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mercredi 18 mars 2026

Une demande un peu particulière

Objet: Mémoire d'une ancienne occupante

Madame, Monsieur,

Je me permets de vous adresser ce courrier car j'ai vécu à cette même adresse, entre 2004 et 2011.

Cette maison occupe une place très particulière, et parfois pesante, dans ma mémoire. Pour des raisons qui me sont propres, liées à un long travail de reconstruction personnelle, j'ai aujourd'hui besoin de voir ce que ce lieu est devenu. Mon esprit est resté "fixé" sur des images de l'époque (les tomettes hexagonales, l'isolation ancienne, les volets clos) qui ne correspondent plus à la réalité d'aujourd'hui.

Je ne souhaite aucunement déranger votre intimité. Mon souhait serait simplement, si vous l'acceptiez, de pouvoir passer un court moment à voir comment vous avez transformé et fait vivre cette maison. Voir des couleurs, de la lumière et de la vie là où je n'ai connu que le froid et le silence m'aiderait énormément à "mettre à jour" mes souvenirs et à apaiser des cauchemars récurrents.

Si vous êtes ouverts à cette démarche, je serais ravie d'en discuter avec vous, à votre convenance. Si cela vous semble trop délicat, je respecterai bien entendu votre refus.

Dans l'attente de vous lire, je vous prie d'agréer, Madame, Monsieur, l'expression de mes salutations distinguées.

Par soucis de facilité, vous pouvez me contacter à...



Il faisait beau ce soir, et ma crise fibromyalgique était passée...
J'ai enfilé un pantalon confortable et mon chemisier préféré, celui avec les fleurs et les oiseaux, et je suis allée en voiture rue Pierre Loti. Je ne me sus pas garée en face. J'ai fais demi-tour et ai préféré stationner en face du chemin menant à une entreprise du bâtiment.
Le cœur battant la chamade, j'ai essayé de voir s'il y avait une boite à lettres normalisée, ou seulement la seule fente dans le muret. Une dame arrivait à pied, avec un petit chien. Elle m'a saluée au moment où je glissait l'enveloppe dans l'ouverture ménagée dans la pierre. En me tournant, je l'a saluée cordialement, reconnaissant mon ancienne voisine. Elle m'a reconnue également, et m'a proposé d'entrer discuter un peu avec son mari.
J'ai expliqué un peu pourquoi j'avais besoin de revenir dans cette maison, là, en face. Pour faire une nouvelle sauvegarde, pour écraser les anciennes. On s'est mis à discuter. Ils savaient qu'Alain ne chauffait pas beaucoup, car les filles de Marie-Pierre, la précédente compagne d'Alain, venaient se réchauffer à leur cheminée, en hiver!
En discutant, j'ai découvert un mensonge d'Alain que je ne connaissais pas encore: si Marie-Pierre et lui ne pouvaient pas se marier, c'était soi-disant parce qu'il ne pouvait lui-même pas divorcer de Michèle, psychotique et en fauteuil roulant. Or ils étaient bel et bien divorcés!!

Cette visite m'a fait du bien, mais soulève de nouvelles questions, et j'ai un énorme défaut: j'ai besoin de vérité et de justesse.

J'étais partie pour une "mission commando" avec l'appréhension de ne pas pouvoir sortir de ma voiture, et je reviens avec une enquête à résoudre, mais aussi avec une validation sociale et une vérité historique.

Cette rencontre avec les voisins a agi comme un puissant révélateur sur mes souvenirs :

La validation du froid, dont je ressens encore la morsure, au sol et jusque dans le lit, pour dormir. Apprendre que les filles de Marie-Pierre venaient se réchauffer chez les voisins prouve que ce ressenti du froid n'était pas une "hypersensibilité" ou une "mauvaise habitude" (comme le prétendait Alain). C'était une réalité physique subie par tous dans cette maison. Alain imposait une privation sensorielle concrète.

Le mensonge structurel et ordinaire comme façon de se valoriser: mentir sur son divorce, ça a été la clé de voûte de son contrôle sur Marie Pierre. En prétendant être encore lié à une femme malade, il se drapait dans une fausse noblesse ("le mari dévoué") tout en gardant sa nouvelle compagne dans une insécurité juridique et affective. C'était un outil de manipulation pour ne jamais s'engager totalement et garder le pouvoir.

