Affichage des articles dont le libellé est Nature profonde. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Nature profonde. Afficher tous les articles

dimanche 5 avril 2026

Menuiserie, ébénisterie et IkigaÏ

L'Ikigaï est une philosophie née au Japon et dont le principe est de trouver sa "raison de vivre" via une réflexion profonde, sincère et pertinente sur soi et sur le monde autour de soi.

"Iki" veut dire "vie" ou "vivre" et "gaï" signifie "valeur" ou "vaut la peine".



J'ai toujours su que la vie valait le coup d'être vécue, étrangement. Je veux dire, en dépit de mon sentiment de profonde différence, et de mes diverses souffrances intrinsèques.

C'est davantage la façon de donner de la valeur à ma vie qui me manquait.
Ma façon de me réaliser en tant qu'individu me faisait cruellement défaut.

Ces jours-ci, c'est en train de changer radicalement.

Alors que j'ai passé ces dernières années à me demander comment je pouvais trouver ma place dans la société, en aidant les autres, principalement en valorisant des compétences intellectuelles et techniques, j'ai fini par comprendre que j'avais avant tout besoin de prendre soin de moi.

J'ai besoin de créer et de construire.

On change totalement de domaine.

J'ai toujours créé.

Dessiner, peindre, modeler, pâtisser, coller...

Depuis à peine quelques jours, je comprend ce besoin.

Un besoin vital d'apaiser le tumulte, d'ordonner, de ranger, d'adoucir et de polir. Un besoin de beauté et d'utilité. Créer des choses de mes mains. Utiles. Belles. Douces. Fonctionnelles.

La fonction d'un objet n'est pas toujours évidente.

J'ai toujours aimé le bois. J'aime les différences de teintes, d'essences, de grains...
Je ne l'ai presque jamais travaillé, mais j'ai vu mon père le faire et je suis imprégnée de souvenirs visuels, tactiles et olfactifs.

C'est venu d'un coup, comme une bourrasque, dans le cadre de mon projet d'aménagement dans la maison pour laquelle j'ai signé un compromis de vente, ce lundi 30 mars 2026...

Le bois est une matière qui me touche profondément.
J'ai réalisé cette semaine à quel point je souhaite entrer en connexion profonde avec cette matière organique spécifique.

Fondamentalement, c'est l'ébénisterie d'art qui m'intéresse et m'interpelle.
Mais j'ai besoin de passer par les bases: pour moi, le B.A.-BA, c'est la menuiserie.

La précision de l'ébéniste c'est un acte de soin et de responsabilité vis à vis de celles et ceux qui détiendront un objet qu'il aura créé.

C'est derniers jours, mon esprit a transformé des fragments d'insécurité en un projet de construction massivement positif.

Ce n'est pas une simple "idée de reconversion", mais une véritable stratégie de reconstruction de moi-même, où chaque brique de mon passé trouve sa place dans un projet d'avenir.

J'ai toujours ressenti le besoin d'être l'artisane de ma propre vie. Face à l'insécurité nerveuse liée au changement, la menuiserie m'est d'abord apparue comme une solution concrète pour stabiliser mon environnement. Puis j'ai regardé plus loin, tout simplement.

Il faut dire que ça fait des années que je regarde des vidéos de menuiserie, de tournage, de sculpture sur bois, et de travaux d'ébénisterie plus ou moins complexes. C'est une activité manuelle qui m'a toujours fascinée, bien que j'ai conscience de contraintes physiques et techniques qui ne sont pas anodines.

De l'idée d'aménager un atelier de menuiserie fonctionnelle dans le sous-sol de ma future maison, celle de passer un CAP d'ébenisterie a germé dans mon esprit. Ce qui n'était au début qu'un besoin vital de cohérence s'est révélé être un élan vital vers mon besoin de manipuler la matière, pour ne plus subir le flux des événements.

Cette maison, ce sera mon ancrage dans une nouvelle phase de ma vie, plus structurée, plus épanouie. J'ai déjà commencé à en imaginer l'ameublement et la décoration, dans des tons organiques, minéraux et végétaux. La menuiserie, j'en ai eu envie d'abord pour la création de modules de parkour pour Margaux, lui permettant de prendre de la hauteur le long des murs, comme tout chat qui se respecte.

J'ai toujours eu ce besoin de nature, de cocon organique, de douceur, mais également de maîtrise.

