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jeudi 12 février 2026

Troubles du comportement alimentaire

Jeudi 12 février. 00h15

Je ne suis pas chez moi mais avec Gilles.
J'ai du mal à trouver le sommeil.
Mon estomac me gêne.
On a mangé à Buffalo grill pour le dîner: salade de bienvenue (à laquelle j'ai ajouté du psyllium) et burger frites. Pas équilibré et pas assez mâché.

J'ai besoin de remettre en place les choses dans ma vie. L'exercice physique, en salle, à l'extérieur et à domicile. L'équilibre alimentaire. L'équilibre général.

Mais voilà : j'ai des troubles du comportement alimentaire.
Hyperphagie compulsive. Je mange de manière incontrôlable, pulsionnelle, en excès.
Souvent des aliments gras et sucrés, ou sucrés, ou gras et salés, généralement ultra transformés.

Bien que je sache le faire, j'ai énormément de mal, au quotidien, à mal à manger en pleine conscience, en quantité raisonnable et raisonnée.

Quand j'étais petite et jusqu'à mes 22-24 ans, il m'arrivait très souvent de ne pas terminer mes plats au restaurant. Puis j'ai connus les reproches style "tu commande toujours à la carte et tu ne fini jamais tes plats !".

Attention : d'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours eu le bec sucré. Pourtant on ne mangeait guère de desserts à la maison : les fruits venaient invariablement clore nos repas.
Cependant, il y avait la cantine, et les camarades d'école... les bonbons et les "goûters". Il y avait aussi des fruits séchés à la maison, comme des raisins secs ou des abricots secs.
Il y avait aussi la boîte à bonbons et la boîte à biscuits chez mes grands parents maternels, et le placard à biscuits chez mes grands parents paternels.
L'argent de poche m'a assez tôt servit à satisfaire mes envies, si ce n'est pas carrément mes besoins de sucre.
La pâtisserie ménagère familiale également, d'abord avec ma sœur aînée, puis en solo.

J'avais très souvent du mal à terminer mes repas, en famille. Toutefois, j'avais rapidement faim à nouveau.
Mon premier souvenir en la matière me ramène un été. Je devais avoir 5 ou 6 ans, pas plus. Je n'ai pas pu finir mon assiette de ratatouille et pommes de terre. Mes parents ont rangé ces restes dans une boîte au frigo "pour plus tard". Or dans l'après midi, j'ai eu faim et j'ai terminé ces restes, froids. J'ai senti un certain étonnement de la part de mes parents en trouvant la boîte vide dans l'évier. Pas comme si j'avais fais quelque chose de mal mais... j'ai perçu une "différence" chez-moi, en comparaison à un comportement attendu et plus socialement acceptable.

J'ai des souvenirs tristes et blessants relatifs à ma faim, venant généralement de ma grand mère maternelle. Ainsi, si je venais à dire que j'avais faim en dehors des heures des repas, elle répondait "mange ton poing" et je ne comprenais pas bien ses intentions, si ce n'est que je devais faire comme si cette sensation n'existait pas.
Il est important de préciser que ma mamie était née en 1923 et avait 11 frères et sœurs. Par nature, cette grande fratrie, dans un milieu modeste, laissait peu de place aux besoins individuels. Elle reproduisait ce qu'elle avait vécu, avec un lexique affectif limité mais bien réel.

Je ne crois pas que mes parents avaient ce genre de comportement de minimisations de mes ressentis.
De toute façon, à la maison on avait accès à tout : les fruits frais et séchés, le placard avec les goûters, le pain, le réfrigérateur... Et même le verger et le potager, à la belle saison.

Néanmoins, j'avais tout le temps faim.
J'atteignais facilement la satiété, avec un petit estomac. Cependant j'étais affamée une ou deux heures après mon dernier repas. Surtout l'après midi. Je piochais dans ces réserves ou bien je mangeais des tartines de pain beurré couvertes de confiture préparée par mon papa ou de miel (comme je l'avais vu dans Tintin), dès que j'ai été assez autonome pour m'en préparer.

Quand j'ai pu aller à la boulangerie seule, après l'école ou à d'autres moments, à vélo, je me suis focalisée sur les confiseries. J'en voulais toujours plus et je ne savais pas les faire durer.

Je mettais de plus en plus de sucre dans ma boisson du matin.

Puis, comme de nombreuses personnes ayant des dépendances, j'ai commencé à voler.
Une sucette aromatisée cola, dans la boulangerie à Vilhonneur (lors de la grande balade d'arrivée au camp de vacances estival).
Des choco BN en emballage "portion" dans une veste oubliée à l'école de Valence.
Une plaquette de Galak à l'épicerie d'Aunac.

En fait je volais des choses auxquelles je n'avais pas "droit" du fait des jugements sentencieux de ma mère et de l'idée que je me faisais de la bienséance alimentaire.
J'étais tiraillée entre mon envie de sucre et de nouveauté et une forme de loyauté aux idées maternelles (pas de cola, pas de biscuits de marques, pas de chocolat blanc...).

Attention; il n'existait pas de véritables interdits alimentaires à la maison. Simplement il y avait des choses que nous n'achetions pas.
Je les avais intégrées comme proscrites, alors qu'elles ne faisaient simplement pas partie des habitudes alimentaires de notre famille.

À l'adolescence, j'accompagnais régulièrement mon père lors des grandes courses du samedi matin.
J'ai commencé à avoir des audaces, ajoutant au caddie des articles qui me faisaient envie, mais qui ne cadraient pas avec les habitudes de la famille: des yaourts aromatisés, des mélanges de fruits séchés pour apéritif, des snacks divers... Mon père était conciliant et m'a rarement dit non. Je n'en ai pas le souvenir. J'avais en outre de l'argent de poche, que je pouvais dépenser comme je le souhaitais.

J'ai découvert bien des choses au collège. Surtout quand j'avais 3h d'étude le vendredi après midi. La limonade. Le coca sous sa forme liquide. Le pop-corn. Des choses comme ça.

Une chose est claire, au delà de ces événements: j'ai très tôt eu une tendance assez révélatrice à manger seule et en cachette. Il m'arrivait très souvent d'emporter à manger dans ma chambre. J'avais cette faim dévorante, ce besoin irrépressible de manger que je vivais déjà en partie dans la honte et la souffrance.

