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jeudi 30 avril 2026

Des cadavres dans tous les placards

J'achète une maison.
Je suis en train de réaliser à quel point j'ai besoin de ce refuge.
Elle sera ma forteresse du calme et de la sécurité.

Une sécurité que je n'ai pas beaucoup connue dans ma vie.

Ces temps ci, entre le changement de traitement et cette étape d'affirmation de ma souveraineté individuelle, j'ai des cadavres qui sortent de tous les placards de ma mémoire. À peine une porte se referme que deux autres débordent. Des sortes de diables en boîte.

Ma mémoire ultra HD qui a enregistré événements, informations, émotions et les a figé dans une réalité qui m'est personnelle semble avoir perdu le sens des limites.

Précaution préliminaire: Je ne dis pas que je détiens la vérité (elle est ailleurs, c'est bien connu).

Cependant mes souvenirs font partie intégrante de la personne que je suis.
Or ces derniers temps, ils sont écrasants.

On peut m'opposer "ça ne s'est pas passé comme ça".
Peut être. Mais je sais ce que je ressens, et à moins que vous soyez télépathes, ce n'est pas votre cas.


Il y a eu le chaos et la violence.

Petite enfance. Un lien fort avec maman, le contact de sa peau, les longs moments tout contre elle.
Les larmes quand elle a reprit le travail. Une fois que j'étais malade, elle m'a emmenée avec elle à l'école où elle travaillait. Violence verbale de l'autre institutrice, directrice. Des coups de téléphone anonymes, tard le soir, chez mes parents, qui prétendaient que c'était un "fantôme".
À l'école maternelle, je n'étais pas à l'aise avec mes pairs. Je ne comprenais pas leurs comportements et leurs préoccupations. un jour Séverine m'a dit "t'es plus ma copine" et quand j'ai cherché à comprendre, elle a enfoncé le clou d'un sentencieux "tu sais très bien pourquoi" (non). On est jamais redevenues copines. Mon seul copain, c'était Lénaïc, parce qu'il habitait la rue basse à Bayers, comme moi. Il avait une forme de bienveillance vis à vis de moi, et c'état réciproque. Je ne me sentais pas obligée d'essayer d'être "conforme". Mais l'école maternelle, c'était compliqué:
On m'empêchait de suivre les leçons des "grands" qui commençaient l'apprentissage de la lecture ("ça va te faire mal à la tête")
On me forçait à manger des choses qui me donnaient la nausée ("goute un peu", "ha ben tu vois que ça passe: mange le reste", "si tu ne mange pas ça, tu n'aura pas de dessert"). La coercition, seule mode de communication de certains adultes vis à vis des enfants. Le souvenir de la fois où on m'a forcé à manger des chipolatas, que j'ai vomi un peu plus tard. On m'a appris à avaler sans mâcher, pour ignorer les signaux de dégout envoyés par mon système nerveux.
On m'imposait une sieste alors que j'avais besoin de bouger et d'évacuer mon énergie.
On me disait d'aller faire pipi alors que je n'avais pas envie, et quand je me suis retrouvée, une fois, à devoir faire caca seule, alors que les autres étaient en cours, parce que je ne savais simplement pas faire la différence entre les deux sensations, je me souviens de la détresse absolue et des larmes, parce que je ne pouvais pas réintégrer la classe, que j'étais seule face à mon corps et à mes fesses souillées. J'ai affronté la chose dans la honte et le silence et je n'en ai jamais parlé à personne. Mais je m'en souviens avec une acuité que je qualifierait de "regrettable".

Je porte en moi un véritable listing d'événements "anodins" et chargés d'une violence inouïe pour l'enfant que j'étais. Il y a un certain désordre chronologique, parce que ça n'est pas comme ça que fonctionne ma mémoire.

Une mère institutrice.
L'école avec elle, hors carte scolaire, du CP au CM2, dans deux écoles différentes.
Une maman absente en tant que parent à la maison, souvent dans son bureau à l'étage. Absente sauf pour "demander" les choses rébarbatives, sans les valoriser, parfois en utilisant des mots blessants, comme si la violence psychologique était un moteur acceptable.

Des informations confidentielles reçues par l'instit, débordant dans la sphère familiale: le père qui s'était suicidé d'un coup de fusil au grenier, le gamin qui recevait des coups de ceinture, le jeune (16 ou 17 ans?) qui était défiguré après avoir reçu de l'huile de friture sur le visage, la fille dont la sœur aînée n'était pas scolarisée à cause d'un handicap sévère, le gamin dont le père routier piquait dans la caisse du bureau de Poste tenu par sa femme, les gamines qui étaient très probablement victimes d'inceste... Mon instit rapportait toue ces valises émotionnelles chargées de violence à la maison et je comprenait bien plus que ce qu'on croyait, sans doute.

Les problèmes d'intéroception (capacités à évaluer de manière exacte son activité physiologique), qui avaient commencé à poser problème à l'école maternelle ont perduré. Dans la honte et la dissimulation.
Je me sentais anormale et je ne voulais pas l'être.
L'incapacité à identifier le moment où j'avais besoin de faire pipi était un problème qui prenait énormément de place dans ma charge mentale. Il m'arrivait très souvent de ne pas penser à aller faire pipi pendant les récrés et de me retrouver à courir sous le préau vers les toilettes à la turque, pour me retrouver incapable d'uriner en dépit de la douleur nociceptive. Alors je me pressais le ventre, et je cherchais des stratégies, comme de stimuler l'urètre de manière digitale externe ou interne (via le vagin, oui, à 6 ou 7 ans).
J'avais des fuites urinaires et je "sentais le pipi", d'après les dires de mes camarades de classe.
J'ai essayé de me confier à ma mère. La solution proposée a rajouté une couche de honte: des serviettes pour fuites urinaires. Pas une consultation médicale et des examens, ni un psy. Des serviettes style Téna. J'ai décidé de ne plus parler de ça et de faire comme si le problème n'existait pas. Pendant des décennies, je n'ai uriné qu'en poussant et en forçant sur organe qui fonctionne normalement sur la base du relâchement. La santé physique d'une enfant ne tolère pas le bricolage.
J'ai poussé, méthodiquement, au lieu d'essayer de comprendre mon corps.
Il faut dire que je voyais ma mère dire qu'elle devait faire pipi mais continuer ses activités jusqu'à ce que le besoin de vidange devienne trop impérieux pour être ignoré. J'ai intégré ça comme une norme acceptable.

J'avais un problème chronique de constipation, mais je n'ai pas le souvenir d'en avoir jamais parlé à mes parents. J'avais des pets foireux, et je sais aujourd'hui que c'est un symptôme de constipation sévère. Là aussi, je poussais, frénétiquement, à en avoir mal au crâne et les larmes aux yeux.
À mon entrée au lycée, j'ai commencé à avoir des diarrhées fonctionnelles liées au stress. En ai-je parlé? Non. Il m'a fallut encore une vingtaine d'années pour commencer à m'ouvrir à ce sujet, et uniquement à une médecin qui m'avait démontré que je pouvais lui faire pleinement confiance.

Je réalise que j'ai toujours eu des troubles de l'impulsivité. Dès la primaire. Une tendance à prendre la parole à des moment inopportuns, par exemple.
Il y a eut l'épisode de la leçon de conjugaison, la demande de silence dans la classe. Le moment où j'ai prit la parole, parce que je ne me contrôlais pas. La rotation du buste de l'instit, le tampon effaceur en bois et feutre dans la main, projeté en direction de la parole indésirable. Le choc avec mon front. Blessure. Saignement abondant. Pas de points de suture. Pas de conséquences.
N'importe quel autre enfant de la classe aurait été blessé de la sorte, ça aurait été dépôt de plainte des parents et procédure disciplinaire pour faute grave. Mais c'était ma mère, l'instit.

Elle ne s'en souvient pas, je le sais, mais au moins une fois, elle m'a donné la fessée dans la cour, en présence des autres élèves, le pantalon baissé. Pas fesses nues, mais sans l'amorti du jogging en coton. Aucune idée du motif de la punition parentale ainsi donnée en spectacle. Mais je sais que je n'ai pas inventé l'évènement.

Des fois notre mère nous ramenait à la maison après les cours, à 7 km. Des fois non. Des fois on fréquentait les autres gamins du village, qui n'était pas le notre, où nous étions des sortes de greffes temporaires, des bagages dans les sacoches de l'instit...
À un moment, ma sœur rentrait mais pas moi. Parce que je regardais trop la télévision, je crois, ou pour une autre raison lié à un motif dont je n'ai aucun souvenir (je me garderais de faire des hypothèses). On avait que les 3 premières chaînes, en ce temps là. Je restais seule à l'école avec ma mère qui "rangeait" sa classe. Parfois jusqu'à 20h.

Ma consommation de télévision dérangeait ma mère.
Elle n'en avait pas conscience (et moi non plus, à cette époque là), mais c'était un important outil de régulation nerveuse par hyper focus.
Elle a cherché à réguler cette consommation. Je ne sais pas ce qu'elle croyait ou espérait. Ça lui appartient. J'ai seulement vécues les conséquences de ses choix et c'est tout ce dont je peux parler.

Je n'ai pas de souvenirs liés à mon père en la matière. Je ne sais pas s'il participait à cette lutte contre ma consommation télévisuelle. Si c'était le cas, je n'ai pas de souvenir d'actions proactive ou coercitives de sa part, mais davantage de dialogues, de questions, qui s'adressaient à moi en tant qu'individu.
La télévision m'aidait à réguler mon chaos intérieur, à calmer mes pensées, à me détendre. Je faisais des choix de programmes de nature à nourrir ma curiosité. Mises à part des séries animées ayant un véritable fond philosophique, comme Albatros, Ulysse 31, Les Mondes engloutis, ou encore Les merveilleuses cités d'Or, je n'avais aucune appétence pour les programmes destinés aux enfants, en particulier les animes japonais (Dragon Ball Z, Les chevaliers du zodiaque, Sailor Moon...), qui ne faisaient absolument pas sens pour moi. Tandis que ma sœur commençait à consommer les séries AB Production, je préférais regarder les séries comme McGyver, l'Homme qui tombe à pic ou les séries policières allemandes (L'inspecteur Derrick...). Les japoniaiseries m'irritaient, le club des Bronzés avec "Pas de pitié pour les croissants", le samedi matin, en relais du Club Dorothée me navraient (mais j'essayais désespérément de comprendre, car les enfants de ma classe d'âge adoraient, eux). 