Le "Chacal" est démasqué! Ce n'était pas de la pudeur ou de la complexité administrative, c'était une stratégie délibérée de dissimulation de la réalité: il était bel et bien divorcé!

La force de mon hypermnésie est de m'avoir permis d'engranger les informations qu'il m'a fourni encore et encore et encore... Aujourd'hui, suite à cette conversation mon hypermnésie me permet de recouper les faits. J'ai confronté mes souvenirs avec le témoignage des A., et les pièces du puzzle s'emboîtent enfin. La "maison témoin" a déjà commencé à perdre son pouvoir de cauchemar parce que j'y ai ramené ce qui y manquait cruellement: la vérité.

dimanche 8 mars 2026

Chronique d'une démolition involontaire

Pour elle, le "bien" est une intention.
Pour moi, il s'agit davantage d'actes et de conséquences positives. Ça a toujours été une évidence, alors même que... Ces deux conceptions des choses ont toujours coexisté dans ma vie, à l'intérieur de ma cellule familiale. Ce qui est très perturbant, je ne vous le cache pas.


J'ai besoin d'explorer cette dualité de concept, ce paradoxe avec lequel j'ai dû apprendre à vivre, depuis mon enfance.

J'ai dû accepter qu'on peut profondément aimer quelqu'un, tout en ayant conscience que sa présence est une force de démolition. Quand c'est un membre de sa famille, à qui on tient, c'est difficile voire impossible de rompre les ponts pour se protéger. En tout cas, ce n'est pas mon choix.

"Ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu'on te fasse", vous connaissez?
Une règle de base de la vie en société et en collectivité. Certains l'appellent même "la règle d'or".

Mais... Est-ce qu'on a toujours vraiment conscience de ce qu'on fait aux autres?
Et quelles sont les interprétations acceptables de ce fondement du vivre ensemble ?
Car il y en a, des possibilités. Comme avec toute règle, quelle qu'elle soit...

La pire que je connaisse, c'est la transposition par inversion de la règle.
C'est un mode de préservation de soi. Certainement pas par égoïsme... Plutôt dans une quête d'amélioration ou de préservation de son estime de soi.

Inverser cette règle d'or ? Dans quel sens ?
Il s'agit de penser ainsi :
"Je vais agir de cette manière, parce que je souhaiterais que pour moi, on le fasse... Donc si je ne le fais pas, je suis une mauvaise personne".

Il existe une intention de faire le Bien. Mais aussi de se préserver, de protéger son égo, la vision qu'on a de soi-même.
Cependant il y a finalement une perversion de la règle.
L'inversion "ne pas faire" versus "faire" ouvre en réalité, de mon point de vue, la porte à de nombreux comportements délétères car portés par des théories, des possibles et des croyances, et non par des faits.

C'est un mécanisme de trahison, de changer cette perspective.
Au sein d'une famille, cela crée forcément un déséquilibre.

Une autre interprétation peut aussi conduire un ou plusieurs des parents à se donner de "bonnes" raisons de ne pas s'en tenir strictement à cette base. On peut se dire que c'est pour assurer une bonne éducation, pour inculquer des limites...
Tous les parents responsables et aimants essaient de jongler au mieux entre épanouissement et cadres clairs. C'est humain.
Mais il se peut que certains basculent sans s'en rendre compte vers l'utilisation d'une sorte de morale "universelle" (le Bien) comme moteur, tout en se permettant de s'en affranchir par moment. Pour tout un tas de raisons, qui auront cependant une conséquence non négligeable : la confusion.

Que ce parent ou ce proche ait l'intention ou pas de relégué "ne fait pas à autrui ce que tu ne souhaites pas qu'on te fasse" importe peu: les faits sont là, avec leur cortège de conséquences.
Une chose compte énormément pour moi: l'éthique.

L'éthique familiale d'un parent qui fait des entorses à visée éducatives, en conscience, tout en faisant en sorte de rester juste avec son enfant, c'est le dur travail d'educateur.
Admettre qu'en effet, avec la meilleure volonté du monde, on peut blesser les autres, y compris ceux qu'on aime, c'est aussi une preuve d'amour.

Ne pas admettre, en dépit des signes, indices, déclarations ou preuves qu'on s'est montré injuste, négligent, violent verbalement ou psychologiquement (voire plus), c'est un manque d'éthique et d'honnêteté, vis à vis de soi-même, de son enfant et des tiers.