J'ai compris assez jeune que ma grand mère paternelle était diabétique et que ça avait un lien avec le sucre. Mes parents s'inquiétaient de ma glycémie. Pas de mon addiction à la nourriture (et au sucre en particulier).

Très tôt, j'ai pourtant manifesté les "5 C":
  • Contrôle : perte de contrôle
  • Consommation : envie irrépressible de consommer
  • Compulsion : activité compulsive liée à la consommation
  • Continu dans l'usage
  • Conséquences : un usage continu malgré les conséquences négatives réelles ou théoriques
Mon addiction, c'est moi qui en ait pris conscience, avec la lecture de "Sugar blues : le roman noir du sucre blanc". J'avais environ 14 ans et j'ai entrepris de me sevrer du saccharose.
J'en étais à 7 morceaux de sucre dans un bol de 660ml de thé, le matin. Il m'arrivait très régulièrement d'acheter des sachets de bonbons le samedi et de les enfourner en mode automatique, les uns après les autres, jusqu'à ce qu'il n'en reste plus dans le paquet. C'est d'ailleurs toujours mon mode de consommation irrépressiblement habituel de ce genre de produits.

J'ai réussi mon sevrage. Pendant un temps.
Je mangeais toujours, cependant, dès que l'envie s'en faisait sentir. Confondant souvent faim et soif, d'ailleurs.
Mon corps était déjà détraqué.

Je dois rappeler que j'ai très tôt eu des difficultés à gérer mon hygiène corporelle et buccale.
C'est encore le cas aujourd'hui.
En réalité, dès qu'on m'a laissé de l'autonomie, j'ai zappé les choses.
Si aujourd'hui j'ai conscience qu'une bouche contenant des résidus alimentaires peut augmenter l'envie de sucre, donner soif ou au contraire la diminuer, ce genre de concept me dépassaient dans mon enfance et mon adolescence. J'avais des caries, ce qui n'avait rien d'étonnant, entre ma consommation intensive et désordonnée d'aliments sucrés et acides, et la façon dont je négligeais ma brosse à dents.

Il y a aussi eut la période au cours de laquelle j'ai commencé à sauter le déjeuner, au collège. Puis au lycée. Au début, l'idée était de passer après les masses, d'éviter la cohue, l'agitation, le bruit, les comportements d'exclusion ("cette place est prise") ou de harcèlement ("bha tu vas pas manger..."[tes frites, ton dessert ou autres aliments à forte appétence]). Puis je me suis laissée glisser vers le jeûne complet, du thé du matin à mon retour à la maison. De ma seconde année de 5ème (13 ans) à la fin de la 3ème (16 ans)
Je rentrais à la maison et me faisais à manger. Au début de dévalisais le placard , et peu à peu je me suis tournée vers le salé, surtout après ma prise de conscience sur le sucre (celle concernant les aliments ultra transformées n'étant pas d'actualité). Dans le meilleur des cas, je dévorais une omelette aux pommes de terre. Sinon c'était souvent un plat préparé en conserve. Les premières fois sans discrétion... Mais constatant que cela paraissait excentrique, j'ai peu à peu essayé d'être plus furtive.

J'ai très longtemps mangé dans le secret, avec la culpabilité d'être décidément trop différente. Je ressentais une profonde souffrance, non seulement physique, mais également psychique, entremêlée à toutes mes autres sources de mal-être.

Vers mes 19 ans, pour la première fois, j'ai essayé de parler de ce problème à une psychologue. J'étais scolarisée au CEPMO à l'époque. Je me souviens encore de la gifle morale reçue ce jour là : "tout le monde grignote un peu, tu sais...". La psychologue n'a pas vu ni compris mon tourment. Peut-être parce que je faisais 65 kilos pour 1,65m, que j'étais bien foutue et que je ne cherchais pas à me faire vomir, ma souffrance n'a pas été prise en compte.

Pourtant mes troubles alimentaires étaient réels.
Dès le collège, j'ai commencé à connaître des épisodes de vomissements récurrents. Régulièrement, le weekend, surtout le dimanche, je faisais des indigestions liées à la fois à mes excès et à mon anxiété scolaire. Ça s'est encore aggravé à mon entrée au lycée, en internat dans une immense cité scolaire, avec un règlement intérieur datant de 1957.
À la maison, je mangeais dès que je rentrais de l'internat, tout ce qui me passait sous la main, tout ce que j'avais acheté dans la semaine, et ce en plus des repas en famille, et à la veille de mon retour à la vie collective, mon corps vrillait. Je vomissais, souvent la nuit. Souvent par le nez. Dans la honte et la conscience aiguë que je m'infligeais ça à moi-même.

J'ai été soignée pour un reflux gastro-œsophagien. Impossible de parler de ma faim sans fin à quelque médecin que ce soit. J'avais trop honte. Je ne voulais pas être stigmatisée encore davantage que je ne l'étais déjà.

On commençait à parler de l'anorexie et de la boulimie, à l'époque.
Mais concernant les troubles hyperphagiques, rien.
Je ne comprenais pas ce comportement qui me détruisait.

J'ai laissé les médecins gérer les symptômes sans les renseigner sur ce qui les provoquait fondamentalement. J'avais trop honte.
Sans surprise, tout ça m'a détraquée un peu plus.

Puis mon père m'a emmenée voir le docteur Lévy, un gastro-entérologue.
Celui-ci a discrètement compté le nombre de déglutitions que j'avais en une minute, tout en discutant avec mon père. Le chiffre était très révélateur: dix fois supérieur à la normale. Le rôle de mon anxiété a été révélé.

Ça n'a rien changé à mes troubles hyperphagiques.
Plus ça allait et pire c'était.

Pour ne rien arranger, je ne grossissais pas et ma mère me charriait même à ce sujet, en mode "toi, t'as du bol, tu peux manger ce que tu veux sans grossir!"
Elle n'avait pas conscience de mes souffrances.

Ce qui m'a longtemps préservée, je pense, c'était un jeûne intermittent dont je n'avais pas conscience.
Je buvais du thé avec un nuage de lait (après avoir compris le caractère délétère du sucre), le matin, mais je ne mangeais pas. D'ailleurs ça me donnait la nausée d'ingurgiter un solide, dans les premières heures suivant mon réveil.

