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jeudi 30 avril 2026

Des cadavres dans tous les placards

J'achète une maison.
Je suis en train de réaliser à quel point j'ai besoin de ce refuge.
Elle sera ma forteresse du calme et de la sécurité.

Une sécurité que je n'ai pas beaucoup connue dans ma vie.

Ces temps ci, entre le changement de traitement et cette étape d'affirmation de ma souveraineté individuelle, j'ai des cadavres qui sortent de tous les placards de ma mémoire. À peine une porte se referme que deux autres débordent. Des sortes de diables en boîte.

Ma mémoire ultra HD qui a enregistré événements, informations, émotions et les a figé dans une réalité qui m'est personnelle semble avoir perdu le sens des limites.

Précaution préliminaire: Je ne dis pas que je détiens la vérité (elle est ailleurs, c'est bien connu).

Cependant mes souvenirs font partie intégrante de la personne que je suis.
Or ces derniers temps, ils sont écrasants.

On peut m'opposer "ça ne s'est pas passé comme ça".
Peut être. Mais je sais ce que je ressens, et à moins que vous soyez télépathes, ce n'est pas votre cas.


Il y a eu le chaos et la violence.

Petite enfance. Un lien fort avec maman, le contact de sa peau, les longs moments tout contre elle.
Les larmes quand elle a reprit le travail. Une fois que j'étais malade, elle m'a emmenée avec elle à l'école où elle travaillait. Violence verbale de l'autre institutrice, directrice. Des coups de téléphone anonymes, tard le soir, chez mes parents, qui prétendaient que c'était un "fantôme".
À l'école maternelle, je n'étais pas à l'aise avec mes pairs. Je ne comprenais pas leurs comportements et leurs préoccupations. un jour Séverine m'a dit "t'es plus ma copine" et quand j'ai cherché à comprendre, elle a enfoncé le clou d'un sentencieux "tu sais très bien pourquoi" (non). On est jamais redevenues copines. Mon seul copain, c'était Lénaïc, parce qu'il habitait la rue basse à Bayers, comme moi. Il avait une forme de bienveillance vis à vis de moi, et c'état réciproque. Je ne me sentais pas obligée d'essayer d'être "conforme". Mais l'école maternelle, c'était compliqué:
On m'empêchait de suivre les leçons des "grands" qui commençaient l'apprentissage de la lecture ("ça va te faire mal à la tête")
On me forçait à manger des choses qui me donnaient la nausée ("goute un peu", "ha ben tu vois que ça passe: mange le reste", "si tu ne mange pas ça, tu n'aura pas de dessert"). La coercition, seule mode de communication de certains adultes vis à vis des enfants. Le souvenir de la fois où on m'a forcé à manger des chipolatas, que j'ai vomi un peu plus tard. On m'a appris à avaler sans mâcher, pour ignorer les signaux de dégout envoyés par mon système nerveux.
On m'imposait une sieste alors que j'avais besoin de bouger et d'évacuer mon énergie.
On me disait d'aller faire pipi alors que je n'avais pas envie, et quand je me suis retrouvée, une fois, à devoir faire caca seule, alors que les autres étaient en cours, parce que je ne savais simplement pas faire la différence entre les deux sensations, je me souviens de la détresse absolue et des larmes, parce que je ne pouvais pas réintégrer la classe, que j'étais seule face à mon corps et à mes fesses souillées. J'ai affronté la chose dans la honte et le silence et je n'en ai jamais parlé à personne. Mais je m'en souviens avec une acuité que je qualifierait de "regrettable".

Je porte en moi un véritable listing d'événements "anodins" et chargés d'une violence inouïe pour l'enfant que j'étais. Il y a un certain désordre chronologique, parce que ça n'est pas comme ça que fonctionne ma mémoire.

Une mère institutrice.
L'école avec elle, hors carte scolaire, du CP au CM2, dans deux écoles différentes.
Une maman absente en tant que parent à la maison, souvent dans son bureau à l'étage. Absente sauf pour "demander" les choses rébarbatives, sans les valoriser, parfois en utilisant des mots blessants, comme si la violence psychologique était un moteur acceptable.

Des informations confidentielles reçues par l'instit, débordant dans la sphère familiale: le père qui s'était suicidé d'un coup de fusil au grenier, le gamin qui recevait des coups de ceinture, le jeune (16 ou 17 ans?) qui était défiguré après avoir reçu de l'huile de friture sur le visage, la fille dont la sœur aînée n'était pas scolarisée à cause d'un handicap sévère, le gamin dont le père routier piquait dans la caisse du bureau de Poste tenu par sa femme, les gamines qui étaient très probablement victimes d'inceste... Mon instit rapportait toue ces valises émotionnelles chargées de violence à la maison et je comprenait bien plus que ce qu'on croyait, sans doute.

Les problèmes d'intéroception (capacités à évaluer de manière exacte son activité physiologique), qui avaient commencé à poser problème à l'école maternelle ont perduré. Dans la honte et la dissimulation.
Je me sentais anormale et je ne voulais pas l'être.
L'incapacité à identifier le moment où j'avais besoin de faire pipi était un problème qui prenait énormément de place dans ma charge mentale. Il m'arrivait très souvent de ne pas penser à aller faire pipi pendant les récrés et de me retrouver à courir sous le préau vers les toilettes à la turque, pour me retrouver incapable d'uriner en dépit de la douleur nociceptive. Alors je me pressais le ventre, et je cherchais des stratégies, comme de stimuler l'urètre de manière digitale externe ou interne (via le vagin, oui, à 6 ou 7 ans).
J'avais des fuites urinaires et je "sentais le pipi", d'après les dires de mes camarades de classe.
J'ai essayé de me confier à ma mère. La solution proposée a rajouté une couche de honte: des serviettes pour fuites urinaires. Pas une consultation médicale et des examens, ni un psy. Des serviettes style Téna. J'ai décidé de ne plus parler de ça et de faire comme si le problème n'existait pas. Pendant des décennies, je n'ai uriné qu'en poussant et en forçant sur organe qui fonctionne normalement sur la base du relâchement. La santé physique d'une enfant ne tolère pas le bricolage.
J'ai poussé, méthodiquement, au lieu d'essayer de comprendre mon corps.
Il faut dire que je voyais ma mère dire qu'elle devait faire pipi mais continuer ses activités jusqu'à ce que le besoin de vidange devienne trop impérieux pour être ignoré. J'ai intégré ça comme une norme acceptable.

J'avais un problème chronique de constipation, mais je n'ai pas le souvenir d'en avoir jamais parlé à mes parents. J'avais des pets foireux, et je sais aujourd'hui que c'est un symptôme de constipation sévère. Là aussi, je poussais, frénétiquement, à en avoir mal au crâne et les larmes aux yeux.
À mon entrée au lycée, j'ai commencé à avoir des diarrhées fonctionnelles liées au stress. En ai-je parlé? Non. Il m'a fallut encore une vingtaine d'années pour commencer à m'ouvrir à ce sujet, et uniquement à une médecin qui m'avait démontré que je pouvais lui faire pleinement confiance.

Je réalise que j'ai toujours eu des troubles de l'impulsivité. Dès la primaire. Une tendance à prendre la parole à des moment inopportuns, par exemple.
Il y a eut l'épisode de la leçon de conjugaison, la demande de silence dans la classe. Le moment où j'ai prit la parole, parce que je ne me contrôlais pas. La rotation du buste de l'instit, le tampon effaceur en bois et feutre dans la main, projeté en direction de la parole indésirable. Le choc avec mon front. Blessure. Saignement abondant. Pas de points de suture. Pas de conséquences.
N'importe quel autre enfant de la classe aurait été blessé de la sorte, ça aurait été dépôt de plainte des parents et procédure disciplinaire pour faute grave. Mais c'était ma mère, l'instit.

Elle ne s'en souvient pas, je le sais, mais au moins une fois, elle m'a donné la fessée dans la cour, en présence des autres élèves, le pantalon baissé. Pas fesses nues, mais sans l'amorti du jogging en coton. Aucune idée du motif de la punition parentale ainsi donnée en spectacle. Mais je sais que je n'ai pas inventé l'évènement.

Des fois notre mère nous ramenait à la maison après les cours, à 7 km. Des fois non. Des fois on fréquentait les autres gamins du village, qui n'était pas le notre, où nous étions des sortes de greffes temporaires, des bagages dans les sacoches de l'instit...
À un moment, ma sœur rentrait mais pas moi. Parce que je regardais trop la télévision, je crois, ou pour une autre raison lié à un motif dont je n'ai aucun souvenir (je me garderais de faire des hypothèses). On avait que les 3 premières chaînes, en ce temps là. Je restais seule à l'école avec ma mère qui "rangeait" sa classe. Parfois jusqu'à 20h.

Ma consommation de télévision dérangeait ma mère.
Elle n'en avait pas conscience (et moi non plus, à cette époque là), mais c'était un important outil de régulation nerveuse par hyper focus.
Elle a cherché à réguler cette consommation. Je ne sais pas ce qu'elle croyait ou espérait. Ça lui appartient. J'ai seulement vécues les conséquences de ses choix et c'est tout ce dont je peux parler.

