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dimanche 15 mars 2026

Être celle que je suis, en tant qu'Être

Je me suis récemment retrouvée à échanger sur les réactions des chats domestiques et les attitudes de leurs humains de compagnie...

J'ai moi même un chat. Une contrefaçon de Mainecoon ou de Norvégien (je sais pas trop: le poil est long, le format est grand, mais c'est surtout un chat européen de plus de 50cm). Gratuite (sauf le prix des croquettes à 11€ le kilo et le suivi vétérinaire).

Mes parents en ont trois, dont un qui m'a adoptée après avoir pigé que je lui donnais à manger, de la sécurité et même des gratouilles. C'est Mr Mouche (il était moucheté de l'arrière train, tout jeune, en 2015). Ensuite Mouchette est arrivée. On suppose qu'elle s'est perdue (c'est pas le couteau le plus affuté du tiroir, si vous voyez ce que je veux dire). Ils ont fricoté ensemble et ça a fait Moustique et Moucheronne (rebaptisée Minette, ou CGT, en fonction de son niveau de vocalises, chez ma sœur).

Bref. Moustique est un joli chat adulte blanc et tigré, avec des traits élégants et assez maline. Mais craintive. Pour moi, c'est un trait de caractère. Quand je vois Moustique aller se planquer sous le lit de mes parents, parce qu'elle entend un voiture arriver, ou qu'elle voit la porte de la cuisine s'ouvrir, sans savoir qui arrive, hé bien, c'est comme ça. C'est sa nature et on ne le changera pas. La meilleure façon pour un chat d'être rassuré, c'est de constater qu'on ne s'intéresse pas à lui.

Oui mais non. Ma maman, qui a vu des documentaires sur les chats et qui veut bien faire, tend à faire des "discours" à Moustique. Dans le genre "Mais Tictic, c'est Trucmuche, tu le connais Trucmuche, il est pas dangereux, hein Tictic!? Tu le connais! Tu le connais" et ainsi de suite.

L'intonation est aiguë, voire très aiguë, et le volume d'émission, assez fort.
Je suis pas un chat, mais perso, quand je l'entend, j'ai envie de fuir ces cris d'alarme en allant me planquer dans le bureau de mon père, bien au calme.

Du coup, je m'interroge...
Est-ce que ma maman ne renforcerait pas le comportement peureux de Moustique, au lieu de l'apaiser?

En tant que mam'chat, elle semble croire qu'elle peut corriger le trait de caractère de Moustique avec des vocalisation apaisantes. Alors oui, peut-être...

En effet, l'éthologie, qui étudie les comportements des animaux, a permit de démontrer que certaines façon de communiquer avec nos animaux domestiques sont plus efficaces que d'autres.

Les études montrent que les chats sont plus réceptifs aux fréquences hautes et aux variations d'intonation. Ceci parce que cela imite potentiellement les cris de leurs proies ou les signaux de détresse des chatons, ce qui capte leur attention de manière instinctive.

Cependant, comme pour tout signal acoustique, il y a une limite entre "attractif" et "alarmant".
Il faut être attentif à se méfier de la saturation de fréquence.
Pour les chats, si l'aigu est trop poussé et/ou trop constant, il peut devenir fondamentalement stressant. Un chat a une ouïe extrêmement fine et du coup, ce qui se veut mignon pour un humain peut finalement être perçu comme stridulation agressive comparable à un cri d'alarme.

Pas impossible, donc, qu'en voulant apaiser son chat et induire un comportement plus apaisé, ma maman renforce en réalité ledit comportement.
Pauvre Moustique.

Et pauvre de moi. Car je me dois d'être honnête: je pense avant tout à mon niveau de stress personnel qui monte en flèche, quand je suis exposée à ces vocalises stridentes. Désolée.

Dame Nature m'a fabriquée avec des capteurs ultra sensibles et je suis hyperacousique et misophone (j'entend vachement bien, et les sons ont un impact physique, et pas seulement perceptifs), et du coup tout ce qui est fort, soudain et dans hors des "moyennes" me fait littéralement souffrir.
En fait Dame Nature a fait une livraison complète sur les capteurs hypersensibles, me concernant, et je dois vivre avec, vu qu'il y a pas de SAV.

J'ai un tempérament calme, analytique et optimiste.
Certaines personnes qui me connaissent depuis l'enfance pourraient avoir une réaction du type "hein?!" en lisant "calme". Oui alors je suis d'un tempérament calme, analytique et optimiste mais avec des neurodivergences que j'ai énooorméméent compensé et dissimulé dès mon enfance.

Il faut savoir par exemple que les crises d'angoisses chez les enfants et les adolescents prennent très souvent la forme de colère explosives. Là, ils vont me reconnaître, j'en suis sûre!

Sauf que je ne suis pas colérique de nature: c'est un problème réactionnel.
De nos jours, il faut vraiment pousser le bouchon très très loin pour que je me mette véritablement en colère. Il faut dire que je déteste profondément m'énerver ("disjoncter" serait d'ailleurs un terme plus approprié), car on ne communique pas correctement dans ces circonstances. Or j'aime la précision et les mots justes.