Dans un premier temps, ma mère a essayé de débrancher l'antenne et les prises électriques, à l'arrière du poste, mais j'ai vite pigé le truc. Puis nos parents ont acheté un ensemble de meubles de salon en bois massif, dont une armoire style "homme debout", avec des étagères pour le matériel Hifi, le magnétoscope et la télévision. Il y avait une serrure, que maman fermait et dont elle gardait la clé dans son sac à main.

C'est à ce moment là que j'ai commencé à chercher d'autres stratégies de compensation du stress et d'hyperfocus sur de nouveaux domaines, pas plus sains que la télévision. Simplement je me suis bien gardée d'en faire étalage.
J'ai commencé à manger pour remplir le vide insondable que je ressentais, pour ressentir du plaisir là où je me sentais inadaptée et anormale. J'ai cherché le plaisir à travers l'outil le plus simplement accessible: le sucre.
C'est comme ça qu'ont commencé mes troubles du comportement alimentaire et mon hyperphagie compulsive.

La télévision était sous clé.
Les bandes dessinées aussi, à une époque.
On avait cette cantine métallique bleue, dans la chambre, posée devant le radiateur. Et un cadenas dessus. Je ne me souviens pas du contexte.
Chose étrange, les bandes dessinées de ma mère n'étaient, elles, pas sous clé et très facilement accessibles. Mais pas du tout adaptées à mon âge. Elles étaient bien en vue, tout en bas de la bibliothèque du salon, juste au dessus des placards où la machine à coudre et les jeux de société étaient rangés. Des albums de Bretécher, Wolinski et Reiser. Des albums pour adultes, comportant des représentations pornographiques certes satiriques, mais malgré tout concernés par l'article 227-24 du Code pénal alors en vigueur. Cet article sanctionnait de manière très claire la diffusion ou l'exposition des mineurs aux messages à caractère pornographique ou violent. Sachant que le délit était constitué dès lors que le contenu était « susceptible d'être vu ou perçu par un mineur ».
Imaginez que ça soit chez une institutrice!

Il y avait un cadenas sur la télévision et la malle contenant les albums de Tintin et Astérix, mais je pouvais lire ces BD là sans davantage qu'une petite critique.

La jurisprudence de l'époque (il faut se référer à celle-ci, pas à celle d'aujourd'hui) était celle-ci: les avocats des éditeurs (comme Albin Michel pour Reiser) arguaient que ces œuvres étaient de la satire sociale et non de la pornographie. L'intention n'était pas l'excitation sexuelle, mais la critique des mœurs. Mais la justice (avec raison, selon moi) considérait souvent que l'intention de l'auteur importait moins que l'impact visuel sur le mineur. Pour un enfant de moins de 15 ans, le dessin cru et sans filtre de Reiser était jugé comme pouvant « troubler sa moralité » ou « provoquer des angoisses », indépendamment du second degré politique du texte. J'ajouterais que l'exposition répétée à ces albums, conjuguée à mon hypermnésie et à l'absence de mesures de mise sous clé (comme pour les autres produits culturels jugés délétères), ça a considérablement influé sur ma sexualité.

Quand, quelques années plus tard, ma mère m'a un jour dit "je suis sûre qu'il t'es arrivé quelque chose quand tu étais petite", elle n'imaginait pas que la réponse était "Oui: tes BD de Reiser". De fait, je ne le lui ai jamais dit, puisque je n'ai identifié le problème que très récemment.

Dans certains des albums en question, y a des scènes portant atteinte à la dignité humaine (sous le coup de l'article 227-14 du Code pénal)... Inutile que je les décrive. Je sais de quoi je parle. La jurisprudence de l'époque estimait que si un mineur de moins de 15 ans était exposé à ces planches, le choc n'était pas seulement moral, mais psychologique. La loi estimait qu'un mineur n'avait pas la maturité nécessaire pour décoder le second degré ou l'absurde noir de Reiser.

La TV était sous clé, Astérix et Tintin aussi, mais pas Reiser...
Dans les années 80, on craignait pour la moralité (la religion, la pudeur). Aujourd'hui, on s'inquiète davantage de l'impact traumatique et du respect du consentement. Les scènes qui m'ont le plus marqué, même satiriques, seraient aujourd'hui analysées sous l'angle des déclencheurs de traumatismes.

L'impact traumatique pour moi est absolument certain.
La lecture (répétitive, qui plus est, les gravant bien dans ma mémoire) de ces albums a très certainement altéré de manière durable ma sexualité et pendant très longtemps, la nature même de mes fantasmes, avec une énorme dose de honte et de dégout de moi-même.

Je ne ressens plus les mêmes choses. Je me suis déconstruite et reconstruite, j'ai appris à me réguler dans le tumulte du monde, j'ai appris que la sexualité pouvait être un moment de partage et de communion, au cours duquel je n'ai pas à chercher à plaire ou à cocher des cases. Je le dois à des personnes formidables de bienveillance et aux bienfaits de l'introspection, ainsi qu'à toutes les démarches qui m'ont permit d'identifier mes neuroatypies dont mon absence de filtres "innés". Aujourd'hui, alors que je "vois" littéralement dans ma mémoire les planches de ces albums, je vois bien le côté caricatural et humoristique. Mais les scènes et le contexte de leur découverte, ça a eut un impact considérable sur mon mal être d'enfant et d'adolescente. J'étais déjà très différente de mes pairs de classe d'âge et en plus, j'avais cet imaginaire sexuel "pervers" qui ne cadrait pas avec les mises en image des amourettes qui m'étaient contemporaines.

Pour un enfant avec un système de traitement de l'information différent (et une mémoire visuelle quasi photographique) ces BD posaient d'énormes problèmes. Sans filtres, une information satirique est reçue avec le même poids de réalité qu'une information factuelle. L'image ne reste pas "à la porte" de l'esprit, elle s'y installe. Qui plus est, j'ai le fardeau de l'hypermnésie : là où d'autres oublient, je "revois". Cette capacité transforme un souvenir de lecture en une archive permanente, rendant le travail de déconstruction beaucoup plus exigeant, car il faut littéralement réétiqueter chaque image stockée dans ma mémoire pour lui enlever son pouvoir de nuisance.

Sachez que sur le plan juridique, psychologique et éducatif, cette exposition fait partie des maltraitances par négligence ou carence éducative.


Dans la même catégorie "souvenirs de merde", il faut comprendre que j'avais peur de ma mère et que je me sentais insultée par des comportements que je ressentais comme profondément irrespectueux de mes besoins intrinsèques.
En classe, on avait accès à la Convention Internationale des Droits de l'Enfant, en lien avec les programmes de prévention de l'UNICEF.
Je pense que mon ancienne instit serait extrêmement choquée de découvrir qu'elle n'a pas su faire preuve de discernement et respecter son propre enfant. Mais c'était le cas.

Je ne me sentais pas respectée, dans plusieurs de mes Droits, dont mon droit à l'intimité corporelle.
Il faut comprendre que sous prétexte de taquineries, elle me touchait sur des parties de mon corps où ça me dérangeait. Il n'y avait aucun geste sexuel, dans son esprit. Par contre le respect de l'espace intime était et reste un problème. Non, ce n'est pas une taquinerie acceptable de toucher la poitrine ou les fesses de sa fille (à fortiori si elle s'en plaint!). Peut être que ce n'est pas arrivé très souvent, peut être que si. Probablement que si, parce qu'à un certain stade, je me laissais faire par pure habitude, parce que je n'avais plus le courage de protester et que je ne voyais plus où était le problème.
Le problème? Je ne consens pas à ces gestes. Je ne trouve rien de drôle ou amusant là dedans. Mon corps, mon vécu.

Pour être complètement claire, je ne consens même pas à ce qu'elle me fasse la bise, et pourtant quand elle tend ses bras autour de mon cou, alors que je déteste ce rituel social (surtout lorsqu'il est détaché d'une sincérité profonde de ma part)... je la laisse faire! C'est épuisant nerveusement.
Peut être que pour elle c'est une sorte de geste de soin. Je ne sais pas... mais moi, je le vis comme une agression. Seulement j'ai tellement pris l'habitude de ne pas la contrarier, que je la laisse faire.

Je n'en peux plus de la laisser faire.

En ma mère, je perçois une sorte d'orgueil du "Bien".
Un prisme déformant insidieux et terrible, une forme de violence particulièrement difficile à dénoncer: une violence altruiste.

Ma mère ne m'a pas fait subir des maltraitances telles qu'on les stigmatise le plus couramment.
Mais elle a été et reste profondément maltraitante à mon égard.

Ma mère, c'est quelqu'un qui agit au nom du Bien.
Quand quelqu'un agit ainsi, c'est à dire dans le cadre d'une idéologie (en ce qui la concerne, la pédagogie Freinet, puis l'écologie, la décroissance, la crainte d'un effondrement mondial...) ou d'une posture politique, il s'autorise à ignorer les signaux de détresse réels des tiers.
Vu sous cet angle, si je souffre et si j'ai souffert, ça ne peut pas être à cause d'elle.
Elle me l'a dit, j'étais au collège: j'étais trop sensible, trop colérique, trop agressive.
Elle me l'a redit plus tard, à plusieurs occasion, j'étais égoïste.
Elle me l'a dit tellement de fois, que j'avais fini par la croire!

Sauf qu'en réalité, elle ne se mettait pas dans une posture favorisant une communication équilibrée, non violente, en absence de jugement, avec une écoute positive inconditionnelle.

En tant que professionnelle de l'éducation, quand j'étais gamine, elle n'a pas su adopter une posture de nature à identifier mes symptômes évidents des crises d'angoisse. Ça ressemble à des colères explosives. Mais c'est fondamentalement un problème de régulation émotionnelle.

Ma mère m'apparaît avant tout comme une personne sentencieuse. Elle pose ses idées. Sans laisser de place à la contradiction. La contredire, j'ai l'impression que c'est lui faire violence et porter atteinte à son identité intrinsèque de personne Juste.

Quand je lui explique que j'utilise des outils numériques pour surmonter mes handicaps, elle trouve moyen de me dire "c'est bien, tu es moderne, mais moi j'ai des opinions politiques!".
Il est où, le rapport, maman?!

Je ne supporte plus cette posture. Je ne peux plus la supporter.

En politisant et en idéalisant tout, il me semble qu'elle a construit un écran de fumée lui faisant perdre de vue son rôle de parent. C'est toxique.
Il devient évident que mes particularités et spécificités sont invisibles à ses yeux, et pire: ils n'ont aucune sorte d'importance dans son système de fonctionnement.
Quand je les lui remet sous le nez, elle y pense, et puis elle oublie. C'est flagrant. C'est destructeur. 