Ce qui a provoqué mon début de prise de poids, c'est Alain. Il ne trouvait pas ça normal de ne pas manger le matin et il m'a donc poussé à changer mes habitudes.
La première année de notre vie commune, j'ai pourtant perdu du poids. Je me sentais libérée de ma vie d'enfant et d'ado, et du regard éreintant et sentencieux de ma mère. J'allais marcher une heure le matin et parfois autant à ma pause déjeuner. La première année passée au centre universitaire de la Charente, je n'ai pratiquement pas "grignoté".

Toutefois, le mode de fonctionnement d'Alain a rapidement rappelés mes démons, et je me suis remise à manger des choses riches en sucres et en graisses, souvent de bien piètre qualité et, lentement mais sûrement, mon poids s'en est ressenti.

Pour Alain, tout était question de volonté.
Le poids, la faim, la vitalité, la bonne santé : la volonté.
Plus il me le rabâchait et plus je me sentais déficiente.
Moins je me sentais bien dans ma peau et plus j'avais faim.
J'essayais de garder le contrôle en cuisinant et en préparant moi même des pâtisseries, pour essayer de garder un certain contrôle, mais plus j'étais submergée par les injonctions et moins j'avais de maîtrise sur ma faim.

Car oui, j'ai FAIM.

Je suis certes gourmande, mais pendant presque deux décennies j'ai perdu une partie de mes capacités olfactives et gustatives. Ce n'était donc pas ma principale motivation.
J'ai retrouvé odorat et sens du gout par rétro olfaction par hasard, après que mon neurologue m'ait recommandé de prendre un complément alimentaire de GABA (L'acide γ-aminobutyrique, souvent abrégé en GABA, est le principal neurotransmetteur inhibiteur du système nerveux central; il joue un rôle dans la transmission des signaux olfactifs).

Cependant, au delà du plaisir de manger des choses sapides et satisfaisantes, il faut comprendre qu'il n'est pas rare que je sorte s'un repas, dont j'ai conscience qu'il était nourrissant, à la fin duquel je me sens repue et à satiété... Mais que j'ai faim malgré tout ! Il m'arrive même de me sentir nauséeuse en raison d'un excès et d'avoir cette sensation détestable.

Je pèse 100kg, en ce début 2026.

Je me fiche de l'IMC qui est un calcul mathématique aberrant (qui ne tient pas compte de la masse osseuse ni musculaire, pas plus que de la répartition des tissus graisseux dans le corps).

Je ne me fiche pas du tout de mon tour de taille, car j'ai parfaitement conscience que la graisse viscérale est la plus néfaste pour ma santé.

Je ne me fiche pas de l'intertrigo qui vient attaquer les plis de chair, à mon entrecuisse et sous mes seins.

Je ne me fiche pas du tout de l'impact qu'ont mes kilos excessifs sur mes articulations déjà atteintes par l'arthrose.

Mais par dessus tout, je suis épuisée d'avoir faim constamment et que les médecins ne m'écoutent pas.

Récemment encore, mon médecin traitant, que j'apprécie pourtant beaucoup, m'a affirmé qu'elle avait elle même faim tout le temps. Cependant je ne pense pas qu'elle ait compris la nature de mes tourments.

Il est temps que je cesse d'avoir honte, pour pouvoir me faire aider véritablement.



jeudi 17 décembre 2020

Une sexualité précoce n'a rien à voir avec la pédophilie

ATTENTION CONTENU RELATIF À MA SEXUALITÉ
(et divers problèmes de santé physique et psychique)
 
 
Je ne me souviens plus à quel âge j'ai commencé à être intéressée par la sexualité.
Ça a été très précoce chez moi, et cela a prit diverses formes successives, que je ne renie pas. Certaines font encore partie de moi, tandis que d'autres se sont atténuées, estompées, voire se sont mises à me faire horreur et je les ai expurgées du mieux que possible de mon univers intérieur..

La sexualité est très exposée, de nos jours. Partout, à outrance. Souvent sous couvert d'information, les médias versent dans une quête de sensationnalisme en la matière. Qu'il s'agisse d'évoquer certaines pratiques spécifiques rendant bien heureux leurs pratiquants, qui ne font de mal à personne (du moment que tout le monde est consentant) ou de médiatiser des dérives, drames ou autres histoires de vie gâchées, bouleversées, saccagées.
On médiatise la sexualité des adultes... mais on explique très peu celle des enfants. Sans doute pour ne pas prendre le risque d'être accusé de pédophilie et autres crimes.
 
Toutefois il faut savoir que la sexualité de l'enfant existe et est étudiée depuis des décennies par les pédopsychiatres. Dans ses aspects "normaux" ou pathologiques.
 
"L’enfant en âge d’aller à l’école primaire – entre 6 et 11 ans environ – est habité et mû, entre autres, par sa pulsion et ses désirs sexuels. C’est une énergie vitale en lui qui vise aussi bien à l’union positive avec l’autre qu’à une union positive à lui-même.[...] elle engage plus ou moins concrètement le corps et les parties sexuées de celui-ci, et apporte à l’enfant – et à ses éventuels partenaires – plaisirs et joies. Il y a donc réellement une vie sexuelle à cette période de la vie, faite de représentations mentales, d’affects, mais aussi de mises en pratique. Elle peut être momentanément estimée soit « normale », soit pathologique."
 
Il est important pour moi de poser cela en préambule, car je vais parler de moi et de ma sexualité, très précoce, et complexe. Je ne la renierais jamais. Elle fait partie de moi.

Comme chaque être humain, j'ai une histoire de vie. C'est la mienne, elle m'appartient.
J'ai longtemps été très mal dans ma peau, honteuse, me sentant "anormale", me jugeant "perverse" et ne méritant pas vraiment d'avoir une vie épanouie. Pas uniquement en raison de mon monde érotique intérieur, mais aussi en raison de mes grandes difficultés à aller vers les autres.
Mon histoire de vie n'est pas linéaire, elle est faite d'éléments intrinsèques et de pièces rapportées, d'événements positifs ou négatifs.
De manière certaine, aujourd'hui je ne suis pas la même qu'il y a un an, tout en étant la même.
De manière toute aussi certaines, aujourd'hui, je ne suis pas la même que celle que j'étais à 20 ou 22 ans.