Je n'ai pas de souvenirs liés à mon père en la matière. Je ne sais pas s'il participait à cette lutte contre ma consommation télévisuelle. Si c'était le cas, je n'ai pas de souvenir d'actions proactive ou coercitives de sa part, mais davantage de dialogues, de questions, qui s'adressaient à moi en tant qu'individu.
La télévision m'aidait à réguler mon chaos intérieur, à calmer mes pensées, à me détendre. Je faisais des choix de programmes de nature à nourrir ma curiosité. Mises à part des séries animées ayant un véritable fond philosophique, comme Albatros, Ulysse 31, Les Mondes engloutis, ou encore Les merveilleuses cités d'Or, je n'avais aucune appétence pour les programmes destinés aux enfants, en particulier les animes japonais (Dragon Ball Z, Les chevaliers du zodiaque, Sailor Moon...), qui ne faisaient absolument pas sens pour moi. Tandis que ma sœur commençait à consommer les séries AB Production, je préférais regarder les séries comme McGyver, l'Homme qui tombe à pic ou les séries policières allemandes (L'inspecteur Derrick...). Les japoniaiseries m'irritaient, le club des Bronzés avec "Pas de pitié pour les croissants", le samedi matin, en relais du Club Dorothée me navraient (mais j'essayais désespérément de comprendre, car les enfants de ma classe d'âge adoraient, eux). 

Dans un premier temps, ma mère a essayé de débrancher l'antenne et les prises électriques, à l'arrière du poste, mais j'ai vite pigé le truc. Puis nos parents ont acheté un ensemble de meubles de salon en bois massif, dont une armoire style "homme debout", avec des étagères pour le matériel Hifi, le magnétoscope et la télévision. Il y avait une serrure, que maman fermait et dont elle gardait la clé dans son sac à main.

C'est à ce moment là que j'ai commencé à chercher d'autres stratégies de compensation du stress et d'hyperfocus sur de nouveaux domaines, pas plus sains que la télévision. Simplement je me suis bien gardée d'en faire étalage.
J'ai commencé à manger pour remplir le vide insondable que je ressentais, pour ressentir du plaisir là où je me sentais inadaptée et anormale. J'ai cherché le plaisir à travers l'outil le plus simplement accessible: le sucre.
C'est comme ça qu'ont commencé mes troubles du comportement alimentaire et mon hyperphagie compulsive.

La télévision était sous clé.
Les bandes dessinées aussi, à une époque.
On avait cette cantine métallique bleue, dans la chambre, posée devant le radiateur. Et un cadenas dessus. Je ne me souviens pas du contexte.
Chose étrange, les bandes dessinées de ma mère n'étaient, elles, pas sous clé et très facilement accessibles. Mais pas du tout adaptées à mon âge. Elles étaient bien en vue, tout en bas de la bibliothèque du salon, juste au dessus des placards où la machine à coudre et les jeux de société étaient rangés. Des albums de Bretécher, Wolinski et Reiser. Des albums pour adultes, comportant des représentations pornographiques certes satiriques, mais malgré tout concernés par l'article 227-24 du Code pénal alors en vigueur. Cet article sanctionnait de manière très claire la diffusion ou l'exposition des mineurs aux messages à caractère pornographique ou violent. Sachant que le délit était constitué dès lors que le contenu était « susceptible d'être vu ou perçu par un mineur ».
Imaginez que ça soit chez une institutrice!

Il y avait un cadenas sur la télévision et la malle contenant les albums de Tintin et Astérix, mais je pouvais lire ces BD là sans davantage qu'une petite critique.

La jurisprudence de l'époque (il faut se référer à celle-ci, pas à celle d'aujourd'hui) était celle-ci: les avocats des éditeurs (comme Albin Michel pour Reiser) arguaient que ces œuvres étaient de la satire sociale et non de la pornographie. L'intention n'était pas l'excitation sexuelle, mais la critique des mœurs. Mais la justice (avec raison, selon moi) considérait souvent que l'intention de l'auteur importait moins que l'impact visuel sur le mineur. Pour un enfant de moins de 15 ans, le dessin cru et sans filtre de Reiser était jugé comme pouvant « troubler sa moralité » ou « provoquer des angoisses », indépendamment du second degré politique du texte. J'ajouterais que l'exposition répétée à ces albums, conjuguée à mon hypermnésie et à l'absence de mesures de mise sous clé (comme pour les autres produits culturels jugés délétères), ça a considérablement influé sur ma sexualité.

Quand, quelques années plus tard, ma mère m'a un jour dit "je suis sûre qu'il t'es arrivé quelque chose quand tu étais petite", elle n'imaginait pas que la réponse était "Oui: tes BD de Reiser". De fait, je ne le lui ai jamais dit, puisque je n'ai identifié le problème que très récemment.

Dans certains des albums en question, y a des scènes portant atteinte à la dignité humaine (sous le coup de l'article 227-14 du Code pénal)... Inutile que je les décrive. Je sais de quoi je parle. La jurisprudence de l'époque estimait que si un mineur de moins de 15 ans était exposé à ces planches, le choc n'était pas seulement moral, mais psychologique. La loi estimait qu'un mineur n'avait pas la maturité nécessaire pour décoder le second degré ou l'absurde noir de Reiser.

La TV était sous clé, Astérix et Tintin aussi, mais pas Reiser...
Dans les années 80, on craignait pour la moralité (la religion, la pudeur). Aujourd'hui, on s'inquiète davantage de l'impact traumatique et du respect du consentement. Les scènes qui m'ont le plus marqué, même satiriques, seraient aujourd'hui analysées sous l'angle des déclencheurs de traumatismes.

L'impact traumatique pour moi est absolument certain.
La lecture (répétitive, qui plus est, les gravant bien dans ma mémoire) de ces albums a très certainement altéré de manière durable ma sexualité et pendant très longtemps, la nature même de mes fantasmes, avec une énorme dose de honte et de dégout de moi-même.

Je ne ressens plus les mêmes choses. Je me suis déconstruite et reconstruite, j'ai appris à me réguler dans le tumulte du monde, j'ai appris que la sexualité pouvait être un moment de partage et de communion, au cours duquel je n'ai pas à chercher à plaire ou à cocher des cases. Je le dois à des personnes formidables de bienveillance et aux bienfaits de l'introspection, ainsi qu'à toutes les démarches qui m'ont permit d'identifier mes neuroatypies dont mon absence de filtres "innés". Aujourd'hui, alors que je "vois" littéralement dans ma mémoire les planches de ces albums, je vois bien le côté caricatural et humoristique. Mais les scènes et le contexte de leur découverte, ça a eut un impact considérable sur mon mal être d'enfant et d'adolescente. J'étais déjà très différente de mes pairs de classe d'âge et en plus, j'avais cet imaginaire sexuel "pervers" qui ne cadrait pas avec les mises en image des amourettes qui m'étaient contemporaines.

Pour un enfant avec un système de traitement de l'information différent (et une mémoire visuelle quasi photographique) ces BD posaient d'énormes problèmes. Sans filtres, une information satirique est reçue avec le même poids de réalité qu'une information factuelle. L'image ne reste pas "à la porte" de l'esprit, elle s'y installe. Qui plus est, j'ai le fardeau de l'hypermnésie : là où d'autres oublient, je "revois". Cette capacité transforme un souvenir de lecture en une archive permanente, rendant le travail de déconstruction beaucoup plus exigeant, car il faut littéralement réétiqueter chaque image stockée dans ma mémoire pour lui enlever son pouvoir de nuisance.

Sachez que sur le plan juridique, psychologique et éducatif, cette exposition fait partie des maltraitances par négligence ou carence éducative.


Dans la même catégorie "souvenirs de merde", il faut comprendre que j'avais peur de ma mère et que je me sentais insultée par des comportements que je ressentais comme profondément irrespectueux de mes besoins intrinsèques.
En classe, on avait accès à la Convention Internationale des Droits de l'Enfant, en lien avec les programmes de prévention de l'UNICEF.
Je pense que mon ancienne instit serait extrêmement choquée de découvrir qu'elle n'a pas su faire preuve de discernement et respecter son propre enfant. Mais c'était le cas.

Je ne me sentais pas respectée, dans plusieurs de mes Droits, dont mon droit à l'intimité corporelle.
Il faut comprendre que sous prétexte de taquineries, elle me touchait sur des parties de mon corps où ça me dérangeait. Il n'y avait aucun geste sexuel, dans son esprit. Par contre le respect de l'espace intime était et reste un problème. Non, ce n'est pas une taquinerie acceptable de toucher la poitrine ou les fesses de sa fille (à fortiori si elle s'en plaint!). Peut être que ce n'est pas arrivé très souvent, peut être que si. Probablement que si, parce qu'à un certain stade, je me laissais faire par pure habitude, parce que je n'avais plus le courage de protester et que je ne voyais plus où était le problème.
Le problème? Je ne consens pas à ces gestes. Je ne trouve rien de drôle ou amusant là dedans. Mon corps, mon vécu.