Et là, je dois aborder le pompon sur le cake:
À un moment de mon adolescence ou de ma vie d'adulte (mystère!) ma mère m'a dit que, quand elle m'a prise en classe avec elle en CP, elle avait la conviction que j'étais "précoce" ("surdouée") et qu'elle pensait que ses méthodes Freinet me conviendraient mieux que la rigueur de l'école locale.
Mais elle n'as pas voulu me faire passer les tests. Dans mon souvenir, elle a argumenté que c'était pour que j'ai une "enfance normale".

Youhou! Scoop: ça a foiréééééééé! 🎉

Sous couvert de bienveillance pédagogique (Freinet), ma mère a pratiqué une forme d'expérimentation sauvage sur moi, en ignorant complètement la réalité clinique de mon système neurologique.

L'ironie est cruelle concernant les pédagogies dont elle se voulait l'ambassadrice: elles-ci reposent normalement sur l'observation de l'enfant et le respect de son rythme.
En théorie, donc, on s'adapte à l'élève.
En pratique j'ai en réalité été forcée d'entrer dans le moule de sa "méthodologie".

Certains aspects étaient plaisants. Mais j'avais (et j'ai toujours) besoin de cadres, d'une vision claire et globale des objectifs des différents apprentissages. Ce dont je ne disposais absolument pas. Or ne pas comprendre les enjeux m'a toujours empêché d'apprendre. J'éludais les sujets frappés ainsi d'incompréhension et je subissais en réponse un contrôle coercitif que je ne comprenait pas davantage.
Je ne me suis pas épanouie.
J'ai appris à masquer mes lacunes, mes déficiences et mes anomalies.

En refusant les tests pour m'offrir une enfance soi-disant "normale", ma mère a commis une erreur fondamentale : elle a confondu "normalité" et "invisibilité". En tout cas si je m'en tiens au discours qu'elle m'avait tenu, ce jour là, quand elle m'a dit que j'aurais pu être dépistée.

Qu'est ce que c'est, une enfance normale?
Une enfance épanouie? La mienne ne l'a pas été.
J'ai passé mon temps à suivre ma sœur aînée comme son ombre pour devenir son miroir et apprendre à dissimuler au mieux mes différences. Faire semblant d'être un individu qu'on est pas, ce n'est pas avoir une enfance normale.

J'ai subie une hégémonie pédagogique qui m'a laissé de profondes cicatrices et une colère immense.
Car oui, je souffre toujours avec la même intensité, avec en plus ce petit zeste qui donne une saveur incomparable à tout ça: la compréhension. Je sais des choses sur moi-même que je  ne savais pas à l'époque où je subissais les choses.

De mon point de vue (qui s'est vérifié à l'occasion de diffusions de tout un tas de reportages dans Envoyé Spécial ou Ça se discute ; car oui, elle nous donnait ses opinions en la matière, à ces occasions), elle a fait preuve d'un aveuglement coupable sur mes douances.
À un moment de mon développement, elle a constaté une certaine précocité et elle a fait un choix qui l'a conduite à ignorer certaines données du problème, certainement avec les meilleures intentions du monde.
La plus lourde en conséquence a été l'ignorance totale de la dyssynchronie des enfants dits "précoces". Il s'agit du décalage entre le développement intellectuel, affectif et psychomoteur des enfants vivant avec cette condition intellectuelle spécifique.
En 1987, les travaux de Jean-Charles Terrassier étaient déjà assez largement diffusés, alors je suis obligée de partir du principe que même si elle voulait bien faire, elle a fait un choix plus ou moins conscient d'outils inadaptés. Ce qu'elle a fait, c'était du bricolage éducatif, et c'est de mon point de vu une négligence éducative et affective.
Peu importe que ça ait été involontaire de sa part. C'est ce que j'ai vécu, de manière intrinsèque.

Ma mère n'a pas tenu compte du fait que le cerveau d'un enfant "précoce" traite les stimuli avec une intensité radicale.

Elle a (volontairement ou pas, ce n'est pas la question) ignoré que le besoin de justice, la lucidité précoce et l'hypersensibilité sensorielle ne sont pas des traits de caractère, mais des caractéristiques neurologiques.

Le refus de se renseigner était peut être de l'ignorance de sa part, mais j'ai du mal à y croire. J'ai perçu (peut être à tors) un choix actif de ne pas savoir. Savoir, c'eût été admettre que sa fille avait des besoins que ses méthodes ne pouvaient pas combler. Ça a un nom: négligence éducative par orgueil pédagogique.

Le prix de ma normalité forcée, ce sont mes troubles anxieux, acquis.
Puisque mes besoins n'étaient pas reconnus, j'ai dû les gérer seule.

"Tout était fait" pour mon épanouissement, mais j'avais envie de mourir, car rien n'avait de sens. Ma vie n'avait pas de sens. Mon entrée au collège a été un cataclysme et j'ai encore davantage masqué mon malaise. J'ai mis en place des stratégies d'évitement profondément délétères pour ma santé physique et mentale.
Ce décalage initial entre mes besoins et la réponse pédagogique est la source d'un traumatisme profond qui me fait encore violence.

Aujourd'hui, à l'âge adulte, je me retrouve à faire le travail de décryptage (TDAH, TSA, HPI...) que la médecine aurait dû faire il y a 35 ans.

Le constat est amer. Ma mère a protégé son image d'institutrice innovante plutôt que de protéger ma santé mentale.
Peut être, oui, qu'elle ne savait pas, qu'elle n'avait pas comprit, qu'elle pensait sincèrement faire "au mieux".
Mais vous savez quoi? Ça ne compte pas.
Le mal est fait.
Elle m'a fait du mal.

Les parents ne font pas du mal à leurs enfants par sadisme.
La grande majorité des parents sont portés par la conviction de faire ce qui est nécessaire.

Ça ne retire rien, il me semble, à ma légitimité de dénoncer des actes de maltraitance.

Des maltraitances qui perdurent.

Car ma mère n'arrive toujours pas à tenir compte de mes spécificités neurologiques ou de mes besoins environnementaux et sensoriels.

Je ne le lui demande plus: j'ai atteint un point où je veux qu'elle garde toutes ses convictions éloignées de ma sphère d'existence. Soit elle me fréquente pour la personne que je suis, en me respectant dans toutes mes spécificités, pour le plaisir simple de passer du temps avec moi, soit elle reste en retrait.
Pour être honnête, à la suite de l'avalanche de souvenirs que je viens de me prendre dans la face (et dont je n'ai exposé qu'un petit échantillon), je n'ai plus franchement envie de la voir.

À certaines périodes de ma vie, j'écrivais "je l'haime".

Actuellement c'est beaucoup plus violent, et je déteste ça.

dimanche 3 décembre 2017

La gazette juridique, décembre 2017

Dernières infos en date, je suis convoquée avec les aimables fils de mon défunt mari devant la Cour d'Appel de Bordeaux, en qualité de témoin. Une affaire en lien avec des prétentions pécuniaires de l'ancien tuteur de mon mari.

Pour la jouer courte, à la fin de la tutelle (c'est à dire au décès de mon mari), le mandataire judiciaire qui avait la charge de la protection des intérêts de mon mari a demandé à ce que lui soit accordée une indemnité pour des actes exceptionnels.
En effet certains textes prévoient que quand une mesure de protection juridique entraîne une implication plus importante que la "normale", le tuteur peut toucher plus d'honoraires. Car une tutelle gérée par un tiers à la famille est payante (c'est une prestation de service, au même titre que les services d'un avocat ou d'un notaire).

En soit, je comprend la démarche. Il est vrai que la tutelle de mon mari a été lourde à gérer. Pour ne pas avoir à la gérer, j'avais demandé à être moi aussi placée sous mesure de protection. Ce que j'ai obtenu, mais mon mari ayant tellement bien réussi à me manipuler, je me suis accusée de maux que je n'avais pas et au lieu d'être placée sous curatelle simple, j'ai eu à subir une curatelle renforcée.
Il est vrai cependant que j'étais très agitée intellectuellement à l'époque et que ça se ressentait pas mal dans les courriers que j'adressais au Tribunal des Tutelles.

Bref.
J'ai enclenché les procédures de mise sous protection juridique pour moi et pour mon mari début février 2015, avant mon hospitalisation en clinique de santé mentale, après que le neurologue de mon mari eut reconnu que sa maladie justifiait une telle mesure, mais que l'expert en neurologie pour les tribunaux qui l'avait examiné fin octobre 2014, alors que j'étais hospitalisée en séjour court de psychiatrie, ait déclaré le contraire (parce qu'il n'y avait pas de signes de pertes cognitives, sans égard pour le fait que pour passer des actes juridiques il faut pouvoir parler et écrire).

Il est important de signaler qu'il n'y a jamais eut d'expertise psychiatrique de mon mari. Et même s'il y en avait eut une, il n'est pas certain qu'elle aurait révélé la cruelle vérité sur son état d'esprit et sa personnalité profonde. Les pervers narcissiques sont de très bons menteurs et ils excellent dans la manipulation de leur entourage.

L'ancien tuteur estime que sa tâche a été plus ardue qu'elle n’aurait du l'être. Il a été débouté en première instance. Les motifs, en gros, expliquent que la nature de la maladie d'Alain faisait que c'était prévisible.

Moi, ce qui me fait enrager, c'est que le mandataire judiciaire qui demande aujourd'hui de l'argent pour son investissement dans sa mission n'ait pas compris (ou pas voulu comprendre?) qu'il se faisait manipuler.

Il en était arrivé à avoir un entretien par semaine avec Alain (contre un par mois dans une tutelle "ordinaire"), a considérés les "tensions entre l'épouse et les fils" en grande partie sous l'angle de vue... d'un des fils de mon mari (ils étaient en grande discussion dans la salle d'attente du tribunal, le jour où la juge devait tous nous entendre quant à la justification d'un placement sous tutelle)... en outre, ce mandataire s'est un petit peu emmêlé les pinceaux dans les faits, affirmant que "pour pallier à mon absence", les fils de mon mari avaient "mis en place des aides à domicile" et patati et patata.
Ha?
Comment se fait-il, dans ce cas, que ça soit ma signature qui figure sur tous ces contrats d'aides, en ce cas? J'ai du louper une étape, ou alors c'est le mandataire judiciaire qui s'est prit les pieds dans le tapis du rappel des faits (je rappelle que j'ai une licence de droit, périmée certes, mais je me souviens quand même que c'est une des premières choses qu'on enseigne en première année : faire un rappel correct des faits).

Le monsieur estime qu'il a mit en place des "diligences longues et complexes", comme par exemple les visites réalisées pour restituer à mon mari les actions de représentation diverses. Mais également le temps consacré à "certains tiers" (je ne sais pas à quoi ça correspond).