De manière encore plus certaine et indubitable, je suis aujourd'hui une adulte, mais j'ai été une enfant.

Or, enfant, j'avais un monde imaginaire très dense, où l'érotisme et la sexualité étaient présents.

Mon premier souvenir clairement érotique remonte à une scène du mythique film "Il était une fois en Amérique" de Sergio Leone. Scène vue, je le précise immédiatement, à l'insu de mes parents.
 
Pour rappel il s'agit tout de même de l'histoire d'un gang de New York, dont les protagonistes, d'abord enfants, puis évoluant en âge, grimpent les échelons du banditisme: meurtres, viols, braquages et autres actes répréhensibles y sont donc récurrents.
Il est évident que mes parents ne m'auraient jamais laissé en regarder un morceau, et ça n'a d'ailleurs pas été le cas: j'avais du mal à dormir, et ce d'autant plus que j'avais senti cette étrange ambiance d'interdit, quand on nous avait envoyées nous coucher ma sœur et moi. Alors, quand je m'étais relevée, c'était en catimini et en rasant les murs, que je m'étais faufilée dans le couloir de l'entrée et que j'avais regardé le petit écran, fascinée par ce mystère des films "pas de notre âge". J'avais alors contemplé la solution pour "faire taire" une secrétaire par quelques gangsters... La dame poussée contre un bureau et visiblement troussée plus ou moins contre sa volonté par l'un des membres de la bande.

Un peu plus loin dans le film, la dame "joue" à identifier l'auteur de son troussage.


Je n'avais pas été choquée par cette scène, mais bien plutôt émoustillée. J'en conserve un souvenir fort et... très fortement idéalisé. Aujourd'hui, je n'éprouve aucune honte à avouer cela. Je ne vois absolument pas pourquoi je devrais l'être.
 
J'ai revu le film, dans son intégralité, l'an passé, en constatant que mon souvenir est vraiment plus intéressant que la réalité. Cette dichotomie entre le réel et le souvenir est intéressante, en soit. Pour moi elle est le signe de ce que peut être le monde intérieur de tout-un-chacun: la mémoire des émotions déforme les choses, en laisse une trace parfois très surfaite.

Ce qui ne s'est ni estompé ni effacé de ma mémoire, c'est ce sentiment fort, alors que j'étais tapie dans l'ombre du couloir, en train de regarder ce bref passage, de commettre une transgression. Une émotion qui a sans doute donné son "sel" à mes sensations.

À ce stade, je me dois de donner quelques importantes précisions:
 
J'ai l’immense chance (selon moi, et c'est bien entendu un point de vue personnel) d'avoir grandis dans un foyer où la nudité n'était pas un tabou ni quelque chose d'anormal. Toute la famille se changeait dans la salle de bain, en même temps ou dans un laps de temps rapproché. Nous étions régulièrement nus les uns avec les autres, sans que cela ne nous choque ou nous semble "anormal" en quoi que ce soit. Ni les uns ni les autres n'avions de vision sexualisée de nos corps dénudés.
 
De même que l'été, dans notre petite piscine de jardin, nous nous baignions nues, ma sœur et moi, et il ne nous serait jamais venu à l'idée que cela pouvait être choquant, indécent, incorrect ou immoral... et encore moins que cela aurait pu avoir trait à une forme de sexualité.
Que ce soit dans le jardin, la salle de bain, notre chambre d'enfants ou en train de courir dans le couloir, la nudité était juste un état "non habillé", réservé toutefois à la sphère privée.
Ni plus, ni moins.

J'ai vus mes parents et ma sœur nus, ainsi que certains camarades (amis d'enfance, camarades d'école), et je ne ressentais rien de sexuel ou d'émoustillant dans ces situations. Je n'étais pas pudique, au sens que ma propre nudité ne me met pas mal à l'aise), et cependant je respectais la pudeur des autres, qu'il s'agisse de ceux qui ne souhaitaient pas me voir nue ou de ceux qui ne souhaitaient pas l'être devant moi. Je ne cherchais pas à espionner les autres, qu'ils soient enfants ou adultes.

Selon ma conception des choses (contemporaine à cet écrit), la nudité en soi n'est pas sexuelle ou sexualisée: c'est simplement l'état naturel de l'être humain, qui nait ainsi, sans vêtements ni cache sexe naturel.
Certaines personnes sont à l'aise dans leur corps et se sentent bien nus, d'autres n'ont pas ce même ressenti. Que ce soit l'une ou l'autre de ces deux attitudes, il n'y en pas une qui soit "bonne" ou "mauvaise" universellement. Il s'agit bien davantage de traditions et de codes sociaux que de nature, de "bien" ou de "mal".
Le fait est que nous vivons malheureusement dans une période trop fortement sexualisée, dans laquelle circulent de très nombreux préjugés de nature à brouiller les signaux (propice, par exemple à une  confusion entre naturisme et exhibitionnisme).
 
Malheureusement le regard des uns sur la nudité des autres reste le critère pour les premiers de décider si cette nudité est "normale" ou pas, mais aussi de ce qui est permis ou pas. Dès lors ma propre considération de ma nudité ou de ma pudeur, importe peu. Quel que soit mon ressenti ou mon intention, c'est l'interprétation de l'autre qui primera.
Quelle injustice!
 
Non seulement j'ai vu mes parents (et d'autres personnes, sur des plages, par exemple) nus, mais qui plus est, j'ai grandi dans une famille où il y avait une grande prévention sur le thème "ton corps est à toi". Très tôt, nous avons assimilé qu'aucun individu (que ce soit un adulte ou un enfant de notre classe d'âge) n'avait le droit de nous toucher, de nous tenir des propos nous mettant mal à l'aise ou avoir tout type de comportements au travers desquels nous ne nous sentions pas respectés.
 