C'est à ce moment là que c'est apparu, comme une évidence: ce qui me fait vibrer jusqu'à l'âme, c'est de créer et de partager avec le Monde des choses que je peux créer de mes mains, et qui me donnent l'occasion d'aller vers les autres et d'entrer en connexion avec certains.
Pas d'être médiatrice numérique ou secrétaire juridique.

Le fait est que j'ai toujours eu des besoins de stimulation tactile importants. Je sais depuis quelques années que c'est une forme d'auto stimulation qui équilibre mon système nerveux.

J'ai la conviction profonde que je peux enfin faire se rejoindre mes passions pour les expériences sensorielles, quelles qu'elles soient et mon besoin de crétion. Il y a là de quoi devenir une véritable artisane...

De simples projets de menuiserie, j'en suis arrivée à un projet de formation en ébénisterie d'art.

L'ébénisterie tactile et fonctionnelle me semble être un projet très rationnel, dans lequel l'EPNAK pourra m'accompagner.

Dans mon univers personnel, certaines choses me tiennent à cœur tout particulièrement.
L'épanouissement sensoriel touche à la spiritualité, pour moi.
Certainement parce que j'ai très longtemps subies mes hypersensibilités intrinsèques (auditive, visuelle, tactile...).
Quand on connait le tumulte de la surcharge cognitive, on sait qu'il y a une beauté intrinsèque dans le plaisir physique et sensoriel, quelle que soit la pratique qui le fait émerger.

L'ébénisterie de Pascal Dumas, avec Idée du désir® correspond à une forme d'idéal, pour moi.
Ses sculptures sensuelles me confortent dans l'idée que je pourrais enfin atteindre un certain accomplissement personnel, à travers cet artisanat d'art. Pas nécessairement sur le même créneau (à moins de trouver ma place dans cette entreprise, de manière spécifique), mais en tout cas dans le même esprit d'excellence.

Les pratiques de stimulation et d'exploration sensitive demandent des objets spécifiques et adaptés. Le bois a des spécificités qu'aucune autre matière ne peut remplacer.

Cependant, je me connais: j'ai besoin de comprendre les choses pour pouvoir les pratiquer.
Pour créer des objets utiles, efficaces et sécurisés, quelle que soit leurs usages, je sais que je vais avoir besoin d'intégrer des notions nouvelles ainsi que des gestes qui me sont jusqu'ici étrangers.
Moi qui suis d'ordinaire terrorisée par la nouveauté, ce n'est pas ce que je ressens: je me sens agréablement stimulée.

J'ai l'impression d'avoir enfin trouvé le terrain fertile favorable à mon développement serein.


dimanche 15 mars 2026

Être celle que je suis, en tant qu'Être

Je me suis récemment retrouvée à échanger sur les réactions des chats domestiques et les attitudes de leurs humains de compagnie...

J'ai moi même un chat. Une contrefaçon de Mainecoon ou de Norvégien (je sais pas trop: le poil est long, le format est grand, mais c'est surtout un chat européen de plus de 50cm). Gratuite (sauf le prix des croquettes à 11€ le kilo et le suivi vétérinaire).

Mes parents en ont trois, dont un qui m'a adoptée après avoir pigé que je lui donnais à manger, de la sécurité et même des gratouilles. C'est Mr Mouche (il était moucheté de l'arrière train, tout jeune, en 2015). Ensuite Mouchette est arrivée. On suppose qu'elle s'est perdue (c'est pas le couteau le plus affuté du tiroir, si vous voyez ce que je veux dire). Ils ont fricoté ensemble et ça a fait Moustique et Moucheronne (rebaptisée Minette, ou CGT, en fonction de son niveau de vocalises, chez ma sœur).

Bref. Moustique est un joli chat adulte blanc et tigré, avec des traits élégants et assez maline. Mais craintive. Pour moi, c'est un trait de caractère. Quand je vois Moustique aller se planquer sous le lit de mes parents, parce qu'elle entend un voiture arriver, ou qu'elle voit la porte de la cuisine s'ouvrir, sans savoir qui arrive, hé bien, c'est comme ça. C'est sa nature et on ne le changera pas. La meilleure façon pour un chat d'être rassuré, c'est de constater qu'on ne s'intéresse pas à lui.

Oui mais non. Ma maman, qui a vu des documentaires sur les chats et qui veut bien faire, tend à faire des "discours" à Moustique. Dans le genre "Mais Tictic, c'est Trucmuche, tu le connais Trucmuche, il est pas dangereux, hein Tictic!? Tu le connais! Tu le connais" et ainsi de suite.