Il faut bien comprendre que le jugement de placement sous tutelle de mon mari ne tenait compte que de sa vulnérabilité physique. Pas morale. Or une chose terrorisait tout particulièrement mon mari : la perte de contrôle.

Le contrôle sur son corps était une bataille de chaque instant, évidente pour toute personne un tant soit peu attentive.

Sauf que le contrôle qu'Alain exerçait sur les autres était au moins aussi important pour lui. 

Concernant les besoins spécifiques d'écoute de mon mari, évoqués par le mandataire, je ne suis absolument pas étonnée. C'était pathologique, chez lui. Il fallait qu'il soit informé de tout et il considérait ça comme un dû.
Ce "besoin", je l'ai subi pendant des années, comme une prison.

Il est évident qu'il ne pouvait pas agir de la même manière avec un mandataire judiciaire qu'avec une jeune femme angoissée, cependant, j'ai très tôt essayé d'alerter le tuteur et son collaborateur de cet aspect de la personnalité de mon mari.

Je ne pense pas qu'on ai jamais tenu compte de mon point de vue sur la question. Donc, même si ces besoins, très importants auraient pu mettre en alerte la tutelle quant à la possibilité que le majeur protégé soit porteur de troubles de la personnalité voire d'une pathologie psychiatrique, ils n'ont jamais tenu compte de cette éventualité.
En conséquence, on a toujours considéré que mon mari était "lucide" et que ses choix n'étaient entachés d'aucune altération de jugement...

Toutefois, bien que dans son examen, l'expert neurologue n'ait relevé aucun trouble de la personnalité de nature... neurologique, celui-ci s'est totalement abstenu de tenir compte du fait que le patient qu'il examinait pouvait malgré tout présenter des troubles d'une autre nature, influençant son caractère, comme je l'avais plusieurs fois expliqué (sans jamais être prise au sérieux). Cet expert se cantonnant strictement à son domaine d'expertise avait en outre totalement éludé le fait que, si de tels troubles de la personnalité existaient, la DCB pouvait les aggraver.

Le fait est que mon mari "gérait" extrêmement bien ses "travers" depuis des décennies et les quelques "dérapages" dont il avait fait preuve en public depuis qu'il était tombé malade pouvaient facilement être mis sur le compte de l'anxiété et de la dépression due à sa maladie.

Malheureusement, la DCB a effectivement levé certaines inhibitions, et mon mari s'est avéré peu à peu incapable de contrôler les aspects les plus narcissiques de sa personnalité.

Il voulait être aimé et il voulait avoir le contrôle.

Cela l'a parfois conduit à des attitudes contradictoires, et ça bien avant que son cortex basal ne commence à s'effriter.

Je l'ai vu me dire des choses et déclarer l'opposé à des tiers, ou agir de cette façon avec deux parties tierces... Je l'ai entendu se plaindre des dizaines de fois de certaines personnes, trop "exigeantes", puis déployer des efforts considérables pour "impressionner" ces mêmes individus et leur prouver qu'il était tout à fait apte à accomplir certaines choses... avant de les maudire dès que ces gens disparaissaient du paysage, les accusant sans vergogne de ses malheurs...

J'étais habituée à ce que je percevais alors comme une forme de "mauvaise foi", sans me rendre vraiment compte que l'objectif réel était de se sentir "meilleur" et plus performant que les autres, de "leur en montrer" sur ses capacités. Même s'il devait m'humilier au passage, voire en laisser d'autres m'humilier ou me faire du mal.

De son vivant, avant d'être atteint par la DCB, mon mari, avait toujours fait preuve d'un perfectionnisme poussé à l'extrême, avec un niveau d'exigence tel que personne ne trouvait véritablement grâce à ses yeux, que ce soient ses collègues, ses proches, ses fils, ses épouses, puis les aidants professionnels.
Alors je doute qu'il ait jamais trouvé son tuteur légal à la hauteur de ses attentes.

Ho oui, mon mari avait bel et bien cette grande "force morale", que certains ont salué après sa mort. Il avait effectivement des "valeurs morales" très fortes.
Mais déviantes.

Pour exemple, quand sa première épouse a demandé le divorce, il a tenté de conserver la moitié de l'indemnité compensatoire qui avait été versée à celle-ci (après qu'elle se soit fracturé le dos et soit demeurée paralysée). Ce genre d'indemnité est versée nominativement et n'entre pas dans le patrimoine commun d'un couple, même marié sous le régime de la communauté. Or, Alain a toujours estimé qu'il avait été "aussi" lésé que son épouse par son accident et considérait donc avoir des droits sur cet argent.

Aux yeux d'Alain, seules ses règles étaient les bonnes, seuls ses horaires étaient acceptables, et les actions de toutes les personnes gravitant autour de lui devaient impérativement lui convenir. Un changement d'horaire était considéré comme une atteinte à sa personne et il faisait preuve d'une agressivité extrême envers un ou plusieurs tiers dès qu'il était contrarié.

Je m'étonne véritablement qu'il ait préféré rester en hospitalisation à domicile, avec tous les aléas que cela impliquait, plutôt que d'accepter d'être admit en USLD, où les équipes ont des horaires rodés. Quoique je sais qu'il pouvait également être sous influence...
Sans compter certains secrets qu'il a cherché à préserver le plus longtemps possible (bien après son décès pour certains).

Mon mari était un menteur très organisé, capable de le faire de manière très "rationnelle" et sans sourciller. Il faisait preuve d'une capacité incroyable de dresser les uns contre les autres, ou pour rabaisser toute personne le contredisant, à moins qu'il eut conscience que cela risquait de jouer contre ses intérêts.
Il pouvait humilier, dénigrer, blesser ou rabaisser volontairement, critiquant en permanence les autres, ouvertement ou au contraire sans en avoir l’air, sans jamais se sentir coupable du moindre malaise ainsi généré.
Si on le lui faisait remarquer, il niait toute intention malveillante et démontrait même que c'étaient les autres les fautifs. Il était ainsi capable d'affirmer à une personne une chose, son opposé à une autre, puis mettre en doute la parole de la première, sans sembler être ému par la souffrance morale occasionnée de part et d'autre devant les confrontations générées.

Au tout début de notre relation, il a ainsi su me faire croire qu'il partageait les mêmes valeurs que moi, les mêmes objectifs de vie, la même philosophie, les mêmes goûts. Il m'encourageait dans ce que je faisais, il louait mes "talents", mon intelligence, mon honnêteté et ma sincérité.

Mais rapidement, il m'a également très insidieusement découragée d'intégrer une formation qualifiante (je voulais entrer en BTS de secrétariat) au profit d'un cursus universitaire qu'il a tout fait pour me faire arrêter une fois le DEUG ou la licence obtenue. Il me connaissait et connaissait très bien le système scolaire supérieur. Il savait donc que je pourrais pas trouver d'emploi avec une licence générale, mais il m'a malgré tout encouragée dans cette voie.
Durant quatre ans, il a cependant dénigrés les enseignements que je suivais, m'a répété régulièrement que j'étudiais mal (sans me prodiguer de conseils pour autant), et s'emportait parfois contre moi lorsque des cours ou des examens étaient déplacés (ou programmés) sur des horaires ne lui convenant pas.

Après moins d'un an de vie commune, il m'a proposé de conclure un PACS, sans dissimuler aucunement qu'il agissait par intérêt financier (étudiante sans revenus, j'étais un excellent outil de défiscalisation).

Au yeux de la plupart, il semblait serviable, généreux, digne de confiance. Mais tout ça n'était qu'un écran de fumée.

Il m'a séduite en usant de manœuvres et de stratagèmes, notamment en se créant des identités factices sur Internet, qui était alors mon seul outil de socialisation (ce dont il avait connaissance), et m'a menti tout au long de notre vie commune sur des choses dont il savait qu'elles me tenaient à cœur (notamment des soi-disant connaissances communes qui n'ont jamais existé, n'étant que des alias qu'il utilisait pour correspondre avec moi et connaître ma façon de penser).

En outre, il a fait en sorte que je vive de plus en plus isolée au fil du temps, n'ayant que lui et lui seul comme point de référence. Quand je sortais, même pour une balade à pieds, je devais lui dire où j'avais été, si j'avais vu des gens, qui, etc. Quand j'étais à l'Université, je devais lui envoyer un sms une fois arrivée à la fac, l'appeler à midi, lui envoyer un sms en partant. Cette exigence a continué sur mes premiers emplois en intérim, puis quand j'ai été assistante de vie à Tarbes.

Alors qu'il était déjà malade et que je n'allais moi même pas bien, un rendez-vous au CIDFF de Tarbes, début 2014, m'a permit d'entendre que mon mari me faisait vivre en situation de maltraitance psychologique. Malheureusement je n'étais pas en état de "l'abandonner".
Plus tard, des psychiatres, psychologues et intervenants du dispositif départemental contre la violence conjugale, en Charente, ont confirmé que j'avais tout de la victime d'un pervers narcissique.

J'ai déposé une plainte pour violences conjugales. Normalement la loi précise que les violences conjugales réprimées par le code pénal peuvent être de nature psychologiques (article 222-14-3 du Code pénal) et incrimine spécifiquement le harcèlement dans la sphère privée (article 222-33-2-1 du Code pénal). Un délit qui se traduit par des agissements répétés ayant pour conséquence une dégradation des conditions de vie. Le harcèlement se caractérise par une succession de comportements, qui peuvent être insignifiants de prime abord, mais dont l’accumulation entraîne une dégradation des conditions de vie de la victime, laquelle se manifeste par une altération de la santé physique ou mentale et ces faits peuvent théoriquement être réprimés lorsqu’ils sont commis par le conjoint. Malheureusement c'est très compliqué de prouver des séquelles psychologiques, vous voyez. A fortiori quand on souffre déjà au préalable de troubles psychiques.

J'ai vécu ça pendant 10 ans. Et quand j'ai déposé plainte, j'ai eu droit à un non lieu à statuer
: je ne vivais plus avec mon mari, il n'y avait plus "péril en la demeure". Je restais sans moyen de démontrer d'une manière quelconque que mon mari était dangereux pour les autres. C'était bien avant qu'il soit seulement mit sous sauvegarde de justice. Je n'ai recouvré le souvenir des actes physiques qu'après son décès, et la prise de conscience de l'ampleur de mon déni a été d'une violence terrible.

J'ai essayé de prévenir la juge des tutelles, puis le mandataire judiciaire (celui qui réclame des indemnités exceptionnelles) quant à la personnalité profonde de mon mari, mais il est vrai qu'à cette période chaotique de ma vie, j'étais passablement perturbée, tant par l'emprise que mon mari continuait d'exercer sur moi, que par mes troubles anxieux, aggravés par le comportement particulièrement hostile de certains membres de la famille de mon mari.
Toutes sortes de choses ayant rendu mes messages d'alerte bien trop confus, je suppose.

