J'évoque de plus en plus souvent dans mes billets de blog mon hypermnésie.
J'en ai parlé au mois de mars, mais je n'ai pas expliqué comment j'ai découvert en moi ce capacité rare.
J'en ai parlé au mois de mars, mais je n'ai pas expliqué comment j'ai découvert en moi ce capacité rare.
Se souvenir des événements passés dans avec une foule de détails, les revisiter de manière méthodique et revivre des émotions passées, c'est la particularité des personnes qui présentent une hypermnésie autobiographique. Cette capacité fascinante est encore très mal connue. Avoir une mémoire exceptionnelle de sa propre vie, ça ne me le semble pas, à moi, tant que ça: je le vis de l'intérieur depuis 44 ans.
Je ne suis pas littéralement hyperthymésique, car je ne me souviens pas des dates et des jours. Le détail absolu de mon passé reste vague.
Je ne suis pas littéralement hyperthymésique, car je ne me souviens pas des dates et des jours. Le détail absolu de mon passé reste vague.
L’hyperthymésie, aussi appelée mémoire autobiographique hautement supérieure (HSAM), est une capacité qui se caractérise par la faculté de se souvenir, de façon très précise et détaillée, d’événements personnels vécus au cours de sa vie. Ce type de mémoire est extrêmement rare et ne me concerne pas.
La mémoire autobiographique désigne notre capacité à tous de nous souvenir des expériences qui composent notre vie depuis l’enfance. Elle est faite de souvenirs émotionnels et sensoriels de lieux, moments et personnes, mais aussi d’un ensemble d’informations factuelles (comme des noms et des dates) qui nous permettent de nous repérer lorsque nous tentons de convoquer un épisode du passé.
Pour la plupart des gens, ces souvenirs sont plus ou moins précis en fonction de leur ancienneté ou de l’importance qu’ils leur accordent. En raison du caractère dynamique de la mémoire, ils perdent en netteté au cours du temps, s’évanouissent tout à fait, ou sont partiellement réécrits. Mais un petit nombre de personnes (quelques cas seulement ont été décrits dans la littérature scientifique) ont accès à une telle profusion de détails autobiographiques qu’elles peuvent associer des événements précis à n’importe quelle date du calendrier.
Ce n'est pas mon cas.
Toutefois j'ai quand même une mémoire autobiographique inhabituellement performante. Fondée sur l'émotion et non sur la chronologie. Mon archivage n'est pas une superposition de pages calendaires détaillées, mais une sorte de nébuleuse en arborescence avec des points de corrélation. C'est donc plus compliqué de récupérer certaines informations, pour lesquelles j'ai besoin d'indices. Ils peuvent être sensoriels.
J'ai eu la révélation de la réalité de cette forme d'hypermnésie le jour où je me suis enquise auprès de mes parents de la nature d'un souvenir précis dont la date et le lieu m'avait toujours échappé.
C'est un excellent souvenir, d'une précision sensorielle remarquable. Il est pour moi devenu le symbole de ma capacité précoce de capturer l'émerveillement pur.
C'est l'été. Il fait chaud.
On est, avec mes parents, en présence d'autres personnes, qui sont à l'aise, discutent entre elles, rient.
C'est l'été. Il fait chaud.
On est, avec mes parents, en présence d'autres personnes, qui sont à l'aise, discutent entre elles, rient.
Il y a une grande bâtisse typique, monolithique avec ses deux étages et grenier, au milieu de la cour entourée de murs, contre lesquels se tiennent diverses dépendance. Ce n'est pas un endroit qui m'est familier, mais je m'y sens bien. Un repas se fait dans la cour, justement devant cette grande maison.
Il y a une très agréable odeur de grillades et ça me plait beaucoup.
Il fait nuit. Un événement se prépare mais je ne sais pas trop quoi et je suis curieuse.
J'entend la voix de ma mère tandis que mon regard se pose sur une petite fille de deux ans et demi ou trois ans, endormie dans une poussette: "elle s'est endormie, tant pis".
Ensuite, c'est merveilleux et fascinant: des gens tendent des flammes vers des roues accrochées à des piquets. Le bruit ne m'effraie pas: je suis fascinée par ces cercles qui brillent dans la nuit, qui crépitent et qui tournent, propulsées par des étincelles dorées.
Il fait nuit. Un événement se prépare mais je ne sais pas trop quoi et je suis curieuse.
J'entend la voix de ma mère tandis que mon regard se pose sur une petite fille de deux ans et demi ou trois ans, endormie dans une poussette: "elle s'est endormie, tant pis".
Ensuite, c'est merveilleux et fascinant: des gens tendent des flammes vers des roues accrochées à des piquets. Le bruit ne m'effraie pas: je suis fascinée par ces cercles qui brillent dans la nuit, qui crépitent et qui tournent, propulsées par des étincelles dorées.
Le souvenir s'arrête là.
Il y a quelques mois (plus de 6 et moins que 36, c'est vous dire si c'est vague), j'ai parlé de cet évènement lors d'un repas de famille (je ne sais absolument pas si c'était chez mes parents, chez ma sœur ou dans un autre contexte). Mon père écoutait et ma mère semblait distraite, jusqu'à ce qu'elle s'écrie "Mais tu ne peux pas t'en souvenir! Tu étais encore au sein!".
Elle se souvenait aussi, mais c'était beaucoup plus flou pour elle. Elle a discuté avec papa de cette soirée, disant que c'était chez (je crois) une sage-femme, ou quelque chose comme ça. Mon père n'avait pas l'air de se souvenir, lui.
La petite fille endormie dans sa poussette, c'était ma sœur. Moi j'étais dans le porte-bébé, contre la poitrine de ma mère.
Elle se souvenait aussi, mais c'était beaucoup plus flou pour elle. Elle a discuté avec papa de cette soirée, disant que c'était chez (je crois) une sage-femme, ou quelque chose comme ça. Mon père n'avait pas l'air de se souvenir, lui.
La petite fille endormie dans sa poussette, c'était ma sœur. Moi j'étais dans le porte-bébé, contre la poitrine de ma mère.
Je sais aujourd'hui que les feux d'artifice étaient des soleils ou girandoles. Ce sont des roues de Catherine équipées de fontaines pyrotechniques.
La précision sensorielle demeure comme une évidence.
L’odeur (les grillades) ; le visuel (les roues de feux de Bengale) ; l'auditif (la phrase sur ma sœur) ; le kinesthésique (le sentiment de bien-être et l'appétit).
C'est le plus beau souvenir de ma vie, et c'est aussi mon tout premier.
Mais... C’est le paradoxe de ma situation : cette même mémoire, capable de capturer l'émerveillement pur 😍 à un âge où la plupart des gens n'ont que des souvenirs fragmentaires, est celle qui a aussi, par la suite, cartographiée l'insécurité.

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