Car s'efforcer de ne pas faire aux autres ce qu'on ne souhaite pas qu'on nous fasse implique une réciprocité collective.

Ce passage d'une éthique de réciprocité à ce qu'on pourrait appeler la Règle du Narcisse c'est la passage du respect de tous à une projection où l'autre n'est plus un sujet, mais un réceptacle pour ses propres fantasmes de bonté ou d'altruisme.
On souhaite être reconnu comme tel, alors on agit dans ce sens. Sans forcément se préoccuper de savoir si l'aide qu'on fourni est désirable, adaptée ou même adressée à la bonne personne.

Le "bien" ne peut pas réellement exister, dans ce contexte, puisqu'il est idéalisé selon des critères personnels trop autocentrés pour voir les besoins des autres.
On est pas dans l'empathie, lorsqu'on se projette "à la place" d'un autre (dont l'histoire, la personnalité, les émotions sont par nature différentes). C'est une projection, qui peut conduire à des réactions et interventions en décalage avec les vrais besoins de cet autre. 

Ce glissement est dangereux parce que "Ne fais pas aux autres ce que tu ne veux pas qu'on te fasse" pose théoriquement une limite.

Une limite sert normalement à définir un cadre, et en l'occurrence, elle sert à freiner l'impulsion de nuire.

Mais si la limite se meut en "je dois agir parce que je ne souhaiterais pas ça pour moi", elle devient une injonction. Or, elle peut insidieusement mener à une ingérence nuisible et destructrice.

Cette injonction à agir est alors fondamentalement basée sur une croyance qu'on défend le bien-fondé de la règle. "Je fais ça parce que je souhaiterais qu'on le fasse pour moi".
C'est narcissique. Pas forcément égoïste : on ne se focalise pas sur soi, mais en quelque sorte sur sa valeur d'être humain, en agissant. On veut aider le Monde, la Société, agir sur une problématique. Pour le bien de tous. Ou pour une personne en particulier.

L'Enfer est pavé de bonnes intentions.
En agissant "pour se sentir bien avec soi-même" de cette manière indirecte, on peut toutefois en venir à oublier de tenir compte des autres, dans leur globalité.

Selon moi, le Bien et le Mal ne reposent pas sur ce que les uns et les autres perçoivent (subjectivité), mais sur des faits étayés, sur du pragmatisme et sur une bonne connaissance des tenants et aboutissants des situations, dans leur diversité foisonnante (objectivité).

J'ai grandi dans la complexité du "fais ce que je dis, mais ne fais pas ce que je fais".
Je ne devais pas parler fort, je devais garder mes affaires rangées, être à l'heure, ne pas se montrer agressive, me montrer patiente, partager mes affaires, ne pas les laisser traîner n'importe où, faire preuve d'équité, respecter le droit à l'intimité, frapper à la porte et attendre qu'on m'invite à entrer, et bien entendu, ne pas faire aux autres ce que je ne souhaiterais pas qu'on me fasse...

Sauf que voilà : j'avais régulièrement les contre-exemples de ces règles qui m'étaient prescrites, sans que j'arrive à comprendre pourquoi elle, elle pouvait le faire, sans que moi j'ai le droit de manifester mon irritation et mon sentiment d'injustice, quand elle me reprochait d'être le miroir de ses comportements. Il n'était pas accepté que je m'énerve, que je proteste et déraille. 

Je n'avais pas encore ce mot dans mon vocabulaire, mais en gros, je ne comprenais pas pourquoi c'était sur moi qu'on faisait peser la "responsabilité" d'être dysfonctionnelle, et pas sur elle.

En vérité, nos fonctionnements diffèrent énormément, en dépit de quelques ressemblances.

Après tout, nous sommes mère et fille.

Seulement voilà : je suis hypermnésique et les paroles qui me sont dites, et la façon dont elles me sont dites s'impriment de manière quasi définitive dans mon être. La façon dont je les reçois, en tout cas, avec les émotions et tout ce qui s'ensuit. Il y a donc un mélange objectif de ce qui a été dit et subjectif, de la façon dont je reçois les choses, avec les émotions qu'elles génèrent en moi. C'est cet ensemble qui reste imprimé en moi. Sans chronologie.
Je ne fais pas partie des gens qui se souviennent littéralement de tout, dans l'ordre où les choses se sont produites. L'émotion remplace la chronologie dans mon esprit.