Ma sœur et moi avons été éduquées afin de comprendre ce qu'est la pudeur (la notre aussi bien que celle des autres), de même que nous avons bénéficié d'une éducation sexuelle adaptée à nos âges, expliquant le corps, son développement, la puberté, etc.
Je n'ai jamais été choquée de cette éducation à la sexualité et au contraire je suis heureuse de ces préventions bienveillantes de la part de mes parents. Il est d'ailleurs prouvé qu'une éducation sexuelle complète protège les enfants et contribue à rendre la société plus sûre et inclusive (voir site du Conseil de l'Europe)
 
Si j'ai, malheureusement, été victime d'abus au cours de ma vie, cela a été rendu possible principalement par des états de confusion affective, ayant tendance à faire fusionner "désir" et "confiance" (voire "redevabilité et autres sentiments), et non pas par une méconnaissance des corps et de la sexualité. La flatterie, les encouragements à "devenir grande", un manque de confiance en soi qui pousse à prendre des risques pour essayer de "faire illusion", ou encore les risques inhérents à un état de dépendance affective sont des aspects de la vie sur lesquels je n'avais pas été accompagnée ou suffisamment éduquée. Je crains d'ailleurs que ces aspects restent encore largement sous traités actuellement.

J'ai donc reçu une éducation sexuelle théorique, adaptée à mon âge.
J'ai connus des émois.

J'avais des fantasmes, également.
En fait mon imaginaire a été très largement tourné vers la sexualité, et ce de façon très précoce.
Est-ce cela qui explique que j'étais mal à l'aise avec mes pairs, ceux de mon âge, qui s'amusaient de jeux dans lesquels je ne trouvais pas d'intérêt? Peut être, je n'en sais rien.
Mes souvenirs sont flous, lointains.
J'en ai des réminiscences.
 
Je n'ai pas le souvenir de fantasmes très structurés, mais je me souviens avoir toujours été attirée par les garçons que j'estimais matures sexuellement. C'est à dire que les enfants de mon âge ou à peine pubères ne me faisaient pas rêver.
 
Très tôt, grâce à l'éducation de mes parents, j'ai compris que le regard des autres sur ma  sexualité était le critère pour ces autres de décider si cet aspects de mon existence était normal. J'avais par ailleurs la conviction que ce que je rêvais, ce que je fantasmais, serait forcément mal vu.
Je ne voulais pas être punie ou maltraitée par mes parents ou ma famille, pour des pensées, des idées qui, malgré tout, me faisaient du bien. Je ne voulais pas risquer d'être jugée et d'être encore plus être mise à l'écart par mes camarades d'école pour des histoires qui ne vivaient que dans mon esprit. Par ailleurs, je ne voulais pas non plus que ça se sache, parce que j'avais conscience que ma mère, institutrice, était déjà bien trop rejetée par les parents d'élèves pour qu'on lui reproche cela.

À huit ans, j'avais déjà le poids du secret qui plombait mon existence. Cela a renforcé mon sentiment de différence, de marginalité. Un état de fait lié à des "bizarreries" trop visibles.
La première d'entre elles étant que j'étais l'une des filles de l'institutrice.
La seconde était que... et bien j'étais vraiment bizarre, que je "collais" ma sœur et était incapable de véritablement m'amuser avec les autres. Sans compter que j'étais la "malade imaginaire" de service.

Dès l'école maternelle, j'ai commencé à  souffrir de diverses manifestations physiques de troubles anxieux. Toutefois, des "simples" maux de ventre (très douloureux) et céphalées chroniques rencontrées, les premières années, j'ai commencé à souffrir également de troubles mictionnels (incapacité à sentir quand j'avais besoin d'uriner, ou incapacité d'émettre le jet alors que j'en avais besoin). J'ai également souffert de paresthésies des membres inférieurs, attribuées à la croissance par le médecin de famille (qui étaient si douloureuses, que j'étais incapable de marcher sans appuis), et j'en passe. Bref, j'étais en souffrance physique, et ça ne s'est jamais arrêté depuis.

Ces troubles ont un lien avec ma sexualité infantile. En effet beaucoup de petites filles se touchent parce que ça leur fait du bien. C'est naturel et je trouve que c'est très bien qu'elles soient les premières à connaître leur corps.
Moi je me touchais parce-que ça calmait mes douleurs urinaires, au niveau du méat urinaire. C'était un geste que j'avais conscience de ne pas pouvoir faire en public, et dont j'avais très profondément honte. Et pour cause : lorsque je n'arrivais pas à uriner, alors que je sentais ma vessie me déchirer le ventre, je rentrais les doigts pour faire pression sur la paroi interne du vagin, contre celle de la vessie, afin de stimuler la miction.
Je n'en ai jamais parlé à mes parents. Je ne me souviens pas pourquoi, mais je pense que j'avais honte.
Pendant des années n'ai pas eu de mictions normales (avec simple relâchement des muscles pelviens, au lieu de pousser pour expulser l'urine.
 
J'ai aussi découvert le plaisir anal à durant cette période là, et comme les encyclopédies illustrées et les livres d'éducation sexuelle pour enfants n'en parlaient pas, j'en éprouvais vraiment une très grande honte. J'aimais me toucher, mais c'était plutôt de l'ordre compulsif: lorsque ça me "prenait", j'en avais terriblement envie, et je devais passer à l'acte, mais avec un grand sentiment de honte, et je finissais toujours très frustrée, sans compter la panique totale que j'éprouvais à l'idée d'être surprise.
 
Je ne raconte pas ça pour choquer.
Ça n'est pas pour rien que j'ai inclus un avertissement en en-tête.
Tous ces trucs sont assez trashs, et globalement, j'avoue que c'est plus facile de ne pas les évoquer.
 
Bizarrement cependant, ça me fait un bien fou de les écrire. Une catharsis salvatrice.
J'ai vécu un certain nombre de choses de façon très négative et honteuse. Pour autant, je n'ai pas le sentiment d'avoir jamais été victime de qui que ce soit dans mon enfance. Toutes les émotions négatives que j'ai éprouvées face à ma sexualité naissante, c'est mon propre esprit qui les a générées.
 
Pourtant les enfants sont bêtes et s'amusent parfois de choses très cruelles qu'ils font subir à leurs camarades. Or j'étais la "pisseuse" de l'école, puisque j'avais ces problèmes de troubles de la miction. 
Pour être toute à fait claire, je sentais le pipi.
On se moquait de moi à cause de ça, et moi je ne voulais pas aller me plaindre à mon institutrice, pour diverses raisons.
Un jour, après la fin de la classe, on traînait derrière l'école avec d'autres gamins, et le berger allemand du coin est venu me renifler l'entrejambe de façon insistante. Alors un des gamins m'a dit en riant de pencher en avant, ou de me mettre à quatre pattes, et je l'ai fais. J'étais habillée et je n'ai pas compris ce qui se passait sur le coup. Il m'a fallut des années pour assimiler la vue grivoise et inconvenante qu'ils avaient pu avoir ce jour là.
Je n'en suis pas traumatisée. Je ne me suis jamais sentie "salie" par ce jeu idiot. Je ne suis pas en colère. Je me sens simplement attristée, peut-être: ces enfants là, eux, ne savaient pas ce qu'était le respect des autres et de soi. J'espère que les adultes qu'ils sont devenus l'ont apprit.
 