Mis à part l'anxiété, j'ai aussi subi des conditionnements involontaires de la part de mon entourage familial. Ceux-ci m'ont amenée à des comportements inadaptés voire en contradiction avec mon véritable tempérament.
Ce n'est pas une accusation mais un constat pragmatique. Je n'ai aucune rancœur liée à celui-ci. Si je devait en vouloir à qui que ce soit, et bien ça serait à moi-même: j'ai consacré une énergie considérable, des années durant, pour compenser mes hypersensibilités et dissimuler ce que je percevais comme des défauts et des anomalies de fonctionnement.

J'ai d'abord parlé des chats, parce que mon fonctionnement et le leur a fondamentalement trait à la neurobiologie et pas à l'éducation ou au conditionnement qu'on peut induire (volontairement ou pas).

Moustique restera une chatte craintive face à l'inconnu et la surprise. On l'aime, de manière inconditionnelle, malgré ce trait de caractère un peu excessif qui l'amène à se planquer au moindre commencement de soupçon de danger. Quel mal cela nous fait-il? Est-il raisonnable d'essayer de corriger ce comportement, au risque de rajouter une couche de stress à celui qu'elle vit déjà? Ou bien est-il plus judicieux de l'accepter telle qu'elle est? Elle est adorable, curieuse et intelligente. Pourquoi chercher à influencer un comportement qui ne nuit, en fait, à personne?

C'est là que je cherche à mettre le doigt: sur la confusion entre l'éducation, qui vient modeler un comportement pour le rendre conforme à des attentes (sociales, culturelles, et parfois assez arbitraires) et l'ontologie, qui mène à accepter la nature profonde d'un être pour ce qu'il est dans sa nature profonde, sa structure même.

Avec le temps, j'ai fini par développer la conviction d'on ne peut pas modifier l'essence d'un être sans le dénaturer ou le briser.

J'ai bien failli, moi, me briser et me laisser briser.
Je me suis laissée dénaturer, maintes et maintes fois.

J'aspire aujourd'hui à être moi-même.
En paix avec les autres et de manière intrinsèque.

J'ai un tempérament analytique, doté d'une haute vigilance sensorielle. J'ai besoin de "clarté" (mentale et spatiale) pour fonctionner. Ma solitude n'est pas un manque de capacités sociales, mais une exigence de qualité : je cherche des interactions qui résonnent sur ma fréquence, sans distorsion ni "bruit" inutile.

C’est un tempérament qui demande beaucoup d'énergie pour naviguer dans un monde souvent trop bruyant et brouillon, rempli d'injonctions ancrées dans le "faire". Je veux sortir d'un fonctionnement basé sur les jugements pour entrer pleinement dans des constats factuels, sans tentatives de corrections.

Moustique n'est pas "une version ratée d'un chat courageux" ; elle est une chatte prudente qui a droit au calme, parce que c'est ce dont elle a besoin.

Je ne suis pas une version ratée non plus.

Je porte en moi un besoin de compréhension, avec une dominance analytique et réflexive.
Je ne me contentes pas de la surface des choses. Que ce soit pour un jeu vidéo, un film, ou le comportement d'un chat, je cherche à comprendre la structure, l'ergonomie et la logique sous-jacente. J'observe et je décortique les systèmes (sociaux, familiaux ou techniques). Je préfères l'écrit, car il permet la précision que la parole spontanée ne garantit pas toujours.

J'ai une hypersensibilité sensorielle et éthologique (la science des mœurs, y compris humaines, dans des conditions de vie données mais variables). Je fonctionnes à la manière d'un capteur haute sensibilité  et je dois composer avec une grande réceptivité aux fréquences, aux volumes et aux ambiances. Ce que d'autres perçoivent comme du "bruit de fond", je le reçois comme une information ou une agression, avec une grande précision, mais aussi parfois avec une grande souffrance nerveuse. J'ai une forme d'empathie cognitive qui me permet de comprendre instinctivement ce que ressent un être craintif (comme Moustique) parce que mon propre système nerveux traite les stimuli de façon similaire.
Perso, quand je suis déjà en alerte, rien de plus désagréable que de voir quelqu'un venir me le dire en mode "mais tout va bien voyons!".

Depuis quelques années, je comprends que ce qui est fondamentale pour moi, c'est l'autonomie et la cohérence... Oui! il y a chez moi une volonté farouche de rester l'artisane de ma vie. Même dans les moments de grande fatigue ou de solitude, je cherche à maintenir une cohérence entre mes besoins (oxygène, confort physique, silence) et mes actes. Je n'aime pas les dissonances, qu'elles soient sonores ou symboliques.

Voilà plusieurs années que j'essaie de comprendre.
Comprendre les gens, la vie, la société.
Voilà plusieurs années que j'essaie de trouver ma place.
Dans ma propre vie, dans le monde, dans la société.

Je commence seulement à réaliser que ce que je cherche avant tout, c'est juste à être celle que je suis, en tant que telle, en alignant mon environnement sur ma nature profonde.

Il y a une certaine parenté entre l'ontologie occidentale et l'Ikigai japonais.
Bien que l'ontologie soit une discipline philosophique occidentale (très conceptuelle et abstraite) et l'Ikigai un concept pragmatique japonais, ils se rejoignent sur un point crucial : la quête de l'essence.

Leur parenté réside dans la recherche de ce qui fait que la vie "vaut la peine d'être vécue" en fonction de ce que l'on est profondément. Or je cherche ces temps ci cette congruence, justement.