En marge de tout ça, je ne peux pas m'empêcher de m'interroger sur l'efficacité de la tutelle, puisque certains actes, qui avaient été passés "par mon mari" à une époque où il était déjà incapable d'établir le moindre écrit depuis des mois, n'ont jamais été remis en cause par le mandataire, alors même qu'Alain était alors... sous sauvegarde de justice!

Juridiquement, je trouve donc les choses "légèrement" contestables.
Dans ce contexte, la réclamation d'une indemnité exceptionnelle me semble un peu "déplacée", forcément. D'autant que, parmi les actes en question, il y a eut l'arrêt pur et simple, sans préavis, du virement mensuel que m'octroyait depuis des années mon mari. C'est à dire l'arrêt total de ce qui restait de sa contribution aux charges du mariage.
J'ai été choquée quand on a ensuite demandé à mon curateur de payer l'assurance et l'entretien de la voiture (appartenant, certes, en propre à mon mari) mais que j'étais la seule à avoir besoin d'utiliser.

De même, après l'inventaire des biens "propres" de mon mari (obligatoire pour la tutelle), j'ai été bien surprise par certaines erreurs commises, alors même qu'il a été fait en présence de témoins (de mauvaise foi?). Certains biens inventoriés comme "propres" à mon mari faisaient en réalité partie de la communauté, voire m'appartenaient en propre (dont un fauteuil très confortable, avec position "relax" qui était un cadeau que mon mari m'avait fait, personnellement pour Noël 2012).

Dans la demande du mandataire, ancien tuteur de mon mari, j'ai aussi eu la surprise qu'il nous déclarait "séparés de corps" (c'est un régime juridique très particulier). Or, à moins que le droit de la famille ait fondamentalement changé depuis mes années d'études, une séparation de corps ne peut être prononcée que par un juge des affaires familiales, sur requête spécifique. Comme un divorce. Or, je n'ai pas le souvenir qu'un jugement de séparation de corps ait jamais été énoncé en tant que tel (nul avocat et nul notaire n'est intervenu non plus).

Moi et mon mari vivions séparés de faits. Nos biens "propres" étaient répertoriés eut égard à nos régimes de protection respectifs. Je restais cependant propriétaire de l'appartement au même titre que mon mari, et solidaire des charges (bien que je n'ai pas eu les moyens de les assumer).
J'ai été assez énervée, je dois dire, quand le tuteur m'a fait parvenir la "procuration" signée de sa main pour l'assemblée des copropriétaires d'avril 2016, alors que je figurais nommément sur la convocation. De fait, il me contestait donc le statut de propriétaire et me déniait le droit de donner procuration à un tiers. Une absurdité.

Indéniablement, la tutelle de mon mari a été compliquée. Mais en même temps elle a été relativement mal gérée. Doit-on donner une récompense aux gens qui ont accompli plus de choses que ce qu'ils pensaient devoir faire avant de commencer leur labeur, même quand ces derniers ont fait de travers la moitié des choses? Je m'interroge.

Quand j'ai été hospitalisée en clinique "de santé mentale", le 10 mars 2015, mon mari s'est empressé de m'appeler des dizaines de fois rien que les trois premiers jours et il m'a envoyé des SMS presque toutes les heures. J'ai réagis en mettant mon téléphone en mode "silence" et en l'enfermant au fond de mon placard.
Une certaine personne m'a ensuite déclaré que j'avais "torturé mon mari en le laissant sans nouvelles, alors qu'il était inquiet pour moi". Je précise que dans la moitié de ses appels, mon mari me disait que je l'avais abandonné et m'insultait. L'autre moitié du temps, il me suppliait de revenir, sans aucun égard pour le motif de mon hospitalisation, qui était une dépression et un épuisement nerveux.
Bizarrement, la personne qui m'a fait ces reproches a été très écoutée par le mandataire... mais pas moi. Moi on m'a écoutée avec une vague condescendance, comme si j'étais finalement plus à blâmer qu'à écouter de façon impartiale.
 
En conclusion, je considère que le tuteur de mon mari s'est finalement fait avoir par un pervers narcissique. Manipulé, il s'est démené sur des sujets qui ne présentaient aucune priorité et a délaissé des sujets qui auraient du attirer son attention.
De mon point de vue, il a été la victime de la "personne vulnérable" dont il était chargé de "protéger les intérêts", au même titre que j'ai été victime pendant plus de dix ans. Pourtant, a priori, un mandataire judiciaire ne ressemble pas précisément à une "personne vulnérable" si facilement manipulable.

Donc personnellement, je trouve ça assez juste qu'il obtienne de la justice le même type de réponse que moi. Après tout, j'étais l'épouse un peu dérangée qui criait "au loup", non?

Entre un refus de juger quelqu'un et le rejet d'une demande, je ne vois pas une très grande différence.
À part le sens de ce qui est juste.
Ne pas engager de poursuite au pénal contre quelqu'un qui a mal agit sous l'argument que "c'est fini" ça me semble un peu plus injuste que refuser d'accorder une "indemnité exceptionnelle" à un type qui a pas bien géré son taf.

Sinon à part ça?
Ben la succession avance toujours pas.

jeudi 3 août 2017

Juste la vérité... mais on s'en fout!

J'en ai ma claque de ressasser le passé.
J'ai envie de passer à autre chose.
"Abandonner le passé, vivre pleinement le présent, avoir confiance en mon avenir"


J'avais écris le billet ci dessous il y a des semaines, des mois peut être... Mais il est soudain devenu complètement obsolète à mon développement personnel. C'est vraiment une impasse que de continuer à me focaliser sur ce genre de trucs... alors je passe à autre chose.

Dernier billet de retour sur les choses, et après, c'est fini l'auto-analyse : j'arrête de regarder en arrière et je vais de l'avant!









Tous les jours, il me demandait de le tuer et tous les jours, je refusais, en larmes.
Un jour, j'ai été épuisée de refuser.
Il y avait tellement de douceur dans son regard, ce jour là...
Je lui ai demandé s'il était sûr que c'était ce qu'il voulait et il m'a regardée droit dans les yeux et il m'a répondu oui.
J'ai encore beaucoup pleuré.
J'ai vérifié encore et encore, et la réponse ne variait pas.
Alors je suis allée dans la cuisine, j'ai mélangé des médicaments et du fromage blanc. Sédatifs, anxiolytiques, anticoagulants, aspirine, hypotenseurs...
Je pleurais et j'étais résignée.
Une partie de moi se disait que mieux valait la prison que de continuer cette vie vide, pleine de doutes et de cris, où quoi qu'il me demande, mon avis ne valait rien, mes envies ne valaient rien, ma souffrance ne valait rien...
Quand je suis revenue avec le ramequin, j'ai encore beaucoup pleuré, agenouillée à coté du lit.
Je lui ai encore demandé si c'était vraiment ce qu'il voulait.
Oui.
Je revois ses paupières cligner en même temps qu'il prononçait le mot.
Alors j'ai levé la cuillère jusqu'à sa bouche et croisé son regard.
Un regard plein de haine.
Il a parlé de sa voix hachée et il m'a brisée en morceaux.
"T'es vrai-ment qu'une sa-lope"

Je me suis enfuie de la chambre en pleurant.
J'ai eu très envie d'avaler le fromage blanc qui avait tourné au rose à cause du mélange de Théralène, de Seresta, Zolpidem, etc, et puis je l'ai jeté à la poubelle.
Je me suis terrée dans la cuisine en plaquant mes mains sur mes oreilles, parce qu'il hurlait depuis l'autre bout de l'appartement.
D'abord des cris de rage et puis ensuite des appels à l'aide
"Au se-cour! Elle veut me tu-er! À l'ai-de!"
Il a hurlé comme ça jusqu'à ce que je me résigne à retourner me faire insulter près de lui.

À partir de ce jour là, je n'ai plus jamais pu être là pour lui.
Je crois que j'étais loin depuis longtemps, mais je refusais de me l'avouer.

J'ai fais les démarches pour qu'il ait des gardes de nuit, que les horaires d'APA soient aménagés, qu'il y ait un portage des repas.

J'ai été hospitalisée le 10 mars 2015. Je n'ai pas fais passer les entretiens des futures gardes de nuit, mais quand je suis partie, Alain avait son fils cadet pour veiller sur lui, en plus des intervenants de l'hospitalisation à domicile.

Au début de mon hospitalisation, je pensais que je pourrais peut être revenir, mais j'ai vite compris que je n'en avais pas envie. Il m'avait chassée, il avait tout fait pour que je parte, pour que je m'enfuie loin de lui. Pour mieux me le reprocher, d'ailleurs, puisqu'il continuait de me torturer. Il appelait, je voyais son numéro alors je ne décrochais pas, mais quand j'écoutais les messages, ça n'était que des insultes et des reproches.

Quand je suis sortie de la clinique, j'ai découvert qu'un "grand ménage" avait été fait dans l'appartement.
De fait, toutes mes affaires avaient disparu de la vue d'Alain et de ses visiteurs, quels qu'ils soient.
J'ai bien cru qu'elles avaient été jetées aux ordures (ce qui a peut être été le cas d'une partie, d'ailleurs), puis j'ai découvert que, pour la plupart, elles avaient été littéralement balancées dans le cagibi de l'entrée, pêle-mêle, sans égard pour ce qui se trouvait dans cet espace (un lombricomposteur, était installé là... par miracle il n'a pas été renversé par ces manœuvres douteuses de "rangement").
Même les photos de ma famille avaient été dissimulées dans des tiroirs, en vrac.

Quand j'ai découvert ça, ma détresse a été immense. Je me suis mise à pleurer, alors que plusieurs de mes belles-sœurs étaient présentes. Je savais parfaitement qui était responsable de cette campagne d'élimination et je me suis mise à protester à haute voix, mais pour moi même, tout en pleurant.
Je répétais encore et encore "Il n'avait pas le droit ! Il n'avait pas le droit !"...
J'étais effondrée... Littéralement.

Au lieu de compatir, mes belles-sœurs sont venues me "gronder", comme un enfant qui fait un caprice, en me reprochant de me laisser aller et que je devais me calmer, "pour Alain".
Ces femmes m'ont traitée comme une étrangère alors que je rentrais chez moi, après un mois d'hospitalisation en clinique psychiatrique et elles me reprochaient de souffrir et d'exprimer ma détresse...
On était pas chez elles ou chez leur frère... Elles étaient chez nous. J'étais chez moi, mais je ne me rendais même pas compte que j'aurais été en droit de leur dire, moi, à elles de sortir, de me laisser tranquille, de me laisser discuter avec mon mari. Au moins quelques instants.
Elles aussi, comme leur frère, elles m'ont chassée, elles m'ont fait comprendre que ma place n'était plus là, que je n'avais plus rien à y faire, que je n'étais qu'une source supplémentaire de douleur pour Alain.
J'ai bel et bien été chassée.