Pour être complètement claire, je ne consens même pas à ce qu'elle me fasse la bise, et pourtant quand elle tend ses bras autour de mon cou, alors que je déteste ce rituel social (surtout lorsqu'il est détaché d'une sincérité profonde de ma part)... je la laisse faire! C'est épuisant nerveusement.
Peut être que pour elle c'est une sorte de geste de soin. Je ne sais pas... mais moi, je le vis comme une agression. Seulement j'ai tellement pris l'habitude de ne pas la contrarier, que je la laisse faire.

Je n'en peux plus de la laisser faire.

En ma mère, je perçois une sorte d'orgueil du "Bien".
Un prisme déformant insidieux et terrible, une forme de violence particulièrement difficile à dénoncer: une violence altruiste.

Ma mère ne m'a pas fait subir des maltraitances telles qu'on les stigmatise le plus couramment.
Mais elle a été et reste profondément maltraitante à mon égard.

Ma mère, c'est quelqu'un qui agit au nom du Bien.
Quand quelqu'un agit ainsi, c'est à dire dans le cadre d'une idéologie (en ce qui la concerne, la pédagogie Freinet, puis l'écologie, la décroissance, la crainte d'un effondrement mondial...) ou d'une posture politique, il s'autorise à ignorer les signaux de détresse réels des tiers.
Vu sous cet angle, si je souffre et si j'ai souffert, ça ne peut pas être à cause d'elle.
Elle me l'a dit, j'étais au collège: j'étais trop sensible, trop colérique, trop agressive.
Elle me l'a redit plus tard, à plusieurs occasion, j'étais égoïste.
Elle me l'a dit tellement de fois, que j'avais fini par la croire!

Sauf qu'en réalité, elle ne se mettait pas dans une posture favorisant une communication équilibrée, non violente, en absence de jugement, avec une écoute positive inconditionnelle.

En tant que professionnelle de l'éducation, quand j'étais gamine, elle n'a pas su adopter une posture de nature à identifier mes symptômes évidents des crises d'angoisse. Ça ressemble à des colères explosives. Mais c'est fondamentalement un problème de régulation émotionnelle.

Ma mère m'apparaît avant tout comme une personne sentencieuse. Elle pose ses idées. Sans laisser de place à la contradiction. La contredire, j'ai l'impression que c'est lui faire violence et porter atteinte à son identité intrinsèque de personne Juste.

Quand je lui explique que j'utilise des outils numériques pour surmonter mes handicaps, elle trouve moyen de me dire "c'est bien, tu es moderne, mais moi j'ai des opinions politiques!".
Il est où, le rapport, maman?!

Je ne supporte plus cette posture. Je ne peux plus la supporter.

En politisant et en idéalisant tout, il me semble qu'elle a construit un écran de fumée lui faisant perdre de vue son rôle de parent. C'est toxique.
Il devient évident que mes particularités et spécificités sont invisibles à ses yeux, et pire: ils n'ont aucune sorte d'importance dans son système de fonctionnement.
Quand je les lui remet sous le nez, elle y pense, et puis elle oublie. C'est flagrant. C'est destructeur. 


Et là, je dois aborder le pompon sur le cake:
À un moment de mon adolescence ou de ma vie d'adulte (mystère!) ma mère m'a dit que, quand elle m'a prise en classe avec elle en CP, elle avait la conviction que j'étais "précoce" ("surdouée") et qu'elle pensait que ses méthodes Freinet me conviendraient mieux que la rigueur de l'école locale.
Mais elle n'as pas voulu me faire passer les tests. Dans mon souvenir, elle a argumenté que c'était pour que j'ai une "enfance normale".

Youhou! Scoop: ça a foiréééééééé! 🎉

Sous couvert de bienveillance pédagogique (Freinet), ma mère a pratiqué une forme d'expérimentation sauvage sur moi, en ignorant complètement la réalité clinique de mon système neurologique.

L'ironie est cruelle concernant les pédagogies dont elle se voulait l'ambassadrice: elles-ci reposent normalement sur l'observation de l'enfant et le respect de son rythme.
En théorie, donc, on s'adapte à l'élève.
En pratique j'ai en réalité été forcée d'entrer dans le moule de sa "méthodologie".

Certains aspects étaient plaisants. Mais j'avais (et j'ai toujours) besoin de cadres, d'une vision claire et globale des objectifs des différents apprentissages. Ce dont je ne disposais absolument pas. Or ne pas comprendre les enjeux m'a toujours empêché d'apprendre. J'éludais les sujets frappés ainsi d'incompréhension et je subissais en réponse un contrôle coercitif que je ne comprenait pas davantage.
Je ne me suis pas épanouie.
J'ai appris à masquer mes lacunes, mes déficiences et mes anomalies.

En refusant les tests pour m'offrir une enfance soi-disant "normale", ma mère a commis une erreur fondamentale : elle a confondu "normalité" et "invisibilité". En tout cas si je m'en tiens au discours qu'elle m'avait tenu, ce jour là, quand elle m'a dit que j'aurais pu être dépistée.

Qu'est ce que c'est, une enfance normale?
Une enfance épanouie? La mienne ne l'a pas été.
J'ai passé mon temps à suivre ma sœur aînée comme son ombre pour devenir son miroir et apprendre à dissimuler au mieux mes différences. Faire semblant d'être un individu qu'on est pas, ce n'est pas avoir une enfance normale.

J'ai subie une hégémonie pédagogique qui m'a laissé de profondes cicatrices et une colère immense.
Car oui, je souffre toujours avec la même intensité, avec en plus ce petit zeste qui donne une saveur incomparable à tout ça: la compréhension. Je sais des choses sur moi-même que je  ne savais pas à l'époque où je subissais les choses.

De mon point de vue (qui s'est vérifié à l'occasion de diffusions de tout un tas de reportages dans Envoyé Spécial ou Ça se discute ; car oui, elle nous donnait ses opinions en la matière, à ces occasions), elle a fait preuve d'un aveuglement coupable sur mes douances.
À un moment de mon développement, elle a constaté une certaine précocité et elle a fait un choix qui l'a conduite à ignorer certaines données du problème, certainement avec les meilleures intentions du monde.
La plus lourde en conséquence a été l'ignorance totale de la dyssynchronie des enfants dits "précoces". Il s'agit du décalage entre le développement intellectuel, affectif et psychomoteur des enfants vivant avec cette condition intellectuelle spécifique.
En 1987, les travaux de Jean-Charles Terrassier étaient déjà assez largement diffusés, alors je suis obligée de partir du principe que même si elle voulait bien faire, elle a fait un choix plus ou moins conscient d'outils inadaptés. Ce qu'elle a fait, c'était du bricolage éducatif, et c'est de mon point de vu une négligence éducative et affective.
Peu importe que ça ait été involontaire de sa part. C'est ce que j'ai vécu, de manière intrinsèque.

Ma mère n'a pas tenu compte du fait que le cerveau d'un enfant "précoce" traite les stimuli avec une intensité radicale.

Elle a (volontairement ou pas, ce n'est pas la question) ignoré que le besoin de justice, la lucidité précoce et l'hypersensibilité sensorielle ne sont pas des traits de caractère, mais des caractéristiques neurologiques.

Le refus de se renseigner était peut être de l'ignorance de sa part, mais j'ai du mal à y croire. J'ai perçu (peut être à tors) un choix actif de ne pas savoir. Savoir, c'eût été admettre que sa fille avait des besoins que ses méthodes ne pouvaient pas combler. Ça a un nom: négligence éducative par orgueil pédagogique.

Le prix de ma normalité forcée, ce sont mes troubles anxieux, acquis.
Puisque mes besoins n'étaient pas reconnus, j'ai dû les gérer seule.

"Tout était fait" pour mon épanouissement, mais j'avais envie de mourir, car rien n'avait de sens. Ma vie n'avait pas de sens. Mon entrée au collège a été un cataclysme et j'ai encore davantage masqué mon malaise. J'ai mis en place des stratégies d'évitement profondément délétères pour ma santé physique et mentale.
Ce décalage initial entre mes besoins et la réponse pédagogique est la source d'un traumatisme profond qui me fait encore violence.

Aujourd'hui, à l'âge adulte, je me retrouve à faire le travail de décryptage (TDAH, TSA, HPI...) que la médecine aurait dû faire il y a 35 ans.

Le constat est amer. Ma mère a protégé son image d'institutrice innovante plutôt que de protéger ma santé mentale.
Peut être, oui, qu'elle ne savait pas, qu'elle n'avait pas comprit, qu'elle pensait sincèrement faire "au mieux".
Mais vous savez quoi? Ça ne compte pas.
Le mal est fait.
Elle m'a fait du mal.

Les parents ne font pas du mal à leurs enfants par sadisme.
La grande majorité des parents sont portés par la conviction de faire ce qui est nécessaire.

Ça ne retire rien, il me semble, à ma légitimité de dénoncer des actes de maltraitance.

Des maltraitances qui perdurent.

Car ma mère n'arrive toujours pas à tenir compte de mes spécificités neurologiques ou de mes besoins environnementaux et sensoriels.