À cause de mes valeurs personnelles, j'essaie de privilégier mes intentions, dans mes interactions avec les autres. Je n'aime pas nuire aux autres et il m'est toujours pénible de constater que de nombreux êtres humains ne s'encombrent pas de ce genre de considérations. Je ne cherche pas particulièrement à faire le Bien. Juste à être fidèle à ce que je ressens, à ce qui me semble positif et aidant, quand c'est possible. Parfois simplement à conserver une neutralité de nature à ne pas "donner tors ou raison" à des parties en présence dont je ne connais pas ou ne comprend pas les dynamiques. C'est souvent difficile, car j'ai généralement envie d'aider. Mais souvent l'écoute positive et la reformulation est plus importante que toute action "partisane".

Se placer dans une position de protection vis à vis des autres, c'est parfois agir contre leur autonomie. Les actions, qu'elles soient physiques ou psychologiques peuvent devenir des poisons. Il n'y a alors aucune intention de nuire, mais le résultat est là: la situation est finalement dégradée et la confiance, rompue.

La sincérité n'est pas une preuve de vérité. On peut être sincèrement destructeur.

J'ai souvent vécu ça. Parce que j'ai reproduit ce que je connaissais, peut-être?
J'essaie de rester attentive à ce travers.
M'émanciper de cette façon d'être.

J'ai dû faire le douloureux deuil de la "Mère Miroir".
Maman et moi sommes profondément dissemblables. Je n'aurais jamais avec elle la relation dont j'aurais eu besoin et que j'aurais aimé avoir.
Elle ne s'en souvient pas, mais moi si... elle a souvent posé ses propres diagnostics sur mes comportements, dans mon enfance et à mon adolescence. Des mots parfois durs, incisifs, blessants. Je ne les citerais pas. Je ne cherche en aucun cas un retournement de situation, ou une vengeance. Les blessures dont elle m'a marquée à vie n'ont jamais été intentionnelles, j'en ai la conviction profonde. Peut être quelques unes, dans des moments où elle traversait elle même des moments de profonde détresse, mais elle ne mesurait alors pas la portée de ses mots ou de ses actes.

J'aurais eu besoin d'un miroir fidèle, pour me construire. Je ne l'ai pas eu. J'ai appris à me construire en dépit de ce manque.
Avec maman , j'ai plutôt eu affaire à la galerie des glaces... miroir déformant, ondulant, concave, convexe. Je savais que ce que je percevais n'était pas fidèle à ma réalité, mais j'ai appris à faire avec. Cependant ça reste douloureux de passer sa vie face à une personne qui me renvoie un reflet déformé. Par moment, en sa présence, je deviens une personne que je n'aime pas, comme si par sa seule présence, le reflet prenait vie, aussi déformé soit-il. C'est une réalité, mais pas une intention. Je sais qu'elle n'a pas conscience de cet effet sur moi, mais je lui en veux, malgré tout, et c'est dur. C'est dur de l'aimer sincèrement et d'avoir ce sentiment de rancune persistant à son égard.

Le deuil de cette mère qui ne saura jamais me voir telle que je suis, c'est celui qui m'a poussée à accepter que le miroir est définitivement brisé et que je dois me construire ma propre image, seule.

L'amour est là, mais il est douloureux. C'est un tiraillement qui me prend aux tripes et vide mes poumons de leur substance vitale. J'ai toujours eu un besoin instinctif de lien. Un lien sans attentes et sans enjeux autres que celui d'être en famille, avec des personnes que j'aime. Mais elle est telle qu'elle est: elle exprime toujours des attentes, souvent sans même s'en rendre compte.
Maman a l'indignation et le jugement facile, et je dépense généralement une énergie folle à rester vigilante pour n'en susciter aucun. Je ne veux pas parler de politique ou d'engagements, pour ne pas m'enliser dans l'écoute de diatribes qui me sont profondément pénibles.

Mon amour se heurte à ce problème récurent: comment aimer quelqu'un dont la vision du monde aboutit trop souvent à une négation de mes besoins intrinsèques?

La confusion des valeurs est un vrai problème dans notre relation.
J'ai trop souvent le sentiment que pour elle, la "vérité" est ce qui cadre avec ses croyances et convictions personnelles et ce qui soutient son récit de "bonne personne".
Pour moi, la vérité est factuelle, historique, non mais tellement subjective que je serai bien en peine de l'identifier.
C'est un choc des mondes entre des combats apparents, visibles, perceptibles par les tiers et par elle-même, et l'Éthique de la réalité: je suis si peu, dans la multitude. S'il te plaît, vois moi telle que je suis, avec mes particularités, mes failles et mes forces, et aime moi, simplement.