J'ai attrapé ce que je pouvais comme affaires et j'ai suivi mon père hors de l'appartement, hors de l'immeuble, hors de la ville...

Après ça, pendant un temps, dès que j'allais le voir seule, il m'insultait autant qu'il le pouvait.
Certains intervenants se montraient également désagréables avec moi. Je suppose qu'Alain ou d'autres personnes leurs avaient dit des choses sur moi...


Puis nos relations se sont apaisées, mais même si j'avais encore de l'attachement pour lui, je ne pouvais pas oublier les années d’ostracisme, de reproches, d'humiliations ni aucune des autres tortures psychologiques qu'il m'avait fait subir.


Le pire, c'est que l'avant dernière fois où je l'ai vu, il a insisté pendant un temps fou pour me dire quelque chose. Je ne comprenais pratiquement plus rien quand il essayait de communiquer avec moi, alors ça a duré presque une demie heure avant que je saisisse ce qu'il tenait tant à partager avec moi. Il essayait d'indiquer "pardon". J'ai dit le mot à haute voix et j'ai vu que c'était bien ça.
Je lui ai dis la vérité : que je ne comprenais pas.

Je lui ai demandé si il essayait de me dire qu'il m'avait pardonné d'être partie. Il s'est agité, ça n'était pas ça.
Il avait l'air si triste, alors je lui ai demandé si c'était à moi qu'il demandait pardon, et il m'a serrée la main.
C'était ça.
Il me demandait pardon.

Je ne sais pas pour quoi exactement, dans son esprit. Comme si ça pouvait avoir un sens.
Sur le coup, je lui ai dis que je lui avais pardonné.

Mais je ne crois pas que ça soit vrai.
Pas après ce que j'ai découvert au fil des mois, après son décès.

Peut être qu'il me demandait pardon de m'avoir manipulée dès les premiers jours de notre correspondance ?
Pardon de m'avoir écrit sous de fausses identités, tantôt pour me rassurer sous couvert de figures féminines, tantôt pour me bousculer, voire m'agresser psychologiquement et me pousser à réagir avec un avatar masculin...
Pardon de m'avoir agressée sexuellement le jour de notre première rencontre? Car oui, il savait que c'était mon ressenti, que j'ai pourtant fini par occulter au fil des mois et des années... il le savait via les alias qu'il s'était créé pour correspondre avec moi!
Pardon d'avoir induit en moi l'idée que j'interprétais mal ses intentions, me poussant à douter systématiquement de moi...?
Pardon de m'avoir isolée de ma famille, de m'avoir empêchée de me faire des amis, d'avoir des activités en dehors de notre relation, bref, pardon de m'avoir rendue plus seule que jamais...?
Pardon de m'avoir empêchée de progresser, de m'affirmer, et de développer la confiance en moi naissante que je ressentais quand je l'ai rencontré...?
Pardon de m'avoir manipulée et de m'avoir volé plus de 10 ans de ma vie ?
Peut être tout ça à la fois...

La toute dernière fois où je l'ai vu, je savais qu'il allait mourir. Il était très faible et seuls ses yeux parlaient pour lui. Ses ongles étaient bleus, ce qui dénote en général une insuffisance cardiaque (le sang n'irrigue plus assez les extrémités). J'étais venue lui dire quelque chose qui me tenait à cœur et il a eut l'air d'en tirer une certaine joie. C'était le 19 aout 2016 en milieu de matinée.
Le lendemain, il était mort.

dimanche 9 juillet 2017

Telle le phénix

Le dragon sous la montagne...

Le dragon sous la montagne est une métaphore sur les traumatismes enfouis.
Il est une montagne de pierre noire, craquelée et fissurée de toutes parts, qui cache en son sein un dragon endormi. La montagne n'est que douleur et souffrance, à cause du dragon mais tant qu'il dort, l'origine du mal reste cachée et ignorée.

Le dragon représente les traumatismes accumulés, les coups encaissés, mais qu'on a caché et dissimulé avec honte, cette honte terrible qu'on peut ressentir quand on est la victime d'une situation traumatisante dont on se croit parfois responsable.
La montagne est une partie de l'esprit qui a vécu ces traumatismes.

En occultant le souvenir des violences subies, on se donne une chance d'avancer dans une situation qui reste parfois périlleuse, afin de ne pas flancher.

Même une fois le péril écarté, il est fréquent que les souvenirs les plus douloureux restent occultés... La montagne est comme une gangue, et le dragon y est enfermé, en sommeil.
Si les souvenirs douloureux finissent par remonter à la conscience, le dragon est réveillé, il s'ébroue, s'agite, et commence à s'acharner contre la montagne...

Parfois, la solution n'est pas de tout cassez, mais de se débarrasser de ce qu'il y a "en trop"... Faire muer le dragon, le transformer en autre chose de plus léger... Un Phénix me semble une bonne allégorie.



Récemment, j'ai décidé d'arrêter de me mentir et de lever le voile sur ce qu'étaient réellement mes rapports avec mon mari...

Une longue relation de dépendance affective, flirtant avec la soumission, dans laquelle j'étais mue essentiellement par l'angoisse d'abandon, le besoin de reconnaissance et, surtout la peur que j'avais de lui, de ses colères et de sa capacité incroyable à me faire me sentir extrêmement coupable et honteuse.

Certes il ne m'a jamais frappée physiquement, mais dès les premiers moments de notre relation, il m'a menti et manipulée. Certaines personnes font ça de manière inconsciente et je ne saurais jamais ce qu'il en était le concernant.

Dès nos premiers jours de vie commune, il s'est mit à régenter mon existence toute entière, me reprochant tout écart dans les horaires, sans jamais m'expliquer le sens de ceux ci, s'emportant quand je l'interrogeais, ou m'ignorant simplement, en me regardant avec un air presque amusé, comme si j'étais trop stupide pour comprendre.

Il n'a cessé de me faire des promesses, sans jamais les tenir.

Il m'a tenue à l'écart du monde, me promettant sans cesse des sorties, des voyages, mais rien de ce que je lui proposait n'avait grâce à ses yeux et il refusait même que j'aille seule au cinéma!

Je n'osais pas aller contre ses décisions parce que ses sermons et ses reproches étaient épouvantables. Quand il se mettait en colère, c'était un autre homme, un homme terrifiant.

Il m'encourageait prétendument à aller vers les autres, mais dès que je tissais des liens avec quelqu'un, aussi superficiels fussent-ils, dès que je discutais avec d'autres personnes que lui, il me reprochait de l'ignorer, de l'oublier, de "ne rien en avoir à foutre" de lui.

Il m'a encouragée à reprendre mes études mais presque chaque semaine il se plaignait de mes horaires, comme si j'avais la moindre prise sur ceux-ci.

Il m'a poussée à travailler, mais comme pour l'université, il se montrait amer et désagréable dès que je sortais de la maison, et régulièrement, il me reprochait de le "laisser", alors qu'il "aurait pu m'entretenir".

M'entretenir... La pensée me ferait presque sourire... il ne me donnait que 200€ chaque mois, rechignait à faire les boutiques en ma compagnie et nous n'étions jamais d'accord sur ce qui m'allait ou pas... de fait, la plupart du temps il préférait des tenues d'adolescente plutôt que de femme, et ça avait finit par me mettre mal à l'aise au point que je ne le consultais plus quand je m'achetais mes vêtements. Peut être ai-je inconsciemment prit du poids également pour gommer cette image de femme-enfant qu'il appréciait mais que je détestais...

Si j'avais accepté la vie de "femme au foyer" qu'il me proposait, j'aurais été totalement dépendante de lui, y compris du point de vue de la sécurité sociale, ce qui a pourtant été le cas sur une courte période...
Être "ayant-droit" de son conjoint est une situation inconfortable, surtout lorsqu'on a pas vraiment le "droit" d'utiliser le compte commun pour effectuer ses dépenses de santé (ce qui aurait été logique, pourtant). Or, quand j'ai expérimenté ce statut, je me suis retrouvée dans la situation absurde où je devais payer les médecins à partir de mon compte courant personnel, avant que le "remboursement" soit fait sur le compte bancaire de mon mari, qui était sensé me restituer les sommes que j'avais versé.

Alain prétendait vouloir que j'aille mieux. Je ne remet pas en cause l'intention.
Il m'avait toujours connue anxieuse, avec des troubles de l'interaction et de la relation (même si on ne les avait pas encore nommés ainsi), ce qui me rendait triste et dépressive.
Mais quand j'allais en thérapie, quelle que soit la forme de la chose, il me le reprochait et me tourmentais pour me faire dire ce dont j'avais parlé en séance. À ses yeux, tous les "psys" (psychologues, psychiatres et autres...) étaient des "charlatans". Ce discours était très destructeur, car je me sentais en permanence obligée de justifier la poursuite des consultations. Et à chaque fois que je revenais à la maison, il renouvelait ses inquisitions pour savoir de quoi j'avais parlé, et de quoi je me "plaignais", comme s'il me contestait le droit d'avoir des pensées privées, tandis qu'il s'abstenait totalement quant à lui de me faire part de ses ressentis.

Alain était très habile pour jouer du bâton et de la carotte... mais plutôt pour mieux me contrôler que pour m'aider. En fait, c'était justement sa conception personnelle de l'aide qu'il m'apportait. Il ne me soutenait pas: j'étais encouragée à aller de l'avant, certes, mais dès que je m'écartais du scénario qu'il avait espéré me voir suivre, j'étais aussitôt placée en position d'accusation (de ne pas faire assez d'efforts, de me "laisser aller" et il n'était pas rare que je sois généreusement insultée et que je me sente profondément humiliée et honteuse.
Au début j'ai essayé de le contredire, mais j'ai rapidement compris que ça ne faisait que le contrarier davantage et augmenter son agressivité. Alors j'ai accepté de répéter "je suis en pleine forme", dès qu'il me demandait comment j'allais.
J'ai cédé, j'ai accepté son contrôle et je me suis pliée à sa "rigueur".

Mais quoi que je fasse, ça n'était généralement pas à la hauteur de ses exigences.