Je ne le lui demande plus: j'ai atteint un point où je veux qu'elle garde toutes ses convictions éloignées de ma sphère d'existence. Soit elle me fréquente pour la personne que je suis, en me respectant dans toutes mes spécificités, pour le plaisir simple de passer du temps avec moi, soit elle reste en retrait.
Pour être honnête, à la suite de l'avalanche de souvenirs que je viens de me prendre dans la face (et dont je n'ai exposé qu'un petit échantillon), je n'ai plus franchement envie de la voir.

À certaines périodes de ma vie, j'écrivais "je l'haime".

Actuellement c'est beaucoup plus violent, et je déteste ça.

lundi 16 mars 2026

Epistémologie, sincérité et obsolescence des informations

J'aime l'épistémologie.
J'aime comprendre la manière dont on construit nos connaissances.

Or il existe un conflit entre deux modèles de pensée : la transmission d'autorité (ce que l'on m'a dit est vrai) et la démarche sceptique (ce que l'on m'a dit est une hypothèse à vérifier).

Il y a une vieille "info" qui circule en Charente: Angoulême serait construite sur un volcan.🌋
N'importe quel gamin qui a sérieusement suivi les cours de géologie en SVT sait qu'Angoulême est construite sur un plateau calcaire, roche sédimentaire, et non sur une roche volcanique. Alors c'est quoi,  ce délire?
C'est une question que s'est posée ma mère, à son arrivée en Charente, à la fin des années 1970, et dans ses premiers postes d'institutrice, face à des parents d'élèves tout à fait certains de ce qu'ils disaient.
Et bien c'est très simple: c'est passé dans le journal, La Charente Libre, il y a des décennies de ça.
Le hic? La date de publication: un 01er avril. Sauf que la blague a fait long feu, et vous trouverez encore aujourd'hui des gens pas très cultivés mais très convaincus, pour vous jurer avec la plus grande sincérité qui soit que c'est la vérité vraie. La preuve: c'est passé dans le journal, voyons!

Alors certes, c'était une blague, à la base.
Mais ça n'est pas toujours le cas.

Souvent il y a, à l'origine d'une croyance, des intuitions scientifiques qui étaient non vérifiables en l'état de la science, au moment où elles ont été émises.
Simplement, on s'est habitué à les considérer comme vraies, juste parce que personne ne les remettait en cause.

Sauf que... La science a considérablement évolué ces trente voire quarante dernières années.
Sur plein de sujets fascinants, très divers et très très quotidiens.

Quand j'étais au collège, dans les années 1990, on nous apprenait que le pain et les pâtes étaient des sucres lents. En ce temps là, les scientifiques se basaient sur la complexité des molécules des glucides les composant. Les "hydrates de carbone". Miam!
En était on sûrs et certains? Bhé oui: on allait quand même pas nous enseigner des trucs pas prouvés scientifiquement, quand même!
Sauf que non. Des médecins ont un jour eu la chouette idée de prendre des volontaires, de mesurer leur glycémie, de leur faire manger des aliments dont il était réputé qu'ils libéraient lentement leur énergie glucidique dans le sang et de mesurer la glycémie de manière régulière après l'ingestion.
On partait du principe que le glucose était le glucide le plus rapide et imbattable.
Et là, patatra!
Avec cette méthode révolutionnaire (hypothèse, expérimentation et conclusion... bref une méthode scientifique appliquée à la nutrition), on a découvert que ça ne fonctionnait pas du tout comme on l'avait supposé, en fait. Zut!
Bizarrement, en dépit de la découverte des indices glycémiques des aliments et de ses implications en diététique, on continue d'entendre parler de sucres lents ou rapides, alors que ce sont des concepts dépassés et obsolètes, au regard des connaissances scientifiques actuelles.
Une même pâte ne va pas avoir le même IG selon qu'elle est cuite al dente ou fondante, ni si elle est consommée chaude ou refroidie.

C'est difficile de supprimer de la conscience collective un concept médical qui a été vulgarisé en long, en large et en travers par des affiches et des programmes scolaires.

Cet exemple, car ce n'était que ça, vise à exposer une réalité à laquelle je suis très régulièrement confrontée: certaines personnes affirment des choses qu'elles croient sincèrement et profondément vraies, sans qu'elles le soient. Parce que la science, les techniques, les mœurs... ont évolué, par rapport à l'époque où elles ont acquise cette connaissance.

Il y a des dizaines de choses pour lesquelles ça se vérifie, et je vous jure que parfois je me dis que c'est naze d'être hypermnésique sur les sujet qui touchent à la biochimie et à la nutrition, vu toutes les âneries que j'entend et que je me retrouve à devoir expliquer avec patience.

C'est un choc des paradigmes assez classique: devoir confronter les certitudes héritées du passé à la curiosité critique. Pour plein de gens, la Connaissance est une sorte de collection d'objets finis, reçus comme des "faits". Si on leur a appris que les sucres lents sont les féculents, c'est une vérité figée. Remettre cela en cause, c'est remettre en cause la source qui a transmis l'information.
Pour moi, la connaissance est un processus organique, vivant, évolutif. J'utilise des sources de vulgarisation scientifique (pour lesquelles il est parfois nécessaire de maîtriser des concepts de base), non pas pour remplacer une certitude par une autre, mais pour confronter les théories aux dernières mesures expérimentales.

Autre exemple concret, toujours en lien avec l'alimentation:
"La cuisson au four à micro-ondes dénature les aliments"
Oui.
C'est exact.
Mais:
Tout mode de cuisson, quel qu'il soit, a pour objectif premier de modifier la nature de la composition des aliments. C'est de la chimie et de la physique: en chauffant un aliment (d'origine végétale ou animale, peu importe), on cherche à le rendre plus digeste, plus sapide et tout simplement, plus comestible.

L'idée que le micro-ondes "dénature" les molécules de façon unique et négative est un mythe qui a la vie dure. En réalité, toute forme de cuisson est, par définition, une dénaturation.

S'il est vrai que le procédé physique d'agitation moléculaire est récent dans l'histoire de l'alimentation humaine, ça ne le rend pas "mauvais" par définition. C'est ce que font les fours à micro-ondes: on fait s'agiter les molécules d'eau pour créer de la chaleur. Ce n'est pas fondamentalement différent de la conduction (poêle) ou de la convection (four), où l'énergie est transférée de l'extérieur vers l'intérieur.

Forcément il y a vite eu des gens qui se sont inquiétés des dangers de ce nouveau procédé, et se sont mis à étudier les aliments ainsi "altérés", trouvant des choses fort inquiétantes et faisant peser sur ces cuisson un sceau de dangerosité.
Sauf que certains autres chercheurs, par amour pour la science, et par soucis d'exactitude ont fini par comparer les altérations des aliments entre différentes techniques de cuisson. Et là? Stupeur: certains modes de cuisson plus traditionnels sont en réalité bien plus dangereux pour la santé humaine!

Il est ainsi bon à savoir que la cuisson au micro-ondes dans un récipient en verre avec un fond d'eau est souvent supérieure à la cuisson à l'eau bouillante. Parce que le temps de cuisson est plus court et qu'il y a moins de "lessivage" des vitamines hydrosolubles (vitamine C, B) dans l'eau de cuisson.
Qui plus est, les réactions chimiques telles que le brunissement (la fameuse réaction de Maillard) ou la caramélisation se produisent peu au micro-ondes, ce qui évite d'ailleurs la formation de certains composés cancérigènes liés aux hautes températures des fritures ou du barbecue (les acrylamides, en particulier).

Forte de ces connaissances, je fais cuire ou précuire presque tous mes légumes, et certains féculents, dans mon four à micro-ondes, sans inquiétude autre que le gain de place.

Encore un autre?

En discutant avec ma sœur, qui est infirmière et travaille en PMI, mais qui fait aussi partie de l'association La Leche League France (LLL), et qui prend plaisir à se cultiver sur le sujet, j'ai appris qu'il a existé un paradigme semblable sur le mécanisme de l'allaitement!
Un médecin du XIXème siècle, s'interrogeant sur le truc, mais expérimentant exclusivement sur des cadavres, avait injecté de la cire dans ce qu'il pensait être les canaux de lactation, avait observé des vésicules et tirées des conclusions, enseignées dès lors en fac de médecine. Ensuite, encéphalogramme plat pour la recherche, jusqu'à ce que, début des années 2000, des fabricants de tire-lait aient envie de savoir si leur produit fonctionnait bien, et commanditent des recherches sous IRM. Et là patatra! Les théories, expérimentations et conclusions qu'on tenaient jusque là pour valides ont été totalement contredites par les images.

Cette histoire que m'a racontée ma sœur est absolument véridique et vérifiée par curiosité factuelle.
Il s'avère qu'elle constitue l'un des "cas d'école" les plus célèbres de l'obstination scientifique basée sur des données obsolètes.

Le paradigme du cadavre : Sir Astley Cooper (1840), était un chirurgien et anatomiste britannique. En 1840, il a publié "On the Anatomy of the Breast" (Sur l'anatomie des seins).