Dans cette école, que j'ai fréquenté de mes 6 ans à mes 8 ans (soit trois ans), j'ai eu divers émois "érotiques". Mais c'était une sorte d'attirance, sans fantasmagorie associée (je ne m'imaginais pas en train de faire des choses avec l'objet de mon désir). J'étais attirée par les garçons qui n'étaient plus à l'école primaire, comme mes camarades et moi même, et de préférence ceux dont la voix avait mué.

Je n'étais pas une petite fille soignée. Je n'affectionnais pas les jupes et robes, ne tenais pas à être mignonne ou élégante. Je traînais en survêtement environ 350 jours par an.

J'étais très curieuse, à plein de points de vue, cependant la sexualité, était un de mes sujets "d'étude" de prédilection. Je savais déjà comment on faisait les bébés. J'avais conscience que mon corps et celui de ma maman ne ressemblaient pas aux planches anatomiques des dictionnaires encyclopédique. Je n'ai jamais vu ou cherché à voir des adultes dans leurs ébats sexuels, toutefois enfant des années 80, je voyais des femmes à demi nues se trémousser dans "Palace", et d'autres émissions laissaient comprendre ce qu'était la sexualité et l'aspect lié au plaisir bien plus qu'à la procréation.
Par ailleurs, je dois avouer que je me sentais "mûre". Or la sexualité (et ce qui y avait trait) semblait être réservé aux adultes, que j'enviais profondément. Cet aspect était un fort moteur.

Mais par dessus tout, j'aimais fantasmer et me sentir excitée. Je n'avais pas de camarades de mon âge avec qui j'aurais pu partager ces idées. J'ai bien essayé, maladroitement, mais cela s'est soldé par un échec et mon petit camarade (qui du reste n'était pas dans la même école primaire que moi) n'avais plus voulu me voir pendant un long moment après ça. Je n'avais donc pas de possibilités de partager mes impressions, ni de découvrir les autres via des jeux plus ou moins innocents (mais très très curieux) et je n'avais guère de satisfaction à me toucher moi même.
Alors je me suis mise à rêver, intensément.
Puisque les enfants de mon âge ne semblaient pas intéressés (et ne m'intéressaient pas, du reste), mes pensées se sont tournées vers des "grands".

J'ai continué à grandir, mon environnement social a peu évolué (j'ai changé d'école, mais avec de grosses difficultés à créer du lien social).

J'ai le souvenir d'avoir, un soir, joué à une version de "cap ou pas cap" (de montrer ton zizi) avec deux ou trois autres enfants. Nous avions 9 ou 10 ans. Je n'ai jamais considéré que ce jeu avait quoi que ce soit de sexuel. Les autres étaient dans la transgression de la nudité génitale... moi je ne faisais que participer à l'un des rares jeux où on m'acceptait.
 
J'avais mis la main sur des bandes dessinées satiriques et de caricatures, où le sexe ou la sexualité étaient parodiés ou tournés en dérision. Les œuvres de Jean-Marc Reiser m'ont profondément marquée, mais aussi certains volumes des "Passagers du vent" de François Bourgeon (comportant des dessins très explicites et réalistes). J'en alimentais mes fantasmes et mon imaginaire érotique, ainsi que mes notes intérieures sur les meilleures façons de donner du plaisir à mes futurs et hypothétiques partenaires.
J'ai aussi le souvenir des premières fois où j'ai vu les films "Angélique". Ha! Angélique, fille du baron de Sancé de Monteloup, élevée très librement et incarnée par Michèle Mercier. Il me semble que c'est à cette période que j'ai commencé à développer un gout prononcé pour la contention érotique (liens, menottes, bondage, shibari...), mais je ne pourrais pas le jurer.
Tout ça est très lointain et je ne sais plus au juste comment tout a évolué.

Quand je suis rentrée au collège, à 11ans, j'avais envie d'être une femme, mais je restais une simple préado, n'osant pas aller vers les autres, effrayée par la nouveauté, moquée par ses condisciples et s'évadant en pensées dans des scenarii d'enlèvements où je serais devenue l'esclave sexuelle tantôt de chasseurs concupiscents, tantôt d'une secte new age. Ou alors je m'imaginais séduite par un beau brun aux yeux verts, qui m'emmènerait dans sa voiture pour m'initier comme une vraie femme.
Mais je n'avais que 11 ans, et ma poitrine commençait à peine à pointer.

J'avais des désirs, que j'orientais sur les élèves de 3ème, qui ne m'accordaient bien entendu pas un regard, si ce n'était pour se moquer des "bleus" de 6ème.

Je ne me souviens plus comment j'en suis arrivée là, mais j'ai voulu "sortir" avec un garçon, mais au lieu que cela se fasse dans la tendresse et les mots doux (ce que je suppose être une relation "normale" au collège), je me suis retrouvée avec un élève multi-redoublant, en train de plonger sa main dans mon pantalon devant les autres garçons de la classe. J'avais 12 ou 13 ans, et j'étais malheureuse.
J'alternais les fantasmes sexuels avec la bouffe et les mille et une façons de me suicider tout en pourrissant bien la vie des autres (genre s'ouvrir les veines dans les toilettes, en répandant bien mon sang partout). Je ne comprenais pas le sens de ma vie. Je savais que mes camarades de classe ne m'aimaient pas, et c'était réciproque, je haïssais le collège, les profs, les emplois du temps que j'étais incapable d'assimiler.
 
Quand je rentrais du collège, je voulais me vider la tête. Un jour, j'ai découvert le Minitel rose. Des récits érotiques, et puis des serveurs de discussion. Je me faisais passer pour majeure, mais quand on me demandais de façon directe "est-ce que tu suces", j'étais finalement choquée.