Il ne tenait aucun compte de mes besoins ni des réalités de la vie moderne. En dehors de son ordinateur et de l'utilisation d'internet, son mode de vie reproduisait singulièrement celui qu'il avait du avoir dans son enfance et son adolescence, à une époque où il vivait dans une maison sans chauffage central ni eau courante. Il se lavait chaque matin devant le lavabo, gardant le même maillot de corps pour la semaine, et prenait un bain hebdomadaire, faisant la lessive de ses sous vêtements par la même occasion, à la main.

Il n'est pas étonnant que, dans ces conditions il m'ait reproché mes douches "trop longues", "trop chaudes" et "trop fréquentes"... au point qu'aujourd'hui encore, j'éprouve des difficultés à passer par cette étape, alors qu'avant de vivre avec lui, je passais sous la douche facilement deux fois par jour...

Je ne peux pas résumer toutes ces années que j'ai laissé s'écouler auprès de lui, consciente d'être captive, sans doute sans que lui même en ait conscience, incapable de me rebeller... Parfois j'ai terriblement honte de moi.
Je suis restée parce que j'avais peur de la vie et que je pensais ne pas pouvoir survivre en dehors de ce vase clôt.

J'ai laissé Alain me mettre en cage et j'ai nourris une grande colère, contre lui ainsi que contre moi.
De quoi est-ce que je parlais, durant mes séances de thérapie? De nombreuses choses... Au début j'évitais d'évoquer à quel point je me sentais mal auprès de mon conjoint. Ensuite j'y suis parvenue, mais je restais convaincue d'être responsable de mon malheur, de mes ressentis que je considérais biaisés, convaincue d'avoir des attentes irréalistes qui ne pouvaient donc pas être satisfaites.
En fait, je me suis toujours sentie coupable et j'ai choisi d'être punie.
Cela peut paraître absurde, formulé ainsi, mais c'était un choix de facilité, pour moi : il était plus facile de rester en terrain connu, aussi violent qu'il soit, plutôt que de partir vers un inconnu bien plus effrayant.

J'ai conscience aujourd'hui que si j'avais fuis dès que j'ai commencé à comprendre que ça n'allait pas, début 2005, mes parents m'auraient soutenue. Malheureusement à cette époque là, j'étais également dévorée par l'angoisse et la honte de ne pas être "à la hauteur" à leurs yeux, de ne pas être "assez bien", et je cherchais à tout prix à fuir ces sentiments.

Je me suis cachée pendant tellement longtemps que c'était devenu un mode de vie en soit. Non. Un mode de survie, plutôt.

Toujours est-il que la maladie de mon mari a fini par me faire craquer.
Mais surtout, j'ai commencé à me libérer de mon mode de pensée erroné, fondé sur le principe que j'étais coupable (de ne pas comprendre l'existence, pour l'essentiel).

Quand Alain est tombé malade, il s'est montré de plus en plus agressif envers moi. Il répétait fréquemment une expression qui me blessait profondément, car j'y voyais de méchanceté gratuite. Il me disait "tu m'humilie!".
En réalité, il, l'a avoué ensuite, mais sans cesser pour autant d'utiliser cette formulation particulière, il voulait dire qu'il éprouvait un sentiment global d'humiliation, du fait de son état physique dégradé. Mais comme j'étais le témoin permanent de sa déchéance, il disait les choses qu'il ressentait comme si c'était moi qui provoquait ces émotions, et non sa maladie.

La maladie ayant altéré son odorat et son sens du gout, il lui était le plus souvent désagréable de manger. Mais au lieu de dire "pour moi, tout est mauvais", il me regardait avec rage et déclarait avec hargne, jour après jour, repas après repas "c'est dégueulasse". Comme si j'y étais pour quoi que ce soit. Je savais que je n'y pouvais rien, et malgré tout, jour après jour, ses mots me blessaient toujours aussi douloureusement...

Quand j'ai commencé à essayer d'aménager le quotidien pour m'adapter aux difficultés posées par la spasticité de ses membres (contractures permanentes proche de la rigidité) et l'altération de son équilibre, il a systématiquement refusé les changements. Parfois même alors que c'était lui qui en avait émit l'idée. J'avais alors droit à la litanie "tu m'humilie, t'es une salope, t'es dégueulasse", etc.
Mais quand je lui proposais de revenir à la façon de faire précédente, j'avais droit à la variante "tu comprends vraiment rien, tu es conne, tu me déteste" etc...
Quoi que je fasse, donc, j'étais en tors.

Il a fallu faire des aménagements dans la maison, certains organismes ont demandé à ce qu'on remplisse des papiers... J'aidais mais évitais de prendre des initiatives, demandant systématiquement à Alain son opinion, sa position.
Malgré tout, une fois les choses faites, il est arrivé qu'elles ne lui conviennent pas. La responsable était toujours toute trouvée... J'avais eu beau prendre toutes les précautions, le faire participer à chaque étape de la prise de décision, si une chose ne lui convenait pas, même s'il l'avait validée sur le papier, il me reprochait d'avoir manœuvré dans son dos, de l'avoir abusé d'une manière ou d'une autre, pour le persécuter et, dans son idée "le faire crever plus vite".
J'avais ma conscience pour moi. Sans compter qu'à ce moment là, j'avais fini par demander régulièrement son opinion à mon père, et il n'était pas rare que j'appelle mes parents tous les jours, à cause de cette pluie continue de reproches. Je faisais tout mon possible pour qu'Alain reste le plus autonome possible, en essayant de le lui faire admettre. Il s'y refusait et je ne pouvais rien y changer.

Imaginez un individu ayant un trouble de la personnalité obsessionnelle, vivant depuis des décennies dans un soucis extrême de perfectionnisme, ayant un soucis de bien faire poussé à l'extrême, avec un niveau d'exigence extrêmement élevé le concernant et concernant son entourage. Pensez que cette personne se soit construit des valeurs morales très fortes, avec une rigueur implacable dans le respect de ses propres règles et de ses horaires, au point d'être déraisonnablement autoritaire vis à vis des autres, et très critique vis à vis de quiconque ayant une vision divergente de la sienne par rapport à ce qui est et doit être... Ce genre de personnes veut tout contrôler et déteste déléguer quoi que ce soit, à moins qu'elles se sachent incompétentes (elles préfèreront dire qu'elles sont "au dessus de ça", ou tourner en dérision le domaine en question). Ces gens là développent généralement un mode de croyance qui fait qu'ils sont convaincu d'avoir "raison", de détenir la "vérité", et dans la grande majorité des circonstances, ils sont incapables de tenir réellement compte des avis contradictoires...
Ces personnes présentent également de grosses difficultés à exprimer leurs sentiments réels, surtout s'ils les jugent honteux ou synonymes de faiblesse et développent des stéréotypies, des masques, pour ne pas avoir à exposer aux autres leurs ressentis profonds.

Mon mari était comme ça.
Imaginez le calvaire qu'a représenté sa maladie, pour lui : perdre progressivement l'usage de ses membres, de ses sens, devenir dépendant des autres, avec les aléas que ça induit (le kiné qui n'est pas à l'heure, les interventions des aides soignants qui varient en fonction des plannings, la multiplication des interlocuteurs, ainsi que des opinions portées sur "ce qui est le mieux" pour lui.
Qu'est-ce qui restait à Alain dans ces conditions?

Moi. Le contrôle qu'il pouvait exercer sur moi.
Malheureusement, au lieu d'en faire une consolation et une ressource, au lieu de s'adoucir et de me montrer que j'étais précieuse à ses yeux, il a préféré m'accuser de tous ses maux, et, à force de promesses non tenues, de demandes inacceptables moralement et d'accusations mensongères, il fini par me convaincre que je ne pouvais plus rien pour lui, à part mourir moi même ou partir.
N'étant pas suicidaire, je suis partie.

Ce n'est que très récemment que j'ai enfin réalisé que, loin d'avoir abandonné mon mari, comme certains l'ont prétendu (même si j'aurais du le quitter, bien avant ce mariage, en fait), celui-ci m'a en fait chassée.
Alain m'a chassée de sa vue, de sa vie et de notre appartement... Je pense qu'il a cherché involontairement à se débarrasser de mon regard et de mes attentions, qu'il percevait comme humiliants.
Sa famille a malheureusement participé à mon expulsion symbolique, en me disant frontalement que je lui faisais du mal, et en m'accusant de le torturer. Probablement n'avaient-ils pas conscience de ne faire que répéter des mots, sans comprendre les mécanismes de pensée qui les avaient fait naître...
Alain disait à sa famille que je l'humiliais et le torturais, que je me conduisais de façon odieuse avec lui, pour quelle raison auraient-ils mis sa parole en doute? Peut-être en lui demandant de s'expliquer sur ses ressentis. Mais il est probable qu'il aurait refusé, ça n'était pas son genre.

Certains membres de la famille ont tout de même été jusqu'à dire que je n'étais qu'une "erreur" dans la vie d'Alain. Peut être. Mais ça, c'était une affaire entre lui et moi. À ce que je sache, les tiers, même de la famille, n'ont pas à s’immiscer dans les affaires de couple.

On m'a accusée d'avoir torturé Alain lorsque j'étais hospitalisée, en refusant de lui donner des nouvelles...
Je sais intimement ce qu'est la torture psychologique.
J'ai maintenant conscience que j'y ai été soumise pendant des années... mais je n'ai jamais répliqué, parce que j'ai toujours considéré que blesser volontairement les autres était profondément mal. A fortiori quand on utilise contre les autres leurs faiblesses et leurs douleurs intrinsèques pour ce faire.

J'aurais torturé mon mari en ne l'informant pas de mon état de santé, alors que j'étais hospitalisée en clinique "de santé mentale"? En psychiatrie, donc...

J'avais besoin de calme et j'avais besoin aussi de voir des gens, après des mois d'ostracisme, à cohabiter avec la maladie et le mépris. Car c'était ça qu'Alain me jetait au visage, jour après jour, depuis que la DCB avait commencé à faire partir en lambeau son système nerveux : sa maladie, sa souffrance, et son horreur que j'en sois le témoin.

Si Alain ou un de ses proches avait appelé la clinique pour demander de mes nouvelles, on leur aurait répondu que j'avais besoin de repos.
S'ils avaient demandé pourquoi je ne répondait pas aux appels de mon mari, on leur aurait expliqué que j'avais fais le choix de garder mon téléphone mobile éteint, au fond de mon placard, et de m'en servir exclusivement pour parler à des personnes rassurantes... et peut être aurais-je même confié aux équipes soignantes que mon mari m'appelait plusieurs fois par jour et m'envoyait des dizaines de sms.

Un harcèlement dont je m'étais plainte à plusieurs reprises à Alain.