Pour comprendre la structure du sein, il a injecté de la cire chaude de différentes couleurs dans les pores du mamelon de femmes décédées pendant leur période de lactation (c'était déjà ça). La pression exercée par l'injection de cire a créé des dilatations là où il n'y en avait pas forcément. Cooper a alors décrit (et dessiné) ce qu'on a appelé les sinus lactifères : des sortes de réservoirs où le lait était censé s'accumuler en attendant la tétée.
À titre personnel, je me souviens d'avoir vu des illustrations montrant ces sinus...

Pendant 165 ans, ces planches anatomiques ont été la vérité absolue, reproduites dans tous les manuels de médecine du monde.

Et puis il y a eut l'étude de Donna Geddes en 2005!
C'est seulement au début des années 2000 que tout bascule. L'étude de référence a été publiée en 2005 par le Dr Donna Geddes (Université d'Australie Occidentale), avec le soutien de l'entreprise de tire-lait Medela.

Contrairement à Cooper, elle a d'abord utilisé l'échographie à haute résolution (ultrasons) sur des femmes vivantes et en train d'allaiter.

Ce que l'IRM et l'échographie ont révélé :
Les sinus lactifères n'existent tout simplement pas : les "réservoirs" observés par Cooper étaient en fait des artefacts créés par la pression de la cire dans les tissus morts. Dans un sein vivant, les canaux sont petits et ne se dilatent que lors de l'éjection du lait.

La distribution des tissus se fait en réalité d'une façon bien différente, car le tissu glandulaire (qui produit le lait) est beaucoup plus proche du mamelon qu'on ne le pensait (souvent à moins de 30 mm).

On pensait que le bébé "moulait" les sinus pour exprimer le lait. En réalité, on a découvert que c'est une combinaison de vide (succion) et de mouvements de langue qui permet l'extraction, et non une simple compression de réservoirs... inexistants.

Tout ça pour dire une chose: j'aime la science.
Elle m'est essentielle, parce que j'ai ce besoin intrinsèque de compréhension du monde dans lequel je vis et avec lequel je dois interagir.

Si on me parle d'un sujet qui m'intéresse, voire qui me concerne directement, il y a fort à parier que j'en sais déjà pas mal sur le sujet. Ce savoir est concret et actualisé. En aucun cas je ne trouve acceptable de me fonder sur des théories vieilles de plusieurs décennies, parce que j'ai besoin d'exactitude.

Je sais ce que la science dit sur la biochimie du cerveau des personnes qui, comme moi, vivent avec des troubles anxieux chronicisé et des troubles de la gestion de l'impulsivité et de l'attention. Je sais aussi que mon syndrome de l'intestin irritable est en grande partie liée à l'excitabilité des neurones digestifs, et à des mécanismes complexes avec lesquels je dois composer en permanence. Je sais comment je dois manger pour limiter mes troubles spasmodiques. Je connais aussi les mécanismes de fonctionnement de l'utérus, comment fonctionne le cycle menstruel par exemple, et qu'il n'y a absolument aucun soucis à ne plus avoir de règles depuis 15 ans, vu que ce n'est que l'endomètre qui a modifié son fonctionnement en réaction à mes différents modes de contraception. L'utérus et le vagin conservent leurs fonctions autonettoyantes et les cellules mortes continuent d'être évacuées hors de mon corps, comme tout déchet organique trouve ses émonctoires naturels.

Je ne suis pas à proprement parler une scientifique. En tout cas, pas de formation, avec mon baccalauréat littéraire, c'est certain.
Toutefois, je pense que ce qualificatif peut avoir plusieurs sens. Si je ne suis pas de ceux qui font la science, au sens propre, par leurs recherches et leurs expérimentations, je n'imagine pas vivre sans me cultiver, intégrer des informations et m'efforcer de les garder à jour.
Le soucis d'exactitude est très important pour moi, et je ne vais pas hésiter à avouer mes incertitudes face à des personnes qui m'affirment des choses sur des sujets que je ne maîtrise pas: je vais aller faire des recherches et combler mes lacunes.
Dans tous les cas, je vais m'abstenir de juger.
La très grande majorité des gens sont extrêmement sincères, même quand ils relaient des informations fausses. À moi de savoir être pédagogue, quand c'est nécessaire, avec bienveillance.

Surtout quand l'obsolescence de leurs connaissances entre en conflit avec mes besoins fondamentaux.




jeudi 25 janvier 2024

Incompatibilité humaine

La vie est faite de rencontres.
Dans des circonstances particulières.
Avec une grande diversité de personnes.

Chaque individu est différent et riche de ses expériences.
Chaque être humain contient en lui un cocktail unique de ressentis, d'émotions.
Nous abordons tous la vie à travers un prisme, que dis-je, un kaléidoscope qui nous est absolument propre.
Ce qui se trouve devant la lentille, reflété par les miroirs de notre conscience, ce sont nos joies, nos peines, nos douleurs, nos espoirs, nos blessures, nos efforts, nos réussites, nos échecs, la façon dont nous avons géré tout ça, ce passé, ces avenirs... bref c'est unique.
Au cours de notre existence il est rare qu’on éprouve toutes les émotions possibles.
Chaque individu ne vit que ce qu’il expérimente.
Dans mon kaléidoscope, qui n'est autre que mon profil émotionnel, il y a des milliers d'expériences, parfois légères, parfois pesantes, mais dont chacune a son importance.
Certes les quelques 21.856.200 minutes de mon existence n'ont pas toutes été d'une importance cruciale.
Si on se rapporte en heures, cela fait quand même 364.270 heures. Si j'ôte à la louche environ 8h de sommeil par nuit, il me reste encore plus de 240.418 heures d'état de conscience qui ont influé sur mon profil émotionnel.

Pourquoi ces savants calculs?
Parce que ces deux cent quarante mille quatre cent et des brouettes moments ont fait de moi celle que je suis en cet instant 'T" où j'écris.

Je ne suis plus la même que celle que j'étais quand j'ai commencé à écrire ce blog. J'ai changé, au fil des expériences, des émotions, de mes lectures, de mes échanges...

Au cours de ma vie, j'ai eu quelques amitiés. Rares sont celles qui ont perduré.
J'ai du mal à nouer des liens, ainsi qu'à faire confiance.

Mes amitiés sincères, je les ai découvertes ces dernières années.
Auparavant, je connaissais davantage le copinage, c'est à dire des relations superficielles dans lesquelles je jouais un rôle social qui ne correspondait pas à ma personnalité réelle et sincère. Non dans un but de faire semblant, mais par peur du rejet. Je n'avais même pas conscience de me dissimuler ainsi.

Depuis quelques années, j'ai compris qu'avoir des relations sociales saines, basée sur une honnêteté et un respect réciproque est bien plus important pour moi que d'avoir des relations sociales tout court.

C'est ainsi qu'en 2019 un ami m'a affirmé une chose sur ma personnalité, à laquelle je n'ai pas voulu croire. Il m'a dit que j'avais du charisme. Plaît-il? Tu parle de moi, là, t'es sûr? Non parce que... hem... Mais portnawak!

Je n'y croyais pas une seconde. Moi, charismatique? Pfff!
Le charisme est la qualité d'une personne (ou d'un groupe) qui séduit, influence, voire fascine les autres par ses discours, ses attitudes, son tempérament, ses actions.

Cet ami, aujourd'hui décédé, avait lui un véritable charisme à mes yeux.

Par contre sa compagne, bien que j'ai fais des efforts, m'épuisait. J'avais de la sympathie pour elle, mais sa façon de parler, ses attitudes, et sa façon d'être globale, quelque chose d'indéfinissable en soit, me rendait pénibles les moments passés seule à seule avec elle. Je culpabilisais beaucoup de cet état de fait émotionnel, que je jugeais négativement.

Peu à peu, j'ai réalisé que c'était cette qualité spécifique qui m'attire chez les gens et m'en rapproche.
Toutefois un trait de personnalité ne fait pas toute une identité. D'autres éléments sont importants dans mon cœur, comme l'ouverture d'esprit et sans doute des milliers de choses dont je n'ai absolument pas conscience.

Pour moi, l'amitié, c'est partager une relation d'affection mutuelle avec quelqu'un avec qui on se sent libre d'être soi-même, sans fards ni faux semblants, sans être jugé, en toute bienveillance. On peut être en désaccord, ne pas partager les mêmes gouts, les mêmes opinions, mais on sait que l'autre nous respecte en dépit de nos différences. On sait aussi que le dialogue est possible, sans que les passions se déchaînent et mènent au conflit.

Ces trois dernières années, j'ai été en relation avec une personne que j'ai considérée comme une amie.
Je me sentais libre d'être moi même, sans fards ni faux semblants. J'avais le sentiment que nous avions beaucoup en commun.
Cette personne est indéniablement charismatique. Elle a un tempérament fort qui attire l'attention, une présence qui ne laisse pas indifférent. Sur certains sujets spécifiques, elle a un savoir encyclopédique.

Nous nous sommes fréquentées assidument puis un déménagement a mit de la distance entre nous.
Chaque fois que nous nous voyions, je me retrouvais épuisée nerveusement et j'avais l'impression que je me surinvestissais à cause de mon envie de passer du temps avec cette personne.
Puis un autre déménagement nous a rapprochés.
En quelques semaines, j'ai commencé à réaliser que, bien que j'apprécie, respecte et souhaite le meilleur à cette personne, envers qui j'ai une sorte de fascination, quelque chose d'indéfinissable nous séparait.

