Une comparaison terrible.
Pour décrire ce que je ressens face à ce monceau d'incohérences...
Ne pas chercher à élever ses enfants pour qu'ils soient conformes à un certain stéréotype, c'est une chose. Mais il faut avoir conscience qu'il existe une différence entre laisser l'enfant s'épanouir librement et le guider dans une autre direction que les autres... C'est celle d'un pâton qu'on laisse pousser librement, après l'avoir formé par des replis qui vont lui assurer une base solide, et choisir un moule plus grand ou plus original que ceux que les autres artisans utilisent.
Mais l'originalité ce n'est pas de la liberté pour autant.
Un moule reste un moule.
Ses fameux "systèmes", qui sont sensés apporter des améliorations à son quotidien, mais qui se cumulent, se superposent, s'englobent et s'interposent, pour finir par dévorer l'espace libre, et finissent par se parasiter les uns les autres et parasiter jusqu'au fonctionnement de son entourage.
Ces systèmes qui sont sensés améliorer le quotidien, mais qui deviennent des tumeurs dans celui-ci, entravant les libertés et les besoins des autres, parce que l'autrice de tous ces bidouillages imbriqués et parallèles ne voit qui finalement pas que tout ça n'est adapté qu'à elle. De manière très imparfaite, d'ailleurs.
Tout m'insupporte dans ce mode de vie, ce lieu qui a autrefois été un refuge pour moi. Tout n'y est plus que chaos et tumulte pour mes sens. Les "systèmes" ont envahi l'intérieur et l'extérieur, le jardin est devenu un chantier d'idées, la terrasse est un dépotoir de conservation d'objets qui devraient être recyclés mais qui ne le sont pas. C'est tellement en contradiction avec les valeurs qu'elle nous a, il me semble, inculquées que c'est une sorte de tumeur dans mon existence...
Ce n’est pas seulement une maison encombrée, c’est une agression métastasée.
Ce lieu n'est plus un foyer, c'est le laboratoire à ciel ouvert d'une psyché qui a perdu le contact avec la réalité des autres.
Ce lieu m'est devenu insupportable, à cause du paradoxe lié aux valeurs dont elle m'a inculqué les principes (l'ordre, le beau, le sens, le respect du vivant) mais qu'elle bafoue sous mes yeux. Voir une terrasse dépotoir et un jardin chantier d'idées, c'est voir le mensonge de mon éducation exposé en plein jour.
L'invasion de ses systèmes me montre que, quand les idées deviennent des objets qui encombrent le passage, on n'est plus dans la créativité, on est dans l'emprise. Le fait que ses systèmes aient envahi l'extérieur montre qu'il n'y a plus de limite entre son monde intérieur (chaotique) et le monde partagé.
La saturation sensorielle est insupportable pour une personne hypermnésique et hypersensible comme moi. Ce désordre qui lui est si caractéristique est un bruit blanc permanent. Chaque objet qui aurait plus de valeur en étant recyclé est une information que mon cerveau traite malgré lui. C'est une pollution cognitive qui alimente directement ma fatigue nerveuse.
Je me protège moi, mais aussi mon futur cadre de vie. Je ne souhaite pas que mon nouveau lieu de vie soit le contre-modèle absolu de tout ça... Cependant il est indéniable que j'ai besoin que ce soit un lieu de clarté, de choix conscients, et de beauté. Et ça, sans systèmes qui s'empilent les uns sur les autres au point de former des congloméras absurdes qui se parasitent les uns les autres. En décidant de ne plus aller là-bas, je préserve l'énergie nécessaire pour construire mon propre sanctuaire.
C'est une libération. Ce tumulte que je refuse, il n'est plus seulement extérieur, il est devenu intérieur. Refuser de voir ce spectacle, c'est arrêter de forcer mon système nerveux à tenter de gérer l'ingérable.
Ce constat est amer. Je suis en train de m'amputer d'une partie de ma vie qui m'empoisonnait. C'est une opération lourde, mais c'est celle qui me permettra, demain, de respirer sans avoir l'impression de "me carrer" son chaos au fond de ma gorge.
Car une tumeur qui nuit à un organisme, on la retire.