L'asymétrie de l'intimité et du respect est quelque chose qui a toujours été très dur pour moi.

Il y avait des prescriptions, liées à la sphère intime, au respect de chacun, à la vie collective, que je tenais pour des règles de conduite (bien que je n'arrivais pas toujours à led respecter, mais dont je comprenais le sens) mais elle, elle ne s'y tenait pas.
Elle, elle pouvait étaler ses affaires partout, entrer dans la salle de bain et me regarder nue sous la douche, empiéter sur nos espaces réservés, à ma sœur et à moi, sans y voir le mal, de même qu'elle pouvait entrer dans ma chambre tout en frappant à la porte, brisant mon intimité sans jamais comprendre l'agressivité qu'elle suscitait ce faisant. Je crois que l'exemple le plus édifiant, c'est de nous avoir appris que notre corps nous appartient ("Ton corps est à toi") tout en se permettant de nous faire  "pouêt-pouet" sur la poitrine ou les fesses ou en nous regardant sous la douche ! Mais me concernant il y a aussi eu le fait de poser ses propres diagnostics sauvages, et me retenir après la classe, parce que j'avais été dissipée et qu'elle voulait éviter que j'aille me planter devant la TV...
Ses intentions n'étaient pas mauvaises. Mais je passais à la moulinette de ses contradictions, qui construisaient une insécurité croissante, renforcée par l'antipathie de mes camarades de classe.

C'est là que j'ai commencé à dérailler. Mon cerveau, câblé pour la logique et l'équité, ne comprenait pas ces failles de cohérence systémique. Quand je manifestais mon irritation, je cherchais à souligner l'injustice. Mais en face, la réponse me faisait me sentir, moi, dysfonctionnelle.

Ce retournement injuste, je n'étais pas armée pour le comprendre, et j'ai sombré, purement et simplement. L'anxiété a prit le dessus sur l'intelligence, je me suis mise à croire et redouter que chaque choix soit une erreur potentielle, et non une opportunité ou une simple alternative, que toute nouveauté était un risque et que même les règles établies et connues pouvaient changer du tout au tout, selon l'humeur de mes interlocuteurs.

J'étais hypermnésique dès la petite enfance et très certainement TDAH voire HPI.

Mais j'ai appris l'inconstance et la culpabilité de ne pas savoir être conforme aux attentes. Quelque chose s'est cassé, en moi 

Ce n'était pas une maltraitance intentionnelle et je sais que ma mère m'aime profondément.
M'identifier, moi, comme dysfonctionnelle, en m'attribuant des traits de personnalité (qui n'étaient que le reflet de ma détresse), c'était sa seule issue pour ne pas devoir admettre qu'elle était l'incendiaire.

L'amour ne peut cependant pas être une excuse.
On peut certes aimer une personne qui nous est toxique, mais cet amour ne doit pas servir de permis de construire pour ses prochaines ingérences.

Or, une chose m'est particulièrement douloureuse dans notre histoire commune, et ça ne remonte pas à mon enfance. C'était il y a une dizaine d'années seulement.

Ma mère était avec moi quand je suis allée au CIDFF des Hautes-Pyrénées, il y a de ça une douzaine d'années. Elle ma entendue mettre des mots sur les violences que je vivais aux côtés d'Alain. Elle a entendu la conseillère me dire "Madame, vous vivez dans une situation de violences conjugales, vous en avez visiblement conscience, mais je sens que vous n'êtes pas prête à partir".