L'intonation est aiguë, voire très aiguë, et le volume d'émission, assez fort.
Je suis pas un chat, mais perso, quand je l'entend, j'ai envie de fuir ces cris d'alarme en allant me planquer dans le bureau de mon père, bien au calme.

Du coup, je m'interroge...
Est-ce que ma maman ne renforcerait pas le comportement peureux de Moustique, au lieu de l'apaiser?

En tant que mam'chat, elle semble croire qu'elle peut corriger le trait de caractère de Moustique avec des vocalisation apaisantes. Alors oui, peut-être...

En effet, l'éthologie, qui étudie les comportements des animaux, a permit de démontrer que certaines façon de communiquer avec nos animaux domestiques sont plus efficaces que d'autres.

Les études montrent que les chats sont plus réceptifs aux fréquences hautes et aux variations d'intonation. Ceci parce que cela imite potentiellement les cris de leurs proies ou les signaux de détresse des chatons, ce qui capte leur attention de manière instinctive.

Cependant, comme pour tout signal acoustique, il y a une limite entre "attractif" et "alarmant".
Il faut être attentif à se méfier de la saturation de fréquence.
Pour les chats, si l'aigu est trop poussé et/ou trop constant, il peut devenir fondamentalement stressant. Un chat a une ouïe extrêmement fine et du coup, ce qui se veut mignon pour un humain peut finalement être perçu comme stridulation agressive comparable à un cri d'alarme.

Pas impossible, donc, qu'en voulant apaiser son chat et induire un comportement plus apaisé, ma maman renforce en réalité ledit comportement.
Pauvre Moustique.

Et pauvre de moi. Car je me dois d'être honnête: je pense avant tout à mon niveau de stress personnel qui monte en flèche, quand je suis exposée à ces vocalises stridentes. Désolée.

Dame Nature m'a fabriquée avec des capteurs ultra sensibles et je suis hyperacousique et misophone (j'entend vachement bien, et les sons ont un impact physique, et pas seulement perceptifs), et du coup tout ce qui est fort, soudain et dans hors des "moyennes" me fait littéralement souffrir.
En fait Dame Nature a fait une livraison complète sur les capteurs hypersensibles, me concernant, et je dois vivre avec, vu qu'il y a pas de SAV.

J'ai un tempérament calme, analytique et optimiste.
Certaines personnes qui me connaissent depuis l'enfance pourraient avoir une réaction du type "hein?!" en lisant "calme". Oui alors je suis d'un tempérament calme, analytique et optimiste mais avec des neurodivergences que j'ai énooorméméent compensé et dissimulé dès mon enfance.

Il faut savoir par exemple que les crises d'angoisses chez les enfants et les adolescents prennent très souvent la forme de colère explosives. Là, ils vont me reconnaître, j'en suis sûre!

Sauf que je ne suis pas colérique de nature: c'est un problème réactionnel.
De nos jours, il faut vraiment pousser le bouchon très très loin pour que je me mette véritablement en colère. Il faut dire que je déteste profondément m'énerver ("disjoncter" serait d'ailleurs un terme plus approprié), car on ne communique pas correctement dans ces circonstances. Or j'aime la précision et les mots justes.

Mis à part l'anxiété, j'ai aussi subi des conditionnements involontaires de la part de mon entourage familial. Ceux-ci m'ont amenée à des comportements inadaptés voire en contradiction avec mon véritable tempérament.
Ce n'est pas une accusation mais un constat pragmatique. Je n'ai aucune rancœur liée à celui-ci. Si je devait en vouloir à qui que ce soit, et bien ça serait à moi-même: j'ai consacré une énergie considérable, des années durant, pour compenser mes hypersensibilités et dissimuler ce que je percevais comme des défauts et des anomalies de fonctionnement.

J'ai d'abord parlé des chats, parce que mon fonctionnement et le leur a fondamentalement trait à la neurobiologie et pas à l'éducation ou au conditionnement qu'on peut induire (volontairement ou pas).

Moustique restera une chatte craintive face à l'inconnu et la surprise. On l'aime, de manière inconditionnelle, malgré ce trait de caractère un peu excessif qui l'amène à se planquer au moindre commencement de soupçon de danger. Quel mal cela nous fait-il? Est-il raisonnable d'essayer de corriger ce comportement, au risque de rajouter une couche de stress à celui qu'elle vit déjà? Ou bien est-il plus judicieux de l'accepter telle qu'elle est? Elle est adorable, curieuse et intelligente. Pourquoi chercher à influencer un comportement qui ne nuit, en fait, à personne?