Peu à peu, j'ai réaliser que fréquenter cette personne était par moment une corvée, que je cherchais à éviter. Je l'ai très mal vécu, car enfin! nous étions amis! Pourquoi ce besoin de distance?

Puis, cette personne a commencé à me demander de modifier mes comportements en sa présence.
D'abord, il a s'agit de ne plus évoquer de sujets négatifs, de me montrer plus "positive".
Pardon? Je suis "négative"? À quels moments? Je ne partageais pas ce sentiment.
Il est vrai que je souffre de troubles anxieux et d'un syndrome fibromyalgique, et très probablement aussi du très génial syndrome de l'intestin irritable. Je n'avais vraiment pas l'impression de passer mon temps à m'en plaindre. En revanche, quand j'ai mal, je ne vois pas pourquoi je le cacherais. Pour moi, rien à voir avec une plainte ni quelque chose de "négatif". J'énonce un fait, qui existe.
Apparemment, je le faisais trop. Ha. Bon. D'accord. Le truc, c'est que c'est un trait de personnalité, pas forcément un choix délibéré. Ne pas le faire, ça c'est un choix délibéré, et ça me demande des efforts importants, qui me plombent considérablement le moral (et donc ça a un impact négatif).

Toutefois, je crois que c'est un point de détail...

Il faut savoir que je suis limitée dans plein de choses.
Les troubles anxieux et la fibromyalgie drainent mon énergie.
Je dispose d'une sorte de jauge pour la journée et pour la semaine et dois veiller à utiliser mes forces avec parcimonie, en respectant mes limites.
Normalement, je connais bien mes limites.
Toutefois, très, très souvent, auprès de cette personne, j'ai dû partir précocement, me reposer ou subir des crises d'angoisse, frappée violemment par une dépassement inattendu desdites limites!

Je ne comprenais pas, comme souvent quand je ne veux pas accepter certaines choses.

J'ai persisté à refuser de regarder la réalité en face, jusqu'à ce que cette personne revienne vivre plus près de chez moi... Au début, j'étais très heureuse, mais j'ai déchanté. J'ai commencé à me sentir très mal, psychologiquement et physiquement. C'est seulement là, la semaine dernière, que j'ai regardé les choses en face.

Cette réalité, qui est la mienne, et dont personne n'est responsable, c'est que quand je passais du temps avec cette personne, même par messages instantanés, ça me pompait littéralement mon énergie.

On a tous entendu parler de "vampires énergétiques".
Ce terme désigne une personne qui draine l'énergie mentale et émotionnelle des autres. Elle "profite" de leur sens de l'écoute et de leur empathie pour satisfaire ses propres besoins, et n'offre pas son soutien en retour. Je pense cependant que nous sommes tous le vampire potentiel d'une autre personne.

Toujours est-il que c'est un phénomène qui est très difficile à accepter quand il se produit avec une personne qu'on apprécie. Pourtant, c'est important d'en prendre conscience.

J'ai pris conscience du problème lorsque cette personne s'est mise à me reprocher d'avoir sollicité un service à un ami commun, de lui avoir proposé un café... certes, c'étaient des moments qui nous étaient communs. Toutefois, les reproches qui s'en sont suivis étaient disproportionnés, à mes yeux, par rapport aux incidents de communication...

J'ai été inondée de messages visant à me faire prendre conscience que je n'aurais pas été franche, que j'aurais caché mes intentions véritables, que j'aurais cherché ceci, ou cela, que je serais trop centrée sur le négatif, que je ne tiendrais pas compte des émotions des autres... J'ai eu à faire face à une véritable avalanche de messages... mes réponses ont été accueillies avec mépris. Un langage trop soutenu, des messages trop longs, trop fatiguant à lire... J'ai essayé de prendre du recul. Pas facile, quand l'affectif entre en jeu.

Peu à peu, j'ai regardé le problème en face: ce ne sont pas les faits le problème.
Le problème, c'est la relation elle même.

Même si une personne m'intéresse, que j'ai envie de passer du temps avec elle, de la fréquenter... si je me rend compte que cette relation m'épuise, peut être mieux vaut-il que j'y mette fin.

J'aurais envie de continuer à être présente... mais je constate que c'est impossible.
Mes tentatives de... de quoi, d'ailleurs? Je ne sais plus trop.
Serait-ce pour avoir le dernier mot... Non: j'ouvre mon PC, constate qu'il y a un message qui avance que, ne m'étant jamais "sentie écoutée" par cette personne (comprise, en réalité), la conclusion était que nous n'aurions jamais étés amis...
J'ai eu l'idée idiote de répondre.
Une réponse courte.
Suivie de la sienne.
Il y était pointé une sorte de manque de respect de de ma part d'une spécificité de cette personne.
Pas du tout: j'avais toujours supposé qu'elle bénéficiait d'une application l'aidant avec ça...
J'ai fais une réponse courte, sans affect, suggérant une telle appli.
Réaction longue et agressive.
Alors oui, peut être que je voulais avoir le dernier mot, face à ce rejet de principe.
Le dernier message a été de trop, je pense... À "Arrête de m'envoyer des messages!", je me suis permis d'envoyer "Arrête de me répondre."

Cependant, je souligne que la conclusion de cette personne, qui tendrait vers le fait que nous n'ayons jamais étés liées par de l'amitié, est à mon sens extrême: entre être amis et se détester rageusement, voire être indifférents l'un à l'autre, il y a une multitude d'émotions diverses. L'indifférence étant un sentiment d'une personne qui ne se sent pas concernée ou touchée, qui n'accorde aucun intérêt, aucune attention à quelqu'un ou quelque chose.

Cette personne ne m'est et ne me sera probablement jamais indifférente.
Pour l'instant je suis soulagée, frustrée, un peu rageuse face à un refus d'écoute, mais en même temps touchée et triste parce qu'elle est blessée, et je ne lui veux aucun mal.
Je ne suis absolument pas indifférente.

Tous les humains ne sont pas compatibles entre eux.

En tant qu'individus, nous cohabiterons, car nous partageons des affinités communes et fréquentons des lieux en commun. Nous nous croiserons donc forcément. Cela rend certainement les choses plus difficiles, pour tout le monde, y compris les gens qui gravitent autour de nous.

Ainsi va la vie.

lundi 6 janvier 2020

Recentrage

Début 2018, j'ambitionnais de rejoindre un BTS en alternance en Économie Sociale et Familiale. Après avoir reçu quelques conseils de ma tante, j'avais regardé en direction du BTS SP3S (Services et prestations des secteurs sanitaire et social), malheureusement j'ai très vite compris que je courrais à l'échec. Pas tant scolaire qu'émotionnel, nerveux, dépressif... bref, psychiquement, c'était dangereux pour moi.
En conséquence de cela, j'ai laissé de coté l'éventualité de reprendre des études et décidé de m'investir dans un GEM (Groupe d'Entraide Mutuelle). En l’occurrence, le GEM Être ensemble, situé dans le quartier le L'Houmeau, à Angoulême.

Je cherchais avant tout à participer à des activités socialisantes, ainsi qu'à trouver une place sociale active, à défaut d'avoir un emploi.

J'ai essayé.
Malheureusement, même après avoir été élue Secrétaire de l'association, je peine à trouver ma place.

Je souhaitais participer à des activités mais l'année 2019 n'a guère répondu à mes attentes (sans doute suis-je trop exigeante, bien entendu).

J'ai bien entendu fais de belles découvertes (la rencontre avec l'association Sport pour tous 16, dont je suis à présent adhérente, par exemple), mais cela ne suffit pas à compenser le stress que je m'inflige actuellement.

J'ai souhaité rejoindre le Bureau de l'association pour avoir une influence sur l'association et ses orientations, mais rien que pour cela, la charge mentale occasionnée me déstabilise.

Ces derniers mois, j'ai vu mon équilibre se déliter, ce qui m'oblige à me recentrer sur mes besoins.
Être secrétaire d'association n'est franchement pas au cœur de mes préoccupations actuelles.

Si j'ai bel et bien envie de continuer à avoir une part active dans le GEM Être ensemble (dans les activités et les rencontres), je tolère de plus en plus mal les réunions récurrentes et les comptes rendus qui en découlent. Qui plus est, ces réunions ayant lieu le matin à des horaires où je pourrais participer à de la marche nordique, activité qui contribue fortement à apaiser mon anxiété, mon agacement croît de séance en séance. Je me sens flouée.

Nouvelle année, nouveau recentrage.

Pour accorder la priorité à ma stabilité psychique, je ne serais pas candidate à ma réélection en mai prochain.

samedi 19 août 2017

Trop parler faciliterait l'incompréhension ?

Moins les gens que je fréquente en savent sur ma vie, moins il y a de risques de problèmes d'incompréhensions et de quiproquos.

Ma vie personnelle ne regarde pas la plupart des gens que je fréquente dans la vie.
L'amitié est un type de relation qui prend des mois voire des années pour se construire donc, hors de ce cadre, en dire le moins possible.