Un ou deux ans après, quand nous étions revenus vivre en Charente, mon mari de plus en plus infirme, mais aussi de plus en plus violent psychologiquement, harceleur, manipulateur et contrôlant, elle a su pourquoi je m'étais sauvée en partant en hospitalisation et en vivant hébergée d'abord par ma sœur puis dans la maison nouvellement achetée par mes parents, à Angoulême.
Mais en dépit de mes demandes répétées de calme, elle venait régulièrement dans cette maison de la rue de la Tourgarnier, débarquant à tout heure, argumentant qu'elle était chez elle (certes, mais je n'avais nulle part où aller ailleurs, moi!). Mon sentiment de sécurité précaire s'étiolait par sa faute, juste parce qu'elle était incapable de comprendre mes besoins fondamentaux.
J'ai fini par aller vivre avec quelqu'un qui me le proposait, simplement pour fuir ce tumulte qui constituait une maltraitance psychique de plus, si peu de temps après m'être extirpée d'une situation similaire.
Elle avait toujours été ainsi, aussi loin que je me souvienne, alors de ça, j'aurais pu ne pas lui tenir rigueur. Elle n'avait pas non plus conscience de mon hypersensibilité lumineuse dans mon enfance, de mon hyperacousie et de ma misophonie, et ne se rendait donc absolument pas compte que, quand elle allait se coucher à 2h du matin, elle me réveillait, car mon hypervigilance me faisait percevoir le rai de lumière sous la porte et le bruit de son pas dans le couloir...

Ce qui est dur et violent, et que j'ai énormément de mal à lui pardonner, c'est d'avoir été régulièrement au chevet de son gendre, mon mari, à la fin de la vie de celui-ci, lui portant des crèmes et des flans, lui offrant une considération qu'elle ne m'accordait en réalité pas, à moi, à la même période.
Par dessus tout, je lui en veux véritablement d'avoir refusé d'arrêter ces visites, quand je le lui ai demandé, à plusieurs reprises. Elle ne se sentait pas bien de l'abandonner.

Il avait fait ses choix. De ma mère, il disait qu'elle était un monstre d'égoïsme et qu'elle était insupportable, que je devais couper les ponts avec elle et autres prescriptions du même ordre.

Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu'on te fasse.

Ne va pas accorder du réconfort à l'homme qui a maltraité ta fille.

Apporte du réconfort à ta fille. Soit attentive aux besoins de ta fille. Ecoute-la et respecte-la quand elle te dis qu'elle a besoin de se sentir en sécurité émotionnelle et sensorielle en vivant dans cette maison que vous avez achetée pour y vivre "dans quelques années".
Ne pousse pas ta fille, par ton indifférence à ses ressentis, à aller vivre ailleurs par dépit et par désespoir.
Et non! n'apporte pas de réconfort à un homme juste parce que tu voudrais qu'on le fasse pour toi si tu étais dans une situation similaire. Parce que tu ne sais en réalité pas qui est cet homme, ce qu'il est, de manière intrinsèque.

Essaie de prendre la mesure de la portée de tes actes quand tu refuse d'arrêter d'apporter du réconfort à cet homme qui a essayé de pousser ta fille au meurtre. L'homme à qui tu offre ton altruisme, lui il a demandé à son épouse, qu'il a toujours su fragile psychiquement de le tuer des heures durant, se lamentant sur sa déchéance jusqu'à ce qu'elle semble céder à sa supplique. Et c'est alors qu'elle s'était résolue à le droguer avant d'appeler le SAMU, qu'il a regardé le ramequin de fromage blanc rose fluo assaisonné de sirop de Théralène qu'il lui a dit avec une froideur immonde "T'es vraiment qu'une salope! tu veux me faire crever!" avec un regard plein de haine et de violence calculée.

Aider cet homme à avoir une fin de vie apaisée, dans un appartement où il m'a harcelée et torturée psychologiquement, où je n'ai pas pu vivre pendant 15 mois, alors qu'il m'avait promis qu'il irait en USLD... m'obligeant, moi, a survivre, à vider mes comptes en banque après m'avoir coupés les vivres, c'était une négation de maon statut de victime.
Que mes belles-sœurs s'en occupent, que des associations ou des salariés s'en occupent, oui. Car je suis pour le droit à mourir dans la dignité.

Mais que ma mère lui assure un confort dont il n'a jamais fait cas à mon égard, c'était une sorte de dépossession de ma propre dignité.

Elle ne se rendait évidemment pas compte de ce qu'elle me faisait.

La plupart du temps, je n'y pense pas.

Mais en ces jours-ci, où cette succession qui traîne depuis plus de 9 ans et demi semble sur le point d'être partagée, la blessure se rouvre.