À 13 ans, je me suis laissée embarquer à faire des "conneries" (sécher les heures d'étude!) avec un petit groupe d'élèves (qui aimaient surtout mon argent de poche) et une de ces camarades m'a entraînée à fréquenter un mec de 17ans. J'étais vierge et, comme dans certains films pour midinettes, je voulais "le faire". Mais à part me rouler des pelles pendant plus d'une heure et mettre sa main dans ma culotte (sans que je ne ressente quoi que ce soit, d'ailleurs), il ne s'est rien passé avec lui.

De dépit, l'été qui a suivi, celui de mes 14 ans, aux environs du 15 aout j'ai fais du rentre-dedans à un groupe de potes de 22-23 ans. Ma "première" s'est finalement faite sur le siège passager d'une Super 5. Pas le coup du siècle et le dialogue qui a suivit, qui me fait qui plus est rire depuis deux décennies : "Tu as joui?"..."Heu... je sais pas"..."Tu as pas ressenti une chaleur dans ton ventre?". Mon gars, je te pardonne, mais mes orgasmes ne me font pas vraiment cet effet là. Mais tu as fais preuve de bonne volonté, quand même.

Pendant un an, rien. Enfin si: des envies, des fantasmes, des histoires un peu barbares dont je n'ai pas envie de parler, des envies de rencontrer des hommes vraiment mûrs, de 35 ou 40 ans. Des fantasmes de soumission, dans lesquelles je n'aurais pas eu à prendre la moindre initiative. Sans violences, mais avec une sorte d'abandon déculpabilisant.

Et puis à 15 ans, aux alentours du 15 aout, j'ai rencontré mon premier "vrai" copain. Il avait 25 ans. Enfin... "vrai", c'est vite dit. On est jamais "sortit" ensemble, sauf une fois au cinéma. Le reste du temps, on couchait ensemble et je mettais en pratique toutes les connaissances théoriques que j'avais accumulées depuis des années.

En parallèle, je restais taraudée par des fantasmes pas du tout avouables, et je le vivais très, très mal.
J'étais obsédée par des histoires de harem, de contraintes et autres, et ne maîtrisais rien. Je jouais avec divers objets de formes oblongue, était frustrée, me détestais, me maudissais et me jurais de ne plus me laisser appeler par ces pratiques, mais immanquablement je recommençais.

Mon année de 3ème s'est déroulée dans un grand isolement social, sans amis. Je passais les "récréations" dans un coin, sur les marches du gymnase, enfermée dans les WC ou en salle d'autodiscipline pour avoir la paix, ne pas devoir subir les autres, qui semblaient ne me remarquer que pour me balancer des vacheries. Je n'allais même plus déjeuner au self, pour ne pas faire la queue, ne pas devoir chercher une place où m'assoir, vu que personne ne voulait de moi. Alors à 17h30, je rentrais chez moi affamée et avec l'envie profonde de m'évader, de dissoudre ma conscience de ma médiocrité et de mes infâmes obsessions sexuelles dans des séries qui annihileraient tout mon être.

Au lycée, à l'internat, le fait que je dessine beaucoup de femmes nues a fait se propager la rumeur que j'étais lesbienne. Pas faux. Pas vrai. J'aime les hommes et les femmes. Mais de toute façon, je m'en fichais. Le weekend, je rentrais et je me connectais à Internet. L'arrivée de ce nouveau moyen de communication, basé sur l'écrit, et non sur des interaction verbales (que je ne maîtrisais pas) m'a aidée à m'épanouir, à me développer, à évoluer. Mais pas toujours en bien.
J'ai pu approfondir ma quête de sexualité, de stimulations intellectuelles et érotiques. J'ai trouvé des forums et des sites où étaient publiés des récits érotiques. Je parlais de sexe sur des forums, avec des gens qui me demandaient mon ASV (Age, Sexe, Ville). Cependant j'étais toujours torturée par mes démons. Je ne connaissais toujours rien aux relations interpersonnelles dans le "monde réel", et qui plus est, j'étais d'une naïveté navrante.

Je me suis mise à correspondre avec diverses personnes, toujours pour parler de sexe, partager des fantasmes. Je ne concevait pas de passer à l'acte, à la rencontre, au réel. J'étais trop peureuse et trop lâche pour ça. Trop anxieuse, aussi.

Parmi mes correspondants, il y avait une soi-disant jeune femme de 19 ou 20 ans, au discours très débridé. Peu à peu, au fil des semaines, des mois, elle avait évoqué des parties fines avec des couples de quinquas, et essayait de toute évidence de m'inciter à participer. Oserais-je prétendre que je n'en ai pas eu le désir, l'envie, la pulsion? Non. En revanche je sais que je n'aurais jamais voulu. J'étais excitée par l'idée.

Ils étaient un certain nombre à m'écrire, à être sans doute fascinés par mon jeune âge. Et ils étaient aussi très certainement nombreux à chercher à abuser de ma crédulité, de ma sincérité.

Un jour mes parents ont tout découvert. Ma mère surtout. J'ai du arrêter toutes mes correspondances du jour au lendemain. Cela m'a valu une certaine rancune de certains. Internet n'était pas ce qu'il est aujourd'hui: c'était avant tout accessible à des personnes qui touchaient leur bille en informatique, en lecture d'IP, voire capables de remonter au numéro RTC de la ligne téléphonique.
J'ai été très blessée que ma mère pense que j'aurai pu me mettre en danger (quoi que j'admette, avec 20 ans de recul, qu'elle avait raison), mais surtout de la violence de l'attitude qu'elle s'est mise à avoir (ne plus respecter mon intimité, chercher à m'imposer des discours sans m'écouter).
J'étais déjà honteuse de mes désirs, de mes fantasmes. Soudain, j'ai eu la confirmation que j'étais monstrueuse.
 