En cas de questions de la part des personnes que je "connais" simplement, répondre de manière fermée par oui ou par non, sans entrer dans les détails, et si les questions sont plus précises, prendre des raccourcis, faire des ellipses, voire commettre des omissions.
Dans tous les cas, ne pas "raconter ma vie".
C'est une vilaine habitude.
Au mieux les gens s'en foutent, au pire, ils peuvent essayer de s'en servir contre moi et surtout, souvent c'est plutôt mal perçu.

Ha et puis aussi : éviter de chercher à susciter une certaine intimité avec les gens juste parce que je me sens seule (ce qui me conduit à me confier et en avant la galère!). Qui plus est je suis généralement déçue, donc... inutile de me perdre dans les nébuleuses de mon histoire personnelle.



Trop parler de moi aux gens que je fréquente superficiellement facilite souvent leur incompréhension me concernant...!

Et ça, parce que :


Les gens qui ne me connaissent pas, ou qui ont une vision superficielle de ma personnalité commettent souvent des erreurs de jugement me concernant.

Il s'agit en fait généralement de problèmes d'incompréhensions réciproques et de quiproquos quant à ce que les uns et les autres pensent ou croient que je pense, ou ce que je crois qu'ils pensent.

En outre mes idées, même si elles suivent une trame générale "stable" ont tendance à varier en fonction de mon état d'esprit, des événements auxquels j'ai été confrontée, des personnes que je fréquente et de l'attachement que je leur porte et d'une foule d'autres "détails".

Je n'ai jamais réussi à me "faire" au discours pourtant récurent selon lequel je serais une menteuse et que je reviendrais sur ma parole.

En général, les personnes qui me tiennent ce type de discours sont des personnes pleines de rigueur morale (quelle que soit cette morale) et dont les idées sont fermement ancrées, ne variant que très peu dans le temps. Je dirais que ce sont des gens sur qui les variables extérieures ont peu d'influence quant à leur manière de penser. Du moins c'est l'impression qu'ils me donnent.

Il y a encore peu de temps, j'étais souvent très blessée quand je suscitais de telles réactions.
Je ne les comprenais absolument pas et les trouvais donc profondément injustes et injustifiées.

Aujourd'hui, je comprend un peu mieux cette façon de voir les choses, et même si je suis encore blessée (je ne peux pas m'empêcher de ressentir cette souffrance intime), je comprend davantage ce type de point de vue, et surtout, d'où il sort (c'est à dire pas du chapeau d'un magicien).

Les choses sont à la fois simples (pour moi, parce que je me connais) et extrêmement compliquées à expliquer.

Il est très fréquent que je ne comprenne pas les gens, leurs intentions, leurs attentes...
Pendant très longtemps (et même encore parfois), j'ai fais en sorte d'adapter mon comportement en fonction de ce que je pensais être les attentes des autres (c'est idiot et pas du tout rigoureux). Et ce pour la raison simple que je ne savais pas vraiment quelles étaient mes attentes et mes volontés propres.
Je ne suis pas aussi "ancrée" dans mes positions que la plupart des gens. Y compris ceux qui n'ont pas d'opinions ou de valeurs.
Je me sens un peu comme un palétuvier... Ces arbres qu'on trouve dans les mangroves, qui ont la particularité de ne pas véritablement s'enraciner. Ils ne sont véritablement fixés à la mangrove elle même que lorsque leur système racinaire s'entremêle à celui des autres arbres. Sans cela, il arrive qu'on en trouve des solitaires, allant à la dérive, bien en vie, mais changeant d'emplacement avec les flux et reflux des marées...


Pendant la plus grande partie de ma vie j'ai été ballotée entre des incitations à avoir mes propres idées, envies et volontés, et des comportements agressifs venant contredire ces incitations (mes idées, envies etc étant jugée comme n'étant pas les "bonnes" par tel ou telle autre).

C'est compliqué de se construire quand on est tiraillé entre l'idée qu'on a droit à être un individu à part entière (une individualité) et celles, induites par des tiers ou par des expériences de vies, que notre état est "non conforme" aux attentes des autres... surtout quand on est tenaillé par la peur de déplaire.

La vérité est que je commence à peine à savoir qui je suis, ce que je veux ou pas, ce que j'aime ou non, quelles sont mes opinions sur tel ou tel sujet, quels sont mes vrais besoins, quelles sont mes envies, et parmi celles-ci, quelles sont celles qui sont compatibles avec mes besoins.

Je pense que la plupart des gens se construisent sans avoir besoin de penser à ce genre de choses... Ils acquièrent une maturité émotionnelle et intellectuelle via des automatismes, qui s'inscrivent spontanément dans leur mode de fonctionnement général. Ils tracent leur route, quelle qu'elle soit.


Je ne suis pas comme ça. Je ne dispose pas d'automatismes similaires. En fait je bricole et je bidouille ma conduite au fur et à mesure, en m'efforçant de rester sur le chemin, peu importe lequel, pour peu qu'il ne me conduise pas dans un ravin ou une impasse...


Bref, je commence à peine à "trouver le cap".

Jusqu'à il a bien peu de temps, j'étais constamment perdue et hésitante.
J'en suis encore à faire des essais et des erreurs et à ne pas apprendre de mes erreurs, et donc les reproduire. Pire qu'un gamin, quoi!

Bon, en fait, je n'en suis plus tout à fait encore là.
Cependant, même si je suis désormais plus attentive à mes erreurs, de sorte que j'arrive à me concentrer pour les corriger, je dois quand même apprendre. Or apprendre des comportements sociaux à trente-cinq berges, c'est difficile et parfois vraiment douloureux.

Pour me connaître moi même et acquérir les "bons" automatismes, j'ai besoin de points de référence clairement enregistrés, compris et assimilés.

Sur certains points, ça me demande un effort intellectuel intense, qui inclut éventuellement de prendre des notes écrites et de les réviser. Carrément la honte...😖

Merveille des merveilles, j'ai enfin compris que je devais aussi trouver des compromis entre mes envies et mes besoins, ou entre mes envies et certains éléments extérieurs qui me tiennent à cœur...
Vraiment la honte.😣

De tels compromis impliquent parfois une grande frustration, mais je pense que ça fait partie de la vie et que je dois l'accepter au lieu d'essayer de contourner le problème, parce que... ben.. je ne sais pas franchement tricher. En tout cas ça m'arrache les tripes, donc tant qu'à faire, je préfère m'abstenir.😱

Je trouve humiliant de devoir avouer à certaines personnes auxquelles je tiens les tiraillements que j'éprouve entre mes envies divergentes. Les difficultés que j'éprouve à faire des choix constituent une grande source d'angoisse.

Il est fréquent que je me dise que l'inaction, l'inertie et l'enfermement constitueraient une solution simple et facile. Sauf que je n'en veux pas. Ça n'est pas une vie, ça, alors que je veux vivre, justement, m'épanouir.

Donc je dois faire des choix.
Comme je tâtonne, je fais des erreurs et parfois j'en souffre, mais j’apprends.
Je me connais mieux et je connais mieux les autres.
 
J'essaie de sortir des vieux schémas où je voulais me protéger à tout prix des sentiments désagréables (sans gros succès, d'ailleurs).

Comme j'ai encore peur de ce que les personnes auxquelles je tiens pourraient penser de mes comportements, à présent j'essaie de leur en parler, au lieu de laisser planer le doute. Si je ne suis pas sûre d'avoir bien compris, je demande des éclaircissements et surtout j'explique pourquoi je ne comprends pas (parce que je sais que je fonctionne d'une manière différente et que les autres peuvent ne pas comprendre... que je ne comprenne pas!).
Je ne sais pas comment font les gens "ordinaires" pour gérer les interactions sociales et leur diversité. Il paraît qu'il y a quelque chose d'inné que je n'ai pas... et ça se greffe pas, apparemment.
J'aimerais sincèrement mieux comprendre les autres, mais je pense que je me suis beaucoup trop entravée ces dernières années par mes tentatives de compréhension internes...


Ne pouvant pas fonctionner comme la majorité des gens, je dois régulièrement mettre en place des comportements adaptatifs destinés à pallier mes défaillances.
Je dois apprendre à contourner mes problèmes de perception sociale, parce que je ne veux plus continuer à me mettre dans des situations conflictuelles simplement parce que je n'ai pas su prendre la mesure de mes actes.
Je comprend mal les gens. OK.
J'oublie certaines choses les concernant alors qu'elles sont parfois essentielles pour les respecter. Et m....!

Quand je parle de défaillances dans ma perception sociale, je veux dire que je n'arrive pas à comprendre les gens, leur façon de fonctionner, de penser... c'est une chose qui m'est généralement complètement étrangère.

Ceci me place parfois dans des situations de grande confusion et de détresse psychique.
Ça s'est atténué avec le temps, mais c'est toujours très présent.

Généralement, les personnes avec lesquelles j'éprouve encore ce genre de confusion sont précisément celles auxquelles je suis la plus attachée, avec lesquelles j'ai des relations humaines réelles (et non superficielles).
Les relations superficielles, à faible investissement émotionnel, et sans partage relatif à mon identité, mon histoire, mon vécu, mes "valises" me posent rarement des problèmes. Ou alors c'est parce que la relation est de toute façon destinée à rester superficielle, parce qu'elle a une nature professionnelle par exemple.