C'est là que je cherche à mettre le doigt: sur la confusion entre l'éducation, qui vient modeler un comportement pour le rendre conforme à des attentes (sociales, culturelles, et parfois assez arbitraires) et l'ontologie, qui mène à accepter la nature profonde d'un être pour ce qu'il est dans sa nature profonde, sa structure même.

Avec le temps, j'ai fini par développer la conviction d'on ne peut pas modifier l'essence d'un être sans le dénaturer ou le briser.

J'ai bien failli, moi, me briser et me laisser briser.
Je me suis laissée dénaturer, maintes et maintes fois.

J'aspire aujourd'hui à être moi-même.
En paix avec les autres et de manière intrinsèque.

J'ai un tempérament analytique, doté d'une haute vigilance sensorielle. J'ai besoin de "clarté" (mentale et spatiale) pour fonctionner. Ma solitude n'est pas un manque de capacités sociales, mais une exigence de qualité : je cherche des interactions qui résonnent sur ma fréquence, sans distorsion ni "bruit" inutile.

C’est un tempérament qui demande beaucoup d'énergie pour naviguer dans un monde souvent trop bruyant et brouillon, rempli d'injonctions ancrées dans le "faire". Je veux sortir d'un fonctionnement basé sur les jugements pour entrer pleinement dans des constats factuels, sans tentatives de corrections.

Moustique n'est pas "une version ratée d'un chat courageux" ; elle est une chatte prudente qui a droit au calme, parce que c'est ce dont elle a besoin.

Je ne suis pas une version ratée non plus.

Je porte en moi un besoin de compréhension, avec une dominance analytique et réflexive.
Je ne me contentes pas de la surface des choses. Que ce soit pour un jeu vidéo, un film, ou le comportement d'un chat, je cherche à comprendre la structure, l'ergonomie et la logique sous-jacente. J'observe et je décortique les systèmes (sociaux, familiaux ou techniques). Je préfères l'écrit, car il permet la précision que la parole spontanée ne garantit pas toujours.

J'ai une hypersensibilité sensorielle et éthologique (la science des mœurs, y compris humaines, dans des conditions de vie données mais variables). Je fonctionnes à la manière d'un capteur haute sensibilité  et je dois composer avec une grande réceptivité aux fréquences, aux volumes et aux ambiances. Ce que d'autres perçoivent comme du "bruit de fond", je le reçois comme une information ou une agression, avec une grande précision, mais aussi parfois avec une grande souffrance nerveuse. J'ai une forme d'empathie cognitive qui me permet de comprendre instinctivement ce que ressent un être craintif (comme Moustique) parce que mon propre système nerveux traite les stimuli de façon similaire.
Perso, quand je suis déjà en alerte, rien de plus désagréable que de voir quelqu'un venir me le dire en mode "mais tout va bien voyons!".

Depuis quelques années, je comprends que ce qui est fondamentale pour moi, c'est l'autonomie et la cohérence... Oui! il y a chez moi une volonté farouche de rester l'artisane de ma vie. Même dans les moments de grande fatigue ou de solitude, je cherche à maintenir une cohérence entre mes besoins (oxygène, confort physique, silence) et mes actes. Je n'aime pas les dissonances, qu'elles soient sonores ou symboliques.

Voilà plusieurs années que j'essaie de comprendre.
Comprendre les gens, la vie, la société.
Voilà plusieurs années que j'essaie de trouver ma place.
Dans ma propre vie, dans le monde, dans la société.

Je commence seulement à réaliser que ce que je cherche avant tout, c'est juste à être celle que je suis, en tant que telle, en alignant mon environnement sur ma nature profonde.

Il y a une certaine parenté entre l'ontologie occidentale et l'Ikigai japonais.
Bien que l'ontologie soit une discipline philosophique occidentale (très conceptuelle et abstraite) et l'Ikigai un concept pragmatique japonais, ils se rejoignent sur un point crucial : la quête de l'essence.

Leur parenté réside dans la recherche de ce qui fait que la vie "vaut la peine d'être vécue" en fonction de ce que l'on est profondément. Or je cherche ces temps ci cette congruence, justement.