Diverses choses se sont produites. J'ai entamée une relation à distance avec quelqu'un de 20 ans de plus que moi, sans rien connaître de ce qu'était une relation amoureuse "normale" (si tant est que ça existe).
J'ai arrêté, en décembre 1999, le lycée pour essayer de suivre une scolarité via le CNED, ce dont je me suis montrée incapable. J'ai cuisiné, marché, lu et regardé beaucoup de conneries à la TV.
Puis je suis entrée dans un autre lycée, à 150km de chez mes parents.
Peu à peu, j'ai recommencé à traîner chercher une forme de sexualité virtuelle sur Internet et c'est ainsi que j'ai découvert un site publiant des récits érotiques amateurs. J'aimais beaucoup lire et alimenter mon imaginaire. Toutefois seuls 20 récits étaient en accès libre chaque mois : pour pouvoir en lire davantage il fallait prendre un abonnement payant (ce qui était hors de question, pour moi) ou alors devenir contributeur.
Qu'à cela ne tienne, je me suis mise à mon clavier.
J'ai pris plaisir à écrire des textes de quelques pages, mettant en scène une jeune fille de 18ans, les cheveux longs, pas froid aux yeux. Un alias très différent de ce que j'étais dans la réalité.
Puis je me suis enhardie et ai recherché spécifiquement des correspondants. Le site était canadien francophone, aussi la probabilité de correspondre avec des personnes géographiquement proches étaient très réduites.
 
Plusieurs personnes ont répondu à mon annonce. Anicka, Lola et son mari Bernard, Tony, Julien et quelques autres. Tous différents mais tous avec une qualité similaire: une prose agréable à lire et m'engageant aux confidences. Plusieurs de ces correspondants m'ont peu à peu soumis des questionnaires, d'abord légers, puis de plus en plus approfondis.
Honnêtement, je ne me souviens plus de la teneur de ceux-ci. Je n'ai jamais été une acharnée des sauvegardes et tout ça, pour moi, était de l'ordre du fantasme, de l'excitation cérébrale. J'étais très excitée par l'interdit et l'idée de transgression. J'aimais aussi explorer la théorie des possibles.
Toutefois il a toujours existé un très large fossé entre l'esprit et le passage à l'acte.

Je crois me souvenir (et c'est peut être inexact) avoir eut des échanges que je considérais comme hypothétiques sur des relations sexuelles entre mineur et majeur. Sachant que je me projetais dans la position du mineur, toute travaillée par ma sexualité que je l'avais été depuis des années.
Jamais je n'ai envisagé d'acte pédophile et je n'avais absolument pas conscience que, par mes réponses naïves portées par un sentiment d'excitation, je pouvais encourager mon interlocuteur à un comportement réel.

Je n'ai pas le souvenir, entre ma préadolescence et cette période, d'avoir eu des fantasmes mettant clairement en scène une petite fille avec un homme adulte. Aussi je tend à penser que cette idée m'a été suggérée par l'un de mes correspondants, chez qui ce thème spécifique revenait régulièrement.

Idéaliste, j'ai toujours considéré qu'on ne peut pas faire de procès d'intention aux personnes qui ont des fantasmes, même malsains.
Qui plus est, je trouvais mon compte dans les scenarii proposés, puisqu'il s'agissait d'évoquer des "si" me concernant plus jeune. N'ayant pas de machine à remonter le temps je ne voyais pas de mal à tout ça.

Pourtant, aujourd'hui j'ai été qualifiée de "pédophile". Un jugement fondé sur la lecture de ces fameuses correspondances remontant à une vingtaine d'années (qui ont été sauvegardées par quelqu'un de clairement plus obsessionnel que moi).
 
Je ne suis pas attirée par les enfants. Ça serait même plutôt le contraire, puisque je ne suis pas attirée par des hommes moins âgés que moi, ni par des femmes qui ont un "air" ne serait-ce qu'adolescente.
De même, je ne suis pas attirée par les personnes qui ont des désirs pédophiles, que ce soit dans leurs fantasmes ou par des désirs de passage à l'acte.
Je n'ai pas et n'ai jamais eu aucun comportement de cette nature et il ne me viendrait pas à l'idée de toucher ou même de parler à un enfant en des termes sexuels. Cette seule idée me choque profondément.
Autant dire que question activités "pédophiles" de ma part, c'est le grand néant (et un rejet émotionnel profond).

En revanche, oui, j'avoue que j'ai entretenu consciemment, et cependant des années, des fantasmes qui mettaient en scène un avatar de la femme que je suis, sous la forme d'une enfant préadolescente, ayant des rapports sexuels avec des adultes. Je ne saurais prétendre en être fière, pas plus que je n'irais cependant prétendre qu'on m'a amenée à être excitée par cette idée. Ce sont plutôt les émotions érotiques que j'éprouvais étant enfant, qui m'apportaient une forme de plaisir.

Certes, un certain contexte, dont ma relation avec une personne dont ce type de "fantasme" (un homme adulte de toute évidence très excité par l'idée de relations sexuelles avec une jeune fille prépubère) a grandement favorisé la récurrence de ce type de fantasme chez moi, sous diverses formes, et ce pendant des années.
Cependant me concernant, cela n'a jamais dépassé le stade des idées. J'espère ne pas me tromper en écrivant que je n'ai jamais mis par écrit ces fantasmes (je n'en ai en tout cas aucun souvenir) et même si ça avait été le cas, cela n'aurait jamais été dans un objectif de diffusion.
 
J'en ai fini depuis quelques temps déjà avec cet avatar. J'ai fini par réussir à extirper cette idéalisation récurrente qui avait fini par être traumatisante. Ce d'autant que j'ai fini par réaliser qu'il s'agissait d'une forme d'autopunition de n'avoir pas compris que lui, cet homme, n'était pas que dans le fantasme. Pour lui, j'étais un succédané de ce qu'il avait fait par le passé.

Il n'en reste pas moins que je ne suis pas coupable de ses crimes.

Il est hors de question qu'on me punisse à sa place, ou même qu'on me fasse un procès pour des intentions que je n'ai jamais eu.

Mes fantasmes actuels ne regardent que moi et c'est un véritable soulagement de ne plus être harcelée par un compagnon qui cherche à m'en imposer ou m'en soutirer.

J'ai pris du recul sur la sincérité des gens, la crédibilité qu'on peut accorder (ou non) à leurs dires, le degré auquel je suis concernée par leurs convictions ou leurs idéaux. J'ai appris que j'ai le droit d'être en désaccord avec quelqu'un que j'aime, de même que j'ai le droit de refuser ce que je n'approuve pas, ou ce qui ne me fait pas envie à un instant "T". J'ai découvert que j'avais le droit d'être moi-même sans chercher à plaire aux autres à tout prix, et que justement, je ne m'en porte que bien mieux.