Malheureusement, j'ai longtemps eu la mauvaise habitude de partager de nombreuses informations sur moi avec les autres. J'essaie de ne plus le faire, ou du moins de prendre des raccourcis (très, très raccourcis, si possible).🙊

C'est important, parce que j'ai fini par comprendre que c'est humain d’inférer toute une suite de conclusions et comportements face à ce que dit ou montre un autre être humain. C'est de la psychologie sociale de base.😏
Mouais... mais moi je tend à justement à pas trop tirer de conclusions, genre je pars du principe que même si untel me dit des trucs sur sa vie, ça me permet pas de savoir qui il est, ce qu'il aime, ce qu'il attend de la vie, de moi ou de son taf...

Sur la base de la psychologie sociale de base, fondée sur le plus grand nombre, ce que je montre de moi influence pratiquement systématiquement la perception et l'attitude des personnes avec lesquelles j’interagis.

À plus de 35 ans, j'ai fini par comprendre que, si je n'y prête pas garde, lorsque je parle de moi, de mon vécu, de mes émotions... ou bien en fonction de ma façon de m'exprimer et de me comporter... le tout passant par le prisme de mon mode de pensée personnel (et dysfonctionnel par rapport au plus grand nombre), je peux générer chez les autres des émotions en totale dichotomie avec ma réalité.
C'est comme écouter la description d'un paysage très coloré faite par un daltonien. Une personne dotée d'une vue "normale" pourra être interloquée, se moquer, penser qu'on se moque d'elle, etc, alors qu'à la base, tout est une simple question de perception.

Malheureusement comme je fonctionne de manière non conventionnelle par rapport à la majorité des personnes, en général, les perceptions, conclusions et toutes autres formes d'allégations que peuvent avoir les autres me concernant risquent fort de se trouver totalement faussées.👹

Comme la majorité l'emporte, c'est à moi d'être plus attentive.
Mieux vaut exprimer moins de choses que de passer pour ce que je ne suis pas.

De rares personnes comprennent mes dysfonctionnement et arrivent à les contourner. Mais c'est compliqué, et il serait temps que je fasse un peu plus d'efforts pour leur faciliter la vie... D'autant que ceux qui ne me connaissent pas, ou pas bien, eux, vont souvent penser qu'ils me connaissent parce que je leur aurais dis plein de choses, et divers quiproquos risquent fort d'émerger.

Je fais donc, depuis quelques temps, des efforts assez intenses pour ne plus partager avec les autres qu'une quantité d'informations limitées, de sorte à limiter les incompréhensions réciproques. C'est extrêmement frustrant, mais c'est de toute évidence nécessaire.


Il existe un champ d'incompréhension particulier dans mes relations avec les autres : celui des choix.

À quelques exceptions près, très spécifiques, j'ai d'immenses difficultés à savoir ce que je veux, quelles sont mes envies et, par dessus tout, à faire des choix.

Mon indécision est problématique. En plus elle est variable, ce qui ne simplifie la vie à personne.
Quand je ne sais pas ce que je veux, ça peut être parce que j'ai peur de ne pas faire le bon choix, mais parfois c'est simplement parce que je ne sais vraiment pas du tout ce que je veux, ce dont j'ai envie, ce à quoi j'aspire. Les autres n'apprécient généralement pas et le moins que je puisse dire, c'est que je partage ce sentiment avec eux...

Par le passé, je me suis trouvée à plusieurs reprises dans des situations où mon indécision, ma mauvaise compréhension de l'Humain et des attentes des tiers, m'ont placée en mauvaise posture. Agressée verbalement, insultée de différentes manières, traitée avec mépris pour avoir changé d'avis, ou "manqué à ma parole" (que je ne me souvenais pas avoir donnée... mais il semblerait que pour certaines personnes, le simple fait de dire une chose soit une forme de promesse, ce qui est un autre problème).

Pendant très, très longtemps, je n'ai pas compris les réactions des autres, qui me semblaient "excessives" face à mes revirements ou mes choix.💣
Maintenant, je comprends un peu mieux ces mouvements d'humeur, cette colère que je peux susciter involontairement par moment, parce que je me suis engagée dans une voie, que je réalise qu'elle ne me convient pas et que je "rebrousse chemin".
Pour beaucoup de gens, je "retourne ma veste", je "change de bord", et jusqu'il y a peu de temps, je ne comprenais pas qu'ils puissent m'en vouloir de m'être trompée et d'avoir choisi de corriger une ou plusieurs erreurs.

Ma mère m'a souvent dit que c'est comme ça qu'on apprend: en faisant des erreurs.
Le soucis c'est que j'en fais beaucoup et que j'ai eu tendance à ne pas très voir où je m'étais planté, et donc à ne pas en tirer de leçon... et reproduire les mêmes erreurs.

Il paraît que je me pose trop de questions...
Bha figurez vous qu'à une époque, je ne m'en posais pas: moi j'étais Calimero, le monde était injuste avec moi, et c'était tout. J'écrivais pour tartiner d'injustices incompréhensibles des cahiers et des logiciels de traitement de texte...

Certes, je me remettais en cause de manière intermittente, je me posais beaucoup de questions sur moi, mais malgré tout, je tendais à penser "l'enfer, c'est les autres".

J'ai changé d'approche.
Depuis quelques années, je me pose énormément de questions (d'où les pavés postés sur ce blog), et, petit progrès récent, je cherche maintenant aussi à formuler des réponses concises que je puisse retenir facilement, quitte à me les répéter comme des mantras tous les matins...

Ici aussi, donc, ma meilleure compréhension m'incite à davantage de retenue.

Autant je peux me permettre d'exposer mon vécu ici, autant dans la vie, je dois prendre exemple sur les autres et garder une retenue, apprendre à faire usage d'ellipses et omissions concernant mon vécu, mes opinions, mes choix...

C'est un exercice très difficile de mon point de vue, mais je pense que ça n'est qu'un nouvel automatisme à mettre en place, même s'il me demande un effort conscient permanent.
Récemment, ça m'a même littéralement donné des boutons...

Je crois que le jeu vaut la chandelle.
"Mieux vaut allumer une chandelle que maudire l'obscurité".


Les gens sont trop prompts à juger, et surtout à penser que mes comportements inadaptés sont volontaires, alors autant les effacer du mieux que je peux. Si le contexte nécessite que j'explique un peu les choses, je le ferais, mais mieux vaut m'en abstenir en règle générale.

mercredi 21 décembre 2016

"Deviens qui tu es"... facile à dire.

Comme tout le monde, je pense, j'ai besoin de sécurité affective.
De sécurité tout court.

Pendant des années, je ne suis pas aimée.
J'avais des opinions bien ancrées, citées dans mes récents billets, mais j'étais oppressée par le sentiment de me mettre à l'écart.

C'est difficile d'être fidèle à soi même dans ces conditions, de ne pas se laisser emporter par les attentes (réelles ou supposées) des autres.

S'aimer soi même n'est pas si facile que ça.
Surtout quand on est une personne comme moi.
C'est douloureux et angoissant, la plupart du temps.

J'ai besoin d'aimer.
Trouver une personne avec qui je me sens bien, en accord, avec qui j'ai envie de passer du temps et  de construire une relation reste une chose essentielle pour moi. J'ai besoin d'une résonance, d'être "au diapason".
Trouver une telle personne, se trouver et se reconnaître, c'est une chose qui se ressent et qui se construit, également, qui demande des ajustements...

Il n'y a pas de réponses universelles aux questions que je me pose, aux problèmes qui me harcèlent.
C'est à moi de trouver mes réponses... ou à nous...

J'ai besoin d'être en accord avec moi même, mais aussi de me sentir en accord avec les personnes que j'aime, et réciproquement.

Ne pas aimer, pour moi, c'est aussi perdre une partie de mon bonheur de vivre.

Mes changements perpétuels m'épuisent et je suis effrayée à l'idée d'épuiser les autres dans mon sillage.
 
La vie, nos expériences, nos rencontres font évoluer nos consciences, nos envies, nos désirs, et ébranlent parfois des convictions profondes.

Je veux continuer de vivre seule, sans pour autant me refermer sur moi même.
Je veux aussi conserver ma liberté, mon libre-arbitre. Mais pas de manière égo-centrée.
Je continue de me sentir profondément polyamoureuse, polysexuelle, polyfidèle, et polyculturelle aussi...

Cela ne nuit pas à mon désir d'engagement, en fin de compte.
L'engagement envers l'autre, les autres, passe par une alchimie complexe faite d'équilibre entre l'amour que je me porte et celui que je porte aux autres, l'amour de ma liberté et de celle des autres, le besoin d'être autonome et celui d'être ensemble, le besoin d'amitié, de désirer et d'aimer tout en même temps.

Il n'y a qu'avec les autres, finalement, que je peux résoudre mes dilemmes, solutionner mes paradoxes. Dans une confiance mutuelle.