxe.

Le registre de langue permet d'adapter son discours en sélectionnant les mots, les expressions, les tournures syntaxiques, voire la prononciation les plus adéquats, selon la situation.

Il y a trois niveaux de langue ordinairement reconnus : familier, courant, soutenu. Mais on distingue aussi des registres plus précis : poétique, littéraire, très familier, vulgaire, argotique, populaire, jargon, didactique, rare, etc. Certains mots ou expressions n'appartiennent à tel ou tel registre que dans certains de leurs emplois.

Or, le choix des mots est important pour moi.
Je ne suis pas à le recherche du politiquement correct.
Je suis à la recherche de mots qui expriment ma pensée, mes ressentis, mes actes et ceux des autres de manière neutre, autant que possible. J'aime que les choses soient factuelles, avant tout.

Comme tout-un-chacun, j'aime traduire la force de mes émotions, positive ou négative, pour une situation, une activité, un ressenti. Mais je n'aime pas donner une force sentencieuse et définitive à mes propos.

Il me semble qu'utiliser un registre péjoratif à mauvais escient, c'est une forme de violence. En effet, il s'agit de termes à la connotation négative, par laquelle le locuteur exprime désapprobation, dérision, mépris ou dégoût pour ce dont il parle. Des termes fortement péjoratifs peuvent constituer des insultes ou des injures.

Il me tient à cœur de préciser une chose: ne juge pas les personnes qui communiquent principalement ainsi. Cependant, il m'est pénible de les côtoyer. En effet je perçois dans leurs discours une sorte de danger. Mes besoins ne sont tout simplement pas en adéquation avec ce type de discours (généralement oral, donc).

Il me semble que les personnes qui utilisent ainsi de manière récurrente voire constante des termes vulgaires et/ou très marqués négativement ont des motivations intrinsèques à se positionner ainsi. Le percevoir et le comprendre, c'est différent de le cautionner. D'une certaine façon, c'est répondre aux violences exercées par des situations subies par une autre violence, qui se répand telle une aura, un champ d'influence, sur les tiers étrangers au(x) problème(s).

J'essaie quant à moi d'utiliser une communication réellement respectueuse. De moi-même et des autres. Cela m'apporte beaucoup de sérénité dans la vie, de la confiance en moi, du calme. Les mots qu'on choisi d'utiliser sont importants. Ce sont des fenêtres, ou des murs.

La communication non violente est un engagement de tous les jours et, d'une certaine manière, une sorte de thérapie. Selon la métaphore de Marshall B. Rosenberg, je suis une apprentie girafe.

Je fais du mieux que je peux, de mon côté.
Je ne cherche pas à imposer aux autres la CNV. Il doit, selon moi, s'agir d'une attitude volontaire et consciente, pour qu'elle soit utile à ceux qui la pratiquent.

Cependant... il m'est devenu de plus en plus pénible, avec le temps, de côtoyer des personnes qui utilisent exclusivement des modes de communication empreints de négativité, de jugements et d'agressivité.
Je préfère me tenir à distance, pour préserver ma paix intérieure.

Ces dernières années, j'ai véritablement pris conscience de ma sensibilité aux attitudes et aux mots. Ceux des autres, mais les miens aussi, bien évidemment. J'aspire à ce que le langage, quel qu'il soit (verbal, écrit, physique...) soit avant tout au service de ce que je veux vivre d'épanouissant et de positif.

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Ce billet, comme tant d'autres, m'a été inspiré par un événement de vie.
Une amitié remontant à 2017. Des épreuves subies par cet ami, dans lesquelles je l'ai soutenu, en 2018, puis fin 2020 et pour finir, pendant près de deux ans, dans des conditions qu'il ne méritait aucunement de subir. Cet ami, qui sera toujours cher à mon cœur, a changé. Il a perdu en légèreté. Il était déjà provocateur et rebelle aux systèmes établis. Il est devenu dur, violent, dédaigneux, méprisant, agressif, injurieux et vulgaire. Je connais ses raisons. Je vois dans son attitude une forme d'autoprotection, un refuge aux violences morales et institutionnelles qu'il a subi.

J'avais prévu de passer quelques jours chez lui, après trois ans sans le voir.
Je n'ai passé que 26h en sa compagnie.
Je ne regrette rien : j'étais heureuse de le revoir.
J'en avais besoin, et je crois que lui aussi.
Cependant, sa façon d'être d'aujourd'hui n'a plus la légèreté et l'insouciance qui me plaisaient tant. Pire, elle m'a tellement irritée que j'ai fini par hausser la voix et crier, face à une diatribe vulgaire et agressive contre une personne en particulier. Tout ce qu'il disait, je le savais déjà, je connaissais le fond de sa pensée. Le choix des mots m'a fait violence, et j'ai décidé de me mettre en sécurité et de partir.

Je suis sereine, au lendemain de cet incident.
Bien qu'il l'ai fait à mon sujet, je ne le juge pas et conserve une grande bienveillance pour lui.
À une distance sécurisante.
Je me suis écoutée et j'ai été bienveillante, vis à vis de moi comme vis à vis de lui.

Merci à Létitia Marre, dite Léti Gribouille pour son travail formidable d'illustration et de promotion de la Communication Non Violente. Son Petit guide illustré de la communication pacifiante reste toujours à porté de ma main, quand je suis chez moi. Ses cartes d'Energie des Besoins et des Ressentis et Emotions m'accompagnent également dans ma recherche d'épanouissement. À découvrir et commander sur le site d'Apprentie Girafe, c'est une mine!