Au bout de quelques jours, son attitude a provoqué en moi une réaction extrême de rejet: j'ai essayé de me débarrasser de mon alliance. J'ai essayé si fort, sans y parvenir tant j'avais prit de poids, que je me suis arraché la peau autour de l'annulaire gauche. L'inflammation a fait enfler mon doigt, poussant à faire craindre que je développe une infection. Un membre de ma famille a alors du m'emmener chez un bijoutier pour qu'il coupe l'anneau. Je l'ai toujours. J'aurais pu m'en débarrasser, d'une manière ou d'une autre, mais je ne le souhaite pas. Je l'avais voulue, cette alliance, je l'avais demandée. Une des rares choses que j'ai jamais demandé, et encore, deux mois après notre mariage.

Qu'en est-il aujourd'hui?

Aujourd'hui, la succession est au point mort.

D'aucuns souhaiteraient que je n'ai droit à rien, eut égard à mon statut "d'erreur de parcours", ainsi qu'au fait que j'avais "abandonné" Alain.

Je pourrais facilement répliquer que le psychiatre du CMP de Tarbes avait essayé de me faire accepter une hospitalisation au CHS de Lannemezan, en 2014, avant que nous ne quittions les Hautes-Pyrénées pour réintégrer la Charente, mais que j'avais refusé, la mort dans l'âme, parce qu'on ne me proposait aucune solution d'assistance pour Alain.
Là, je pense qu'on aurait éventuellement pu parler d'abandon.

Toutefois en février 2015, quand j'ai senti que, décidément, je n'arriverais pas à rester auprès de mon mari sans que nous ne tombions dans la maltraitance réciproque, j'ai fais en sorte de mettre mon mari en sécurité, médicalement parlant, avant d'accepter d'être hospitalisée.

En conséquence, il n'est pas question que la haine  aboutisse à me dépouiller, que ce soit dans mes biens ou dans ma dignité. J'ai au contraire tout à fait l'intention de lui faire comprendre que cette dignité est plus forte que jamais. D'autant que mon mari n'a pas été le seul à m'insulter, m'humilier et me faire subir des violences d'ordre moral. Mon mari est mort, d'autres ne le sont pas. Je pourrais nourrir un désir de vengeance, entamer des poursuites, mais ça n'est pas ce que je désire.

Je souhaite tourner la page.

Prendre conscience de l'ampleur de l'emprise qu'Alain avait sur moi et de la multitude de tortures psychologiques qu'il m'a infligé, au fil des ans, ça a été extrêmement violent.

Il s'avère que des événements récent, combinés au calendrier successoral ont "réveillé le dragon", comme certaines personnes disent... ce flot de souvenirs douloureux, qui était enfouit profondément, et qui à présent rugit en moi et me malmène intérieurement...



Je n'ai aucun désir de vengeance. Je n'irais pas cracher le feu sur les uns ou les autres, en imaginant que ça pourrait atténuer la douleur. Je ne crois pas une seule seconde que ça pourrait être d'une quelconque efficacité.

Je suis simplement déterminée à mettre un point final à l'histoire, clore cette succession de malheurs et vivre ma vie.

Je veux transformer le dragon en phénix... il s'envolera, trouvera son chemin à travers les roches et s'en ira loin, très loin de cette montagne.

dimanche 5 mars 2017

Je n'y arrivais plus, et je l'avais écris...

08 février 2014

La culpabilité, au quotidien.
Je me sens de plus en plus souvent gênée face aux comportements d'Alain à mon égard. Est-ce qu'ils sont liés à la maladie?
Chaque contrariété qui tourne en crise. Il me soupçonne de mille et un méfait, m'insulte, me hurle dessus...
Suivent ensuite les réconciliations, la "lune de miel" d'apaisement.

Mon besoin d'apaiser sa détresse reste malgré tout plus fort que mon épuisement, ma lassitude. L'amour, l'attachement, la peur de lui déplaire, la peur de le plonger dans une plus grande détresse, tout ça arrive à me faire oublier les crises.

J'occulte autant que possible ces événements, les uns après les autres, involontairement mais avec une grande réussite. Heureusement que je tiens mon agenda à jour, que je note ces déraillements récurrents, sinon je les oublierais probablement...

La position que j'occupe est en train de me rendre intolérable l'intimité que nous avions. Ou plutôt celle que nous n'avions jamais eu, en fait... Parce que je crois qu'avant sa maladie, même si les autres avaient une image fusionnelle de notre couple, c'était un mensonge. Nous vivions ensemble sous le même toit, nous dormions ensemble et mangions ensemble, mais ça se limitait à ça 95% du temps. Alain ne me disait que très peu de chose de ses passions. En dehors du fait qu'il aimait les Pyrénées, il n'a pratiquement jamais rien partagé avec moi et j'ai vite du accepter le fait qu'il n'aimait pas que je lui parle de mes centres d'intérêt personnels.

Cette sensation d’intimité pourrissante est insupportable. Un fossé qui s'est creusé entre nous en même temps que nous nous sommes retrouvés à vivre dans cette proximité infernale. Il ne veut plus que je ferme la porte de mon bureau, il veut savoir où je vais, où je suis allée, il s'énerve s'il m'appelle et que je ne décroche pas assez vite.

Alain pense que mon mal-être est passager, que je vais aller mieux, mais je sais moi que je ne peux pas revenir en arrière. Plus il insiste et plus je me braque. À ce que je sache, j'ai toujours été dépressive, même s'il déteste que je le lui rappelle. Il m'a toujours reproché mon anxiété, comme si j'en étais responsable et maintenant il ne semble pas comprendre à quel point notre situation me pèse, depuis que le psychiatre du CMP m'a mise en arrêt maladie et que j'ai démissionné.

Dire qu'il m'a poussée à travailler, que je crevais de trouille et d'angoisse, jour après jour, quand je bossais, même si ces quelques heures loin de lui, j'ai honte de l'écrire, étaient libératrices... Et quand le psychiatre m'a mise en arrêt maladie, il m'a insultée quand je le lui ait avoué. Il m'a fait une scène de ménage et m'a dit qu'il n'avait jamais voulu que je travaille!!!

Je ne comprends rien.
J'en ai marre de me battre pour essayer de lui plaire, et en même temps, je ne peux pas m'en empêcher.

Je suis bloquée dans une situation qui me vide chaque jour de toute mon énergie.
Je tourne autour du pot et j'évite consciencieusement la seule solution possible...
Impossible... je ne peux pas. Pourtant il le faudrait mais non, non, non! Je ne peux pas!!!

Partir. Me sauver.
Pas fuir. Non.
Me sauver, sauver ma tête, mon esprit.
Mais je ne peux pas.
Je ne peux pas l'abandonner, le laisser
La solution impossible, possible parmi d'autres toutes aussi impossibles.

Il a accepté d'aller en USLD, si on déménage, qu'on retourne en Charente. Il y a une très bonne unité de soins de longue durée, à Cognac, d'après ce que je sais.

Déménager avec lui et l'aider à se rapprocher de sa famille, lui permettre d'être aidé par des gens dont c'est le travail, la vocation... des gens qui ont des horaires, des vacances. Est-ce que ça serait la solution la moins mauvaise? Je ne sais pas. J'espère.

Je voudrais avancer et je ne peux pas.
Un pas en avant, deux pas en arrière.
Je porte nos douleurs conjuguées sur mes épaules. Je suis obligée d'assumer le terrible fardeau de toutes les responsabilités en attente, mais jour après jour, je croule davantage sous ce poids immense, je défaille.
Les douleurs sont partout, dans le corps et dans l'âme, comme si on me cognait dessus, jour après jour. Parfois j'ai l'impression qu'Alain est satisfait de me voir souffrir, et je suis triste de m'imaginer des choses pareilles.

J'ai besoin de me sauver, d'être sauvée.
Par qui? Qui?!? Quand?!? Quand je serais déjà dans le trou, avec lui, quand j'aurais glissé, que je serais irrémédiablement cassée?
Qui pourrait m'aider?!? Mais qui donc???
Où êtes vous, qu'attendez vous?!?

Je vous en prie.
Je vous en supplie.
Je n'y arrive plus.


 J'ai eu l'opportunité d'être hospitalisée en centre psychiatrique, par deux fois dans les Hautes Pyrénées, après avoir écrit ça. Mais les deux fois, rien n'était prévu pour prendre en charge Alain, alors j'ai refusé de partir.
J'aurais du partir et déclarer sa situation, une fois hospitalisée, mais je n'avais pas ce courage.
Alain a également refusé de faire un séjour médicalisé pour que je bénéficie d'un répit, ainsi que le préconisait sa neurologue.

Pendant tout le temps où mon état de santé mentale et physique se dégradait, alors que je l'accompagnais du matin au soir dans la maladie, Alain me répétait sans arrêt que, quand sa première femme avait eut son "accident" (elle était psychotique et avait sauté du 3ème étage), il s'était occupé d'elle, bien qu'elle soit devenue paraplégique. Il répétait, encore et encore qu'il aurait continué à le faire, si les psychiatres n'avaient pas déclaré que c'était lui qui la rendait malade, et qu'ils devaient divorcer.
Il a toujours balayé ces "accusations" du corps médical comme fausses...

Le fait est que je ne suis "que" névrotique et probablement neuro-atypique, mais que cet homme m'a fait un mal considérable.

En outre j'ai su de sa propre bouche qu'il encourageait régulièrement lui même sa femme a arrêter les neuroleptiques, dès que son état mental se stabilisait "parce qu'elle était différente" quand elle les prenait. Soit qu'on ne lui ait jamais expliqué ce qu'était une psychose et que les neuroleptiques constituaient un traitement au long court, soit qu'il n'y ait tout simplement pas cru ou souhaité en tenir compte.

Pour Alain, tout était question de volonté.
"Si on veut, on peut"
Pour certaines choses, peut être...
Pas pour guérir d'une maladie neurodégénérative, ni d'une psychose.

J'ai essayé d'être assez forte pour le soutenir, aussi longtemps que j'ai pu.
Mais plus j'essayais d'être à la hauteur et plus il me rabaissait et tentait de me démontrer par A+B que je n'étais qu'une incapable : de l'assumer et encore moins de m'assumer moi-même.

Il a passé son temps à saper mon moral et à me faire douter, à me répéter que je n'avais pas assez de volonté, que je n'étais pas assez rigoureuse.

Je me reprochais souvent, moi, de ne sans doute pas être assez amoureuse.
Malgré tout, j'ai essayé d'être là pour lui.

Alain est revenu sur son acceptation d'aller en USLD, dès que nous avons ré-emménagé en Charente.
Je me suis sentie trahie et humiliée.
 J'ai mis un an à partir, finalement.

J'en ai assez de cacher tout ça.
Il est temps que ça s'arrête.