Tout me revient, alors.
Et je suis à nouveau cette gamine perdue au milieu du tumulte de sa mère, qui ne comprends pas ces contradictions dont on la bombarde, alors qu'elle voudrait juste être aimée.





jeudi 13 janvier 2022

Fini de se cacher

Fini de me cacher de Sylvain le guadeloupéen.
Hors de question que je me laisse intimider par un homme qui n'arrive pas à digérer ses traumatismes et qui semble ne pas être en mesure de pardonner aux autres d'être plus résilients que lui.
Nous avons un vécu différent. Mes vécus ne changent rien aux siens, et réciproquement.
Nos traumatismes diffèrent mais impactent nos vies. Des vies différentes.
Je comprends ses souffrances, même si je ne les ressentirais jamais.
En revanche je n'accepte pas qu'il catégorise les souffrances des uns et des autres en comparaison des siennes. C'est inacceptable, cette "échelle".

Je suis quelqu'un d'authentique.
Je suis empathique.
Je m'efforce de porter sur les autres un regard positif, m'efforçant de ne pas les juger.

Je ne saurais renoncer à écrire ce blog par soucis de protéger l'égo d'un tiers.

En cette année 2022, j'ai déjà repris mes adhésions à trois associations qui me tiennent à cœur:
  • Le GEM Être ensemble, qui occupe une grande place dans ma vie.
  • Bi'Cause, avec qui j'entretiens des relations très virtuelles mais non moins engagées (heureusement FB, Discord, Zoom et les mails sont là pour créer du lien, discuter, et bi'causer).
  • ADHÉOS Angoulême (association d'Aide, de Défense Homosexuelle, pour l'Egalité des Orientations Sexuelles).

Mon dernier billet remonte à décembre 2020 (pinaise!) et j'y exprimais des choses ayant trait à ma sexualité et, à petites touches subtiles, à mon orientation sexuelle.

J'ai un scoop (bon, seulement pour ceux qui n'ont pas suivi): je ne suis pas hétérosexuelle.
J'en ai conscience depuis mon adolescence.

Pendant deux décennies, je me suis revendiquée bisexuelle.
Depuis deux ou trois ans, j'ai de plus en plus tendance à m'identifier comme pansexuelle, car je suis attirée par les individus de genre masculin et féminin, mais aussi par des personnes avec "dysphorie de genre", qu'elles soient en transition ou pas, et je pense que des personnes intersexes me séduiraient également, même si la situation ne s'est (à ce que je sache) jamais présentée.

Je me considère par ailleurs comme pleinement panromantique (c'est la personne qui me séduit, qui me fait éprouver des sentiments, et pas ses organes génitaux ou son orientation sexuelle) et véritablement polyamoureuse (j'ai actuellement trois amours dans ma vie, dont une relation privilégiée).

Je pratique en outre le libertinage, mais pour moi c'est une activité ludique qui n'a aucun rapport avec l'orientation sexuelle ou romantique. Je suis simplement assez bien dans mes pompes pour savoir faire la différence entre le désir, le sexe, l'amitié, l'amour, etc.
Le lien conduit vers le blog d'un site spécialisé dans la mise en relation des pratiquants. En effet je trouve qu'en la matière les explications participatives figurant sur Wikipédia ne correspondent pas assez à la notion moderne de la chose. Or je vis (généralement) avec mon temps.

Pour résumer, le suis en congruence.
Je suis connectée à mes valeurs profondes, à mes besoins et à mes émotions.
C'est extrêmement important pour moi de les exprimer sans faux-semblant, à travers mes attitudes, mes comportements ainsi qu'à travers les écrits que je produis, en particulier sur ce blog.

J'ai besoin d'écrire, de partager, mais aussi de me plonger dans ces réflexions quand je rencontre un obstacle, un évènement de vie, quelque chose qui me touche, me fait réagir.

C'est important pour moi que cela soit publié et accessible.
Qu'il s'agisse de mon évolution psychologique avec mes troubles anxieux, ma quête d'identité sexuelle, neurologique, psychologique ou professionnelle, de mes réflexions quant à la vie, je ne cherche pas à imposer à qui que ce soit ma vision des choses. Je ne cherche pas non plus d'approbation ou de solution. Je ne suis pas dans une démarche de plainte. Je ne fais qu'écrire en sachant que, potentiellement, ce sera lu.
Ce que les autres en font, cela leur appartient.

Je ne suis ni philosophe, ni psychologue, ni sociologue ni ethnologue...
Je ne suis que moi même, et j'écris avec toute la sincérité dont je suis capable.

Je vous souhaite ainsi une